Après 25 ans de mariage, ils n’ont jamais pu avoir d’enfants
Franceska Joson : « Mo anvi santi sa douler kan vinn mama-la »
Franceska et Eric Joson, âgés de 48 et 51 ans, s’apprêtent à devenir parents pour la première fois grâce à la fécondation in Vitro (FIV). 28 ans après leur première rencontre et 25 ans après leur mariage, ils espèrent concrétiser un rêve qui ne les a jamais quittés. Lui est cuisinier dans une enseigne de restauration rapide, tandis qu’elle travaille chez un opticien. Après l’échec d’une tentative à la clinique de fertilité de l’hôpital SSRN et de multiples traitements médicaux, Franceska a retrouvé l’espoir auprès d’un hôpital en Inde. Mais le couple Joson n’a pas les moyens de financer cette intervention de la dernière chance. Il raconte son parcours.
« J’ai déjà un prénom en tête : Erica. Nous avons un accord : je choisirai le prénom des filles et Franceska celui des garçons », confie Eric Joson avec un large sourire. Derrière ses lunettes, ses yeux brillent d’espoir. Assis aux côtés de son épouse qu’il a rencontrée il y a 28 ans, il se tourne vers elle. Des deux, c’est Franceska qui est la plus volubile. « Je n’ai pas encore de prénoms en tête », poursuit-elle. En revanche, elle est certaine d’une chose, ou plutôt de plusieurs. « J’aurai un bébé, j’en suis convaincue ! Je suis plus que prête, ma valise est déjà prête. Je suis disposée à partir en Inde à n’importe quel moment. Et je rentrerai à Maurice enceinte. Tout est prêt pour eux. Même l’école », dit-elle. « Eux » ? Oui, en effet, les grossesses multiples sont plus fréquentes à la suite d’une fécondation in vitro (FIV). Franceska Joson en a été informée, assure-t-elle. Mais qu’à cela ne tienne, avoir des jumeaux, voire des triplés, ne serait pour elle – qui rêve de la maternité depuis plus de 20 ans – qu’un bonus et une immense source de bonheur.
« Li pou resanble mwa »
À Pamplemousses où les Joson nous reçoivent, le couple est plus que jamais déterminé. Malgré des épreuves de la vie et des moments décourageants en terme médical, son désir d’enfant ne s’est jamais estompé. Pour les époux, la fécondation in Vitro est pour maintenant ou jamais. Rien ne pourra les dissuader dans ce projet qu’ils s’apprêtent à concrétiser. « Tou lezour mo pe reve ki mo pe pran mo ti baba dan mo lame. Li pou resanble mwa, li pou ena seve boukle« , dit Franceska Joson. « Nous avons tout ce qu’il faut dans notre vie, sauf un enfant », ajoute son époux. « Il y a quelque temps, j’ai pris conscience que je ne m’étais pas assez occupée de moi. Je me suis consacrée à mon neveu et à ma nièce depuis leur plus tendre enfance. J’ai remplacé leur mère, absente après sa séparation d’avec mon frère. Celui-ci est depuis décédé. Ses enfants m’ont toujours considérée comme leur mère. C’est moi qui veillais à leur éducation et presque partout, on pensait que j’étais leur mère. Lorsqu’ils ont grandi et pris leur envol, j’ai réalisé à quel point je ne m’étais jamais accordé le temps de réfléchir à ma propre maternité. Il y avait un vide. Lorsqu’on fonde un foyer, c’est aussi avec le désir d’avoir des enfants. Avant même notre mariage, nous avions abordé la question et pour nous, il était évident que nous en voulions », confie notre interlocutrice.
