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57 212 affaires pénales en attente dont les 4800 supplémentaires ajoutées en une année au stock énorme des dossiers en suspens
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La hausse des infractions globales de 10 % cache surtout une explosion des infractions routières
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Plus de 90 000 excès de vitesse, Le téléphone au volant a augmenté de 23,8 %, le non-port de la ceinture de 22,6 % et la conduite sans permis de 41,4 %.
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Violence domestique: Environ 65 % des agressions recensées ont eu lieu dans un domicile privé, et 61 % des victimes étaient apparentées à l’auteur présumé.
La hausse globale de 10 % des infractions est largement alimentée par les contraventions routières. Mais le signal le plus inquiétant tient à la capacité de la chaîne pénale à absorber les dossiers, protéger les victimes, juger dans des délais acceptables et prévenir la récidive.
Les statistiques de la criminalité et de la justice pour 2025 ne racontent pas seulement une évolution du nombre d’infractions. Elles dressent surtout le portrait d’un système judiciaire soumis à une pression croissante. Le chiffre le plus révélateur n’est peut-être pas celui des 417 035 infractions enregistrées au cours de l’année, mais celui des 57 212 affaires pénales qui restaient en attente à la fin de 2025.
Le nombre d’affaires pénales introduites devant les tribunaux est passé de 74 384 à 78 189, soit une hausse de 5,1 %. Dans le même temps, les dossiers réglés ont diminué de 77 909 à 73 797, accusant un recul de 5,3 %. Le résultat est mécanique : près de 4 800 affaires supplémentaires se sont ajoutées en une année au stock déjà considérable des dossiers en suspens. Celui-ci est passé de 52 444 à 57 212, soit une progression de 9,1 %.
Cette accumulation ne relève pas d’un simple encombrement administratif. Elle affecte directement les droits des victimes, des plaignants et des prévenus. À mesure que les procédures s’allongent, les souvenirs s’altèrent, les témoins deviennent plus difficiles à retrouver, les preuves perdent de leur force et les victimes peuvent se décourager. Certains prévenus restent, eux, durablement sous le poids d’une accusation ou en détention provisoire sans qu’une décision définitive n’ait été rendue.
Les statistiques disponibles ne disent toutefois pas combien de dossiers dépassent cinq ans ou dix ans. Elles ne fournissent ni délai moyen ou médian de jugement, ni ventilation selon l’ancienneté, ni explication détaillée des causes d’ajournement. On ignore combien d’affaires sont bloquées par l’absence de témoins, des expertises médico-légales tardives, des enquêtes inachevées, des avocats indisponibles, des magistrats malades ou des reports successifs.
Cette absence de données est en elle-même préoccupante. Un dossier en attente depuis quelques mois ne peut être mis sur le même plan qu’une affaire qui traîne depuis une décennie. Sans connaître l’âge réel du stock, il est impossible de mesurer pleinement la profondeur du retard judiciaire.
Une prison qui absorbe les défaillances du système
La pression observée dans les tribunaux se prolonge dans les prisons. La population carcérale quotidienne moyenne est passée de 2 619 à 2 814 détenus, soit une hausse de 7,4 %. Le taux moyen d’occupation est monté de 70,2 % à 74,3 %, tandis que celui des établissements accueillant des femmes a atteint 86,8 %.
Les admissions en prison ont augmenté de 10,2 %, passant de 5 078 à 5 597. Mais le chiffre le plus significatif concerne la récidive. Sur l’ensemble des admissions enregistrées en 2025, 3 277 personnes avaient déjà connu au moins deux incarcérations. Cela représente 58,5 % des entrants.
Cette proportion montre que la prison sanctionne, mais ne parvient pas toujours à empêcher le retour derrière les barreaux. L’absence d’emploi, les problèmes de logement, les dépendances, les difficultés familiales et le manque de suivi après la libération continuent d’alimenter la récidive.
Les courtes peines aggravent encore ce constat. Environ 66 % des admissions concernent des peines de trois mois ou moins. En 2025, 2 029 personnes ont été admises pour moins d’un mois et 1 662 pour une période comprise entre un et trois mois. Ces séjours sont souvent trop brefs pour permettre un véritable programme de réhabilitation, mais suffisamment longs pour provoquer la perte d’un emploi, une rupture familiale ou une désocialisation.
Les emprisonnements pour défaut de paiement d’une amende ont également augmenté de 55,7 %, passant de 488 à 760. Parmi ces détenus, 119 devaient Rs 1 000 ou moins, et 428 entre Rs 1 001 et Rs 5 000. Ces chiffres relancent la question de l’utilité d’incarcérer des personnes pour de faibles montants alors que des solutions comme le paiement échelonné, les travaux communautaires ou les amendes adaptées aux revenus pourraient être envisagées.
Une hausse de 10 % à relativiser
Le nombre total d’infractions enregistrées à Maurice est passé de 378 987 en 2024 à 417 035 en 2025, soit une progression de 10 %. Mais cette hausse ne traduit pas une explosion uniforme de toutes les formes de criminalité.
