La rue : nulle intention de battre en retraite !

Depuis le budget 2025/26, avec le report de l’âge d’éligibilité à la Basic Retirement Pension de 60 à 65 ans, dans un double souci de remise en ordre des finances publiques et de pérennisation du système de protection sociale, l’Alliance du Changement s’est donné pour mission unilatérale de mener à terme la réforme de la pension. La formule d’Income Support, adoptée pour tenter de calmer les ardeurs au lendemain du précédent budget, aura peut-être servi de ballon d’oxygène pour contrer la campagne initiée et menée par le Forum des Citoyens Libres autour du leitmotiv « pension vieillesse retourne 60 ans ».

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Toutefois, force est de constater que la situation a « inn sap » du contrôle de l’Hôtel du Gouvernement avec l’annonce, dans le budget du 19 juin 2026, de l’introduction de la SAP (State Age Pension) à la place de la Basic Retirement Pension à partir du 1er janvier 2027. En dépit des assurances de dernière heure et des répétitions ad nauseam selon lesquelles le Means Test pour pouvoir bénéficier d’une pension à partir de 60 ans a été guillotiné, ou encore des garanties « pa pe koup pansion personn », la rue a clairement averti, lors d’une première mobilisation samedi dans les artères de la capitale, qu’elle n’a nullement l’intention de battre en retraite sur cette question de pension de retraite.

Le leurre selon lequel seulement 10 % des 253 000 bénéficiaires de la BRP, soit une simple minorité, seraient affectés par cette bravade budgétaire a vite volé en éclats. Avant même le coup d’envoi des débats sur le Budget Speech, l’Hôtel du Gouvernement hissait le drapeau blanc du Means Test. La parade politique : government has listened to the population.

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Évidemment, les préoccupations entretenues autour de la pension ne se résument pas seulement à ceux qui en bénéficient actuellement, mais affectent tous ceux qui sont engagés dans le monde du travail et qui, d’une façon ou d’une autre, ont contribué à alimenter l’assiette fiscale de l’État. Et cela, qu’ils soient au bord de la retraite, dans la cinquantaine ou qu’ils viennent d’intégrer la workforce avec leur fougue de jeunesse.

Un premier facteur psycho-financier a été overlooked dans les analyses chiffrées et savantes des éminences grises de la commission d’experts sur la pension, dans leur rapport intérimaire. Ainsi, ils avaient cru pouvoir faire avaler à la population la pilule de la SAP au nom de la Long Overdue Pension Reform, devenue l’étendard du programme de réformes prescrit par le médecin en chef de l’économie mauricienne, le Fonds monétaire international.

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Puis, un aspect psychologique a été occulté : un salarié renvoyé de son poste séance tenante à 40 ans dispose encore de ressources physiques, professionnelles ou personnelles pour retomber sur ses pieds dans la vie de tous les jours. Il lui reste encore la perspective de 20 années d’activités économiques rémunératrices. Là aussi, le Workfare Programme l’accompagne dans cette transition délicate.

Mais, à la veille de son départ à la retraite, après avoir sué sang et eau pendant plus d’une génération, le potentiel bénéficiaire de la pension de vieillesse — fierté de l’État-providence à Maurice — voit un gros nuage d’incertitudes assombrir son horizon financier. Déjà, il subit la dictature de l’érosion du pouvoir d’achat, que ce soit au supermarché ou à la pharmacie. À 60 ans ou plus, de quel recours dispose-t-il pour compenser ce manque à gagner ?
Les lauréats de la commission d’experts sur la pension sont probablement exonérés des affres du quotidien de la rue, soit travay gramatin pou manz tanto. Ce n’est nullement un reproche. Le Cabinet leur a confié un mandat spécifique et exclusif :
• examine the three pillars of the pension system, namely –
• the Basic Non-Contributory Pensions, including the Basic Retirement Pension;
• the Contributory Pension Schemes, and
• the Voluntary Private Pensions, including personal retirement savings plans and occupational pension schemes offered by employers.
Les recommandations intérimaires ou définitives cadreront avec ces attributions. Ce sont des experts. Toutefois, les politiques, qui se sont vu confier la gestion du bien commun à la faveur de ce 60-0 du 10 novembre 2024, ne sont-ils pas tenus de ne pas se laisser aveugler par le Bottom Line chiffré et embelli, en reléguant au second plan ce qui est académiquement présenté comme « their primary responsibility for the economic and social well-being of its citizens, guaranteeing essential services, including universal healthcare, free public education, pensions » ?
L’intention de la rue de ne pas battre en retraite sur la pension ouvre à l’Hôtel du Gouvernement la possibilité de tenter de réconcilier la froideur des recommandations des experts avec la mise en application de mesures consolidant le Welfare State en faveur de cette frange de la population Unable to avail themselves of the minimal provisions for a good life, sans l’accabler outre mesure à la fin de sa carrière professionnelle. Une considération qu’elle mérite amplement au nom de la République…

 

Patrick Michel

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