« Letour Moris ar dokter »
« Mo’nn fer letour Moris ar dokter », avoue Franceska Joson. en racontant son parcours médical. Ne tombant pas enceinte après plusieurs années de mariage, elle a fait ce que n’importe quelle femme aurait fait dans sa situation : prendre rendez-vous chez un gynécologue. « Ni Eric ni moi ne nous sommes blâmés ou n’avons rejeté la responsabilité sur l’autre », dit-elle. D’abord, des traitements oraux lui sont prescrits, sans succès. Des analyses ayant confirmé que son époux n’était pas stérile, elle entame d’autres traitements, qui se solderont également par un échec. « J’avais dépensé beaucoup d’argent, mais rien ne marchait. J’ai fini par développer des kystes à l’ovaire droit et un autre à l’ovaire gauche. J’ai subi une ovariectomie de l’ovaire droit et un gynécologue a pu sauver l’ovaire gauche », poursuit-elle . En dépit de cette intervention, les Joson n’abandonnent pas l’idée de concevoir un enfant.
« Mo anvi tann so leker fer boup-boup-boup »
« Nous ne souhaitions pas avoir recours à l’adoption. J’ai la fibre maternelle depuis mon plus jeune âge et ce que je veux, c’est porter mon enfant, le sentir grandir dans mon ventre. Grandi dan vant enn lot level sa. Mo anvi santi sa douler kan vinn mama-la. Mo anvi kan fer ekografi tann so leker fer boup-boup-boup », insiste-t-elle. De son côté, Eric Joson concède qu’il a lui aussi la fibre paternelle, mais qu’il souhaite également exaucer le vœu de sa mère. « Mes frères et ma sœur ont des enfants. Je suis le seul à ne pas en avoir. Ma mère est décédée récemment. Elle voulait me voir devenir papa », confie-t-il.
C’est après les échecs des tentatives précédentes que le couple envisage la fécondation in vitro. Franceska Joson explique s’être tournée vers une clinique privée. À cette époque, précise-t-elle, le coût de la prise en charge dépassait largement ses moyens. Elle s’est, donc, orientée vers la clinique de fertilité de l’hôpital SSRN. « Malheureusement, cela n’a pas fonctionné pour moi. À l’hôpital, on m’a dit que j’aurai plus de chances à l’étranger », confie-t-elle. « J’avoue que j’étais au bord du désespoir, mais je ne m’étais pas encore avouée vaincue. J’avais entendu parler de femmes qui avaient réussi à tomber enceintes grâce à un gynécologue. Une de mes amies l’avait consulté », dit-elle. Rebondissant sur ses propos, Eric Joson poursuit : « Lorsque nous sommes arrivés dans son cabinet et que nous lui avons exposé notre situation, ma première question a été de savoir si Franceska pouvait encore tomber enceinte. Lorsqu’il a répondu par l’affirmative, nous nous sommes sentis revivre. » Toutefois, c’est à l’étranger, plus précisément en Inde, que la FIV était envisagée. « Encore une fois, compte tenu du coût que cela représentait, nous n’avons pas pu aller de l’avant », dit Eric Joson.
L’Inde, dernier espoir
Loin de baisser les bras, Franceska Joson entre en contact avec une association. « Mo ti met tou mo lespwar dan sa asosiasion-la. Me zot inn explik mwa ki zot akonpagnn bann dimounn malad. Mwa, mo pa malad. La, mo dir ou fran mo fi’nn extra dekouraze. J’ai beaucoup pleuré », relate-t-elle. « J’ai demandé si elle aidait des femmes souhaitant avoir recours à la FIV. Le jour même, on m’a répondu : « Oui. » Je ne vous explique pas la joie que j’ai ressentie ! L’association a rapidement constitué mon dossier et a lancé un appel aux dons. L’intervention se fera dans un hôpital en Inde. J’y resterai pendant trois mois, le temps que l’embryon se développe jusqu’au stade de fœtus. Mon suivi médical jusqu’à l’accouchement se fera ensuite ici ». C’est avec beaucoup d’espoir que le couple Joson s’apprête à se lancer dans cette aventure. Pour eux, l’échec n’est pas une option.
