Le ministre de l’Enseignement supérieur, Kaviraj Sukon, a fait ressortir que pendant trop longtemps, la violence domestique a été considérée comme une affaire privée. Le Domestic Abuse Bill, a-t-il argué, réduit cette notion en pièce, réitérant que « la vie privée s’arrête là où commence le préjudice. » Malheureusement, a-t-il indiqué, à certains moments, la loi a elle-même contribué à faire des foyers devenir des prisons.
« En 1765, Blackstone l’écrivait sans détour : par le mariage, le mari et la femme deviennent une seule personne devant la loi – et cette personne était le mari. Elle ne possédait rien. Elle ne pouvait pas saisir les tribunaux », dit-il.Il a également cité la décision scandaleuse de sir Francis Buller, en 1782, qui mentionnait qu’un homme pouvait battre sa femme, à condition que l’objet utilisé ne soit pas plus gros qu’un pouce.
« Il fallut attendre John Stuart Mill, en 1869, pour qu’il énonce le principe fondamental que nous connaissons aujourd’hui : la seule raison légitime d’exercer un pouvoir sur une autre personne contre sa volonté est d’empêcher qu’elle ne cause du tort à autrui », poursuit-il.Kaviraj Sukon a regretté que sous la Protection from Domestic Violence Act, le mot réhabilitation n’apparaisse pas une seule fois, contre 14 fois dans l’actuel.
Il s’est appesanti sur l’importance de la réhabilitation, précisant que la prison seule ne permet pas à l’auteur de violences de recommencer. Le but en est aussi de protéger les autres femmes. Il a cité l’exemple de Clare Wood, tuée par son compagnon, en février 2009, en Angleterre.
« Cette mère d’une petite fille de dix ans avait rencontré un homme qui avait déjà été condamné pour avoir séquestré une femme sous la menace d’un couteau pendant douze heures. La police le savait. Les dossiers existaient. Mais la loi gardait ces informations sous clé. Lorsque Clare trouva enfin le courage de le quitter, il se lança à sa poursuite. En février 2009, il la tua », devait-il reprendre.Le père de la victime avait mené une bataille légale pour qu’aucune autre famille n’ait à enterrer une fille faute d’avoir été avertie.
« Et il obtint gain de cause. Aujourd’hui, au Royaume-Uni, une loi porte le nom de sa fille : Clare’s Law. » Aborsdant le Domestic Abuse Bill, il a souligné que ce projet de loi intègre un système d’alerte au sein même des institutions. « Les signaux d’alerte ne resteront plus dispersés – un dossier ici, une plainte là – jusqu’à ce qu’il soit trop tard », se félicite-t-il, avec l’urgence de venir avec une telle législation, citant l’Organisation mondiale de la Santé selon laquelle une femme sur trois a été victime de violence au cours de sa vie.Depuis le 1er janvier 2025, Maurice a enregistré 6 478 cas d’agressions liés à des violences domestiques ou commises par un partenaire intime.
« Ce ne sont pas de simples statistiques. Ce sont des alarmes qui sonnaient déjà. Derrière chaque chiffre, il y a une voix qui a crié. Une peur qui n’a pas été entendue à temps. »Kaviraj Sukon a également mis en avant le fait qu’une étude a démontré que près de 64 femmes victimes de violence sur 100 souffrent d’un état de stress post-traumatique, tandis que près de la moitié sont atteintes de dépression.
« Nous pensions autrefois que les enfants n’étaient que des témoins. La recherche montre qu’ils sont, eux aussi, blessés pour la vie. » C’est pour cela, a-t-il mis en avant, que le projet de loi reconnaît la violence sous ses différentes formes et pas seulement physique. Il a également élaboré sur les instruments juridiques qui permettent une meilleure protection. Et à ceux qui disent que l’ancienne loi était déjà censée protéger les victimes, Kaviraj Sukon a fait ressortir que celle-ci attendait le coup.
La nouvelle loi « identifie le schéma ». Et à ceux qui croient que les professionnels de santé travailleront dans la peur en raison de l’obligation de signalement mentionnée dans la loi, le il est d’avis que le projet de loi met fin à une époque « où savoir et ne rien faire demeurait légal ».