Les crimes ont augmenté de 10,1 %, passant de 6 775 à 7 460. Les délits sont, eux, restés pratiquement stables, reculant légèrement de 46 556 à 46 407. Ce sont surtout les contraventions qui tirent le total vers le haut, avec une hausse de 11,5 %, de 325 656 à 363 168.
Hors contraventions, le nombre d’infractions n’augmente que de 1 %, de 53 331 à 53 867. Cette nuance est essentielle. Elle signifie que la progression globale est d’abord alimentée par les infractions routières et par l’intensité des contrôles.
La circulation routière domine les statistiques
Les infractions routières représentent environ 84,5 % de l’ensemble des infractions recensées en 2025. Leur nombre est passé de 317 144 à 352 296, soit une hausse de 11,1 %.
Les excès de vitesse ont atteint 90 428 cas, contre 72 109 en 2024, soit une progression de 25,4 %. Le téléphone au volant augmente de 23,8 %, le non-port de la ceinture de 22,6 % et la conduite sans permis de 41,4 %. Les infractions liées à des assurances non valides ont presque triplé, tandis que les casques mal attachés ont plus que doublé. À l’inverse, les infractions liées à un taux d’alcool supérieur à la limite autorisée ont légèrement diminué.
Ces données peuvent traduire une dégradation des comportements, mais elles peuvent aussi refléter une intensification des contrôles, un recours accru aux radars et une amélioration de la détection. Pour apprécier leur portée réelle, les autorités devraient publier le nombre de contrôles effectués, le nombre de radars et de caméras opérationnels, leur répartition géographique ainsi que l’évolution des accidents, des blessés graves et des décès.
La violence au sein des foyers
Les actes causant ou visant à causer un préjudice ont augmenté de 10 %, passant de 23 612 à 25 982. Le nombre de victimes d’agression a progressé de 7,7 %, atteignant 10 305.
Le fait le plus marquant concerne le contexte de ces violences. Environ 65 % des agressions recensées ont eu lieu dans un domicile privé, et 61 % des victimes étaient apparentées à l’auteur présumé. La violence enregistrée ne se situe donc pas seulement dans les rues. Elle se concentre largement dans les foyers et les relations proches.
Les affaires introduites sous la Protection from Domestic Violence Act ont augmenté de 13,4 %, passant de 1 507 à 1 709. Dans le même temps, le nombre de dossiers en suspens est passé de 441 à 541, soit une hausse de près de 23 %. Dans ce type d’affaires, chaque retard peut laisser une victime exposée plus longtemps à un danger immédiat.
La réponse ne peut se limiter à la police. Elle doit associer les services de santé, les travailleurs sociaux, les structures d’hébergement, les tribunaux et les services de probation.
Les mineures particulièrement exposées
Les infractions sexuelles constituent l’un des signaux d’alerte les plus sérieux de l’année. Les actes sexuels préjudiciables ont augmenté de 14,1 %, tandis que les faits d’exploitation sexuelle ont progressé de 28,6 %.
Le nombre total de victimes est passé de 693 à 820, soit une hausse de 18,3 %. Parmi elles, 720 sont des femmes ou des filles, 624 sont mineures et 557 sont des filles mineures. Plus de six faits sur dix se seraient produits dans un domicile privé. Dans 301 cas, la victime était apparentée à l’auteur présumé.
Le nombre de mineurs impliqués comme auteurs présumés d’infractions sexuelles a également augmenté, passant de 46 à 76. Cette hausse nécessite une analyse différenciée. Elle peut recouvrir des violences entre pairs, des situations d’exploitation, l’exposition à des contenus en ligne ou des comportements sexuels problématiques nécessitant une prise en charge spécialisée.
Drogue : plus de suspects, plus d’incarcérations
Les infractions liées à la drogue ont progressé de 12,3 %, passant de 4 373 à 4 913. Le nombre total de suspects a augmenté de 3 298 à 3 659. Les poursuites ont progressé plus modérément, de 2 058 à 2 186.
Les admissions en prison pour des infractions liées à la drogue ont, en revanche, bondi de 47,3 %, passant de 355 à 523. Les condamnations ont légèrement diminué, de 1 747 à 1 679.
Cette apparente contradiction rappelle que les infractions signalées, les poursuites, les jugements et les incarcérations recensés la même année ne concernent pas nécessairement les mêmes dossiers. Les données ne distinguent pas non plus clairement les consommateurs, les petits revendeurs et les responsables de réseaux structurés.
Les vols reculent, les procédures se décalent
Les infractions contre les biens ont diminué de 11,4 %. Les cambriolages reculent de 22,8 %, les vols de 11,5 % et les vols avec violence de 2,9 %.
Pourtant, les poursuites pour vol ont augmenté de 52,4 % et les condamnations de 20 %. Cette évolution s’explique probablement par le traitement d’anciennes affaires. Elle confirme que les statistiques annuelles ne suivent pas une même affaire depuis la plainte jusqu’au jugement.
Un système de suivi anonymisé permettrait de mesurer plus clairement les taux d’élucidation, de poursuite, de condamnation et les délais réels de traitement.