« Il n’y a pas d’âge pour être parent »
Franceska et Eric Joson affirment ne nourrir aucune crainte à l’idée de devenir parents à 48 et 51 ans. « Il n’y a pas d’âge pour être parent », avance l’épouse. « Nous sommes prêts à devenir parents et à voir grandir un enfant », ajoute l’époux. C’est avec un large sourire qu’elle raconte : « Avant, on me demandait : Kan pou gagn zanfan ? Maintenant, je pourrai répondre : Bientôt. » Si elle a accepté, dit-elle, de témoigner ouvertement de sa quête d’être maman à son âge et par FIV, « c’est pour donner de l’espoir à d’autres femmes et leur dire que cette possibilité existe. »
13 millions de naissances par FIV depuis 1978
Environ Rs 300,000 pour une intervention en Inde
Près d’un demi-siècle après la naissance de Louise Brown, premier « bébé éprouvette » au monde, le 25 juillet 1978, au Royaume-Uni, la fécondation in Vitro (FIV) s’est imposée comme l’une des plus grandes avancées de la médecine reproductive. Longtemps perçue comme une prouesse scientifique exceptionnelle, elle est aujourd’hui une pratique courante qui permet à des millions de personnes de devenir parents. Plusieurs couples mauriciens se tournent vers l’Inde pour cette intervention, dont le coût médical (selon des informations disponibles en ligne) pendant le séjour s’élève à un peu moins de Rs 300,000 (sans donneuse d’ovocytes).
Les dernières estimations internationales montrent qu’entre 10 et 13 millions d’enfants sont nés dans le monde grâce aux techniques d’assistance médicale à la procréation (AMP), dont la FIV constitue la méthode la plus utilisée. Les chercheurs estiment, désormais, que le total dépasse 13 millions de naissances depuis 1978, un chiffre qui continue d’augmenter rapidement (Adamson et al., Fertility and Sterility, 2025 ; ESHRE, 2025). Cette progression est spectaculaire. Alors qu’au début des années 1980, seules quelques centaines de naissances étaient enregistrées chaque année, on estime aujourd’hui qu’environ un million de bébés naissent chaque année à la suite d’une assistance médicale à la procréation dans le monde.
Selon la Société européenne de reproduction humaine et d’embryologie (ESHRE), plus de 4 millions de cycles de traitement sont désormais réalisés chaque année à l’échelle mondiale, aboutissant à près d’un million de naissances vivantes. Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs : le recul de l’âge de la maternité, l’amélioration constante des techniques de laboratoire, la congélation des embryons, le transfert d’un seul embryon, afin de réduire les grossesses multiples, ainsi qu’un meilleur accès aux traitements dans de nombreux pays. L’infertilité constitue aujourd’hui un véritable enjeu de santé publique. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime qu’une personne sur six sera confrontée à un problème d’infertilité au cours de sa vie reproductive. Les spécialistes rappellent que les causes concernent aussi bien les femmes que les hommes, ou parfois les deux partenaires, tandis qu’une part des infertilités demeure inexpliquée.
L’Europe demeure le continent où la FIV est la plus développée. Elle représente environ la moitié des cycles de procréation médicalement assistée déclarés dans le monde. En 2020, plus de 923,000 cycles ont été enregistrés dans 41 pays européens, contre environ 326,000 aux États-Unis. La Chine est considérée comme le pays réalisant le plus grand nombre de traitements, avec près d’un million de cycles par an. Pour autant, les experts soulignent que l’accès à ces traitements demeure très inégal. Dans plusieurs pays à revenu faible ou intermédiaire, le coût élevé de la FIV, le manque d’infrastructures spécialisées et l’absence de remboursement limitent fortement les possibilités de prise en charge. Les chercheurs estiment que le développement futur de la médecine reproductive dépendra autant des avancées scientifiques que de politiques de santé garantissant un accès plus équitable aux soins de fertilité.

