La soirée du vendredi 31 juillet restera dans les annales. Un même lieu, deux actions, deux mesures. D’une part, les débats autour du Finance Bill, qui comprennent des éléments relatifs à la réforme de la Basic Retirement Pension qui fait polémique. Et de l’autre, l’interpellation et l’arrestation de l’époux d’un membre de cette même auguste assemblée. Deux Junior Ministers, devenus ex entre-temps : Sydney Pierre, affecté au Tourisme, et Véronique Leu-Govind, attachée à la Culture.
Le premier se démarque par son retentissant “non” à l’heure du vote du Finance Bill. La seconde se distingue en ne prenant aucune décision individuelle alors que son mari se retrouve au cœur d’un imbroglio à caractère régional – trafic de cannabis entre Maurice et l’île de La Réunion. Au-dessus des deux, Navin Ramgoolam tranche : Pierre est révoqué illico ; Leu-Govind bénéficie d’un sursis avant de rendre son tablier.
Dans la perception publique, Sydney Pierre a été sacrifié à l’autel. Tandis que Véronique Leu-Govind a eu l’avantage d’un chef de gouvernement (trop ?) indulgent. Ou mal inspiré. Pour la rue, Sydney Pierre devient automatiquement le “working class hero” tant attendu. D’autant qu’une foule d’autres parlementaires – qui d’habitude défendent bec et ongles le petit peuple – ont joué aux abonnés absents et voté en faveur d’une loi qui menace cette classe ouvrière. Trahison envers Pierre qui est resté sincère jusqu’au bout de ses convictions et valeurs ! Et favoritisme à l’égard de Mme Leu-Govind.
Car d’aucuns se demandent, justement, pourquoi la politicienne n’a pas pris l’initiative personnelle de se retirer dès que l’affaire s’est ébruitée dans l’après-midi du 31, plutôt que d’attendre ? Ne réalise-t-elle pas qu’elle aurait gagné davantage en crédibilité et sympathie ce faisant ? Au sein d’un gouvernement dont le chef ne rate aucune occasion de s’époumoner et de crier qu’il est intransigeant envers les marchands de la mort et les barons, face une élue, liée par son époux dans un réseau dépassant les frontières du pays, un trafic, plus une affaire de consommation de substances nocives, il prend son temps avant d’agir. Quelle logique ?
Les sentences sur les réseaux sociaux ont été très directes : on aime, on porte aux nues, ou on condamne. Il n’y a pas de gris clair ni de gris foncé. Du blanc ou du noir. Point barre.
Cinq jours après son “non” symbolique et révélateur, Sydney Pierre est sorti de son mutisme pour ne pas sombrer dans la cacophonie. Pour bien souligner qu’il demeure fidèle à ses racines rouges, qu’il ne compte pas quitter ce sérail, et qu’il a fait siens les grands principes du révérend Martin Luther King dans son parcours sociopolitique.
Tant mieux. Car l’illustre activiste américain, tué pour sa franchise et son combat pour les Noirs opprimés, n’avait-il pas dit, parmi ses citations les plus répercutées : « nous étions tous humains, jusqu’à ce que la race nous sépare, la religion nous divise, la politique nous oppose et l’argent nous classe… » Pourvu que Sydney Pierre garde ces mots en tête pour ses prochaines actions !
Durant cette même semaine, une autre Mauricienne a polarisé l’attention. Il s’agit de l’activiste Malina Cheeneebash. Son interpellation – musclée ! – dans la journée du dimanche 2 août, par des agents de police, ne tombera pas de sitôt dans les oubliettes. Tantôt catégorisée “agent du MSM”, tantôt jeune qui a à cœur les intérêts de ses compatriotes, cette jeune femme a été lynchée par le tribunal populaire. Sa faute ? S’être engagée sincèrement dans un combat contre le pouvoir en place et n’avoir pas pris le temps de calculer et planifier sa démarche.
Qu’elle ait été hagarde, débraillée, tenant des propos confus, au moment de son arrestation et qu’elle s’en soit prise à l’avocat venu défendre ses intérêts spontanément, en l’occurrence Me Sanjiv Teeluckdharry, ce comportement erratique ne tient-il pas du fait que Malina Cheeneebash était seule, sans grand monde autour d’elle, à tenir ferme ? Qu’il était inévitable qu’à un certain moment elle pèterait un câble ? Ce qui est triste, navrant même, c’est la petite poignée de Mauriciens qui ont été la soutