Le système, visant à contrôler l’importation des médicaments dangereux à Maurice, présente de graves failles susceptibles d’être exploitées par des réseaux criminels. Tel est le constat alarmant dressé par la Financial Crimes Commission (FCC), estimant que les nombreuses défaillances relevées au sein du département pharmacologique du ministère de la Santé créent un terrain propice à la corruption, à la fraude, au détournement de médicaments et au financement du trafic de drogue. Ce rapport de la Financial Crimes Prevention Review a été lancé après plusieurs dénonciations faisant état de pratiques douteuses entourant l’importation et le suivi de médicaments soumis à un contrôle strict. Les investigations se sont notamment concentrées sur la prégabaline, commercialisée sous les noms de Pregatas, Nervigen P et Nervigen NP, des produits classés comme drogues dangereuses par la législation en vigueur en raison de leur potentiel d’abus. Les conclusions de la FCC sont sans appel. L’organisme met au jour un système de contrôle fragilisé par une gouvernance défaillante, une supervision insuffisante et une dépendance excessive à des procédures manuelles. À cela s’ajoutent une gestion lacunaire des quotas d’importation, des mécanismes de surveillance inefficaces, une traçabilité déficiente et une gestion documentaire qui ne répond pas aux exigences de transparence et de sécurité. La Commission fait état que ces dysfonctionnements ouvrent la porte à une multitude de dérives comme une manipulation des quotas, des autorisations irrégulières, collusion entre intervenants, la falsification de documents, la corruption, le versement de pots-de-vin et le détournement de médicaments dangereux vers les circuits illicites. Plus inquiétantes encore, ces failles pourraient servir à alimenter le financement d’activités liées au trafic de stupéfiants. Le rapport souligne également que l’absence de systèmes informatiques sécurisés compromet la capacité des autorités à retracer efficacement les mouvements de ces produits sensibles, réduisant considérablement les possibilités de contrôle, d’audit et de reddition de comptes. La FCC met en garde contre ces insuffisances, exposant non seulement le ministère de la Santé à des risques opérationnels et réputationnels majeurs, mais menacent aussi la santé publique, l’intégrité du cadre réglementaire et la confiance des citoyens envers les institutions. Pour remédier à cette situation, la FCC préconise une réforme en profondeur du dispositif actuel. Elle recommande un renforcement immédiat de la gouvernance, des contrôles internes et des mécanismes de surveillance, une gestion plus rigoureuse des quotas, un durcissement des procédures de dédouanement aux points d’entrée du territoire, une meilleure prévention des conflits d’intérêts ainsi qu’une numérisation complète des opérations afin de garantir une traçabilité fiable et inviolable. La FCC prévient que tant que ces vulnérabilités ne seront pas corrigées, le système restera exposé à des risques de crimes financiers, aux abus réglementaires et au détournement de médicaments dangereux. Pour l’organisme, la modernisation des mécanismes de contrôle est désormais une nécessité afin de protéger la santé publique, préserver l’intégrité des institutions et empêcher que ces produits sensibles ne tombent entre les mains des réseaux criminels.

