N’en déplaise à Navin Ramgoolam, le flou autour de la question de la pension ne se dissipe pas. Au contraire, chaque tentative d’explication des ministres, obligés d’assurer l’après-vente d’une mesure qui leur avait été imposée, ne fait qu’augmenter le flou qui va finir par devenir un épais brouillard. Comme le fog qui recouvre Londres à certaines périodes. N’en déplaise à Askok Subron, dans cette affaire, lui et ses collègues se sont comportés comme des rubber stamp ministers. Comme ces députés qui ont tapé avec la même ardeur la table du Parlement pour accueillir le means test, son freezing et son retrait. Ce triste épisode démontre que le budget du pays n’est pas préparé par les élus de la nation, mais par des experts — dont des lauréats, souligne fièrement le Premier ministre — qui forment une espèce de super gouvernement de l’ombre, dont le Premier ministre et responsable des Finances se contente de ratifier automatiquement les recommandations sans même les lire. Les auraient-il lu que l’homme politique qu’il est censé être aurait compris que le means test était l’illustration même de l’expression adding insult to injury après l’énorme mécontentement qu’avait provoqué, l’année dernière, le report de l’âge de la pension.
Donc, le Premier ministre, et ministre des Finances, ne lit pas les préconisations contenues dans le discours du budget. Pire, le Junior Minister des Finances, qui est chargé, avec ses équipes, de superviser le draft du discours du budget, de veiller qu’il traduise la philosophie économique, politique et sociale du gouvernement, de vérifier ses données et ses chiffres et de faire toutes les corrections nécessaires avant de le remettre au Premier ministre, ne l’a également pas fait. Car si une lecture attentive du texte du discours avait été faite, le means test — cette provocation susceptible de réveiller, en l’augmentant, la colère des Mauriciens — aurait été enlevé des préconisations du discours. Tout cela ne fait qu’apporter de l’eau au moulin de Paul Bérenger qui, depuis des mois, réclame la nomination d’un full fledge Finance Minister qui — s’il avait bien fait son travail — aurait évité au gouvernement de se faire ridiculiser et traiter d’amateurisme.
Si le texte avait été lu avec attention comme il se doit, le gouvernement se serait épargné une autre déconvenue politique, n’en déplaise au ministre Osman Mahomed, pour qui revenir sur une mesure annoncée — comme l’usage du téléphone intégré dans une voiture — n’est pas faire du backpedaling. Mais qui a donc introduit dans le texte du discours du budget l’annonce que le gouvernement allait apporter des amendements à la Public Gathering Act ? Comment peut-on proposer de durcir les lois sur les rassemblements publics alors que l’on a fait campagne contre les lois restrictives sur les réseaux sociaux et même des radios privées frappées d’amendes et de suspensions sous l’ancien régime ? Sans compter les arrestations arbitraires d’internautes ayant osé critiquer le Premier ministre d’alors. Pourquoi durcir ces lois alors que depuis leur arrivée au pouvoir, ministres et députés de la majorité ne cessent de répéter que depuis novembre 2024, « un nouvel air de liberté et de démocratie règne sur le pays » ? On va me dire que tout ce cafouillage, ces mesures qui ridiculisent le gouvernement et l’obligent à faire marche arrière sont le fait de fonctionnaires « ki pe boykote, pe met baton dan larou. » Même si tel est vraiment le cas, est-ce que le travail d’un ministre n’est pas de donner des tâches aux fonctionnaires et, plus important, de veillera qu’elles soient correctement exécutées ? Est-ce qu’il n’est pas de sa responsabilité de veiller que les documents qu’il doit soumettre soient sans erreurs et correspondent à sa vision politique des choses ? À la lumière de ce qui vient de se passer, il est évident que si les ministres faisaient leur travail comme il le faut au lieu de se reposer sur les fonctionnaires — en qui ils disent ne pas avoir totalement confiance —, le cafouillage qui a suivi le budget aurait été évité.
On parle de remaniement ministériel, comme s’il suffisait de procéder à un numéro de musical chair pour faire mieux fonctionner le gouvernement. Un nouveau ministère devrait être créé et Ashok Subron pourrait l’occuper : celui de ministre des Rectificatifs du gouvernement. Il a montré qu’il pouvait le faire au cours des derniers jours, plus particulièrement vendredi, quand il a présidé une conférence de presse pour affirmer que le means test est définitivement out, que la pension ne sera pas coupée, mais réajustée, et que la Public Social Gathering ne figurera pas dans le Finances Bill. Espérons pour lui qu’il ne sera pas obligé de rectifier les rectificatifs déjà faits dans les jours à venir…puisque n’en déplaise à Navin Ramgoolam, le flou persiste.
Jean-Claude Antoine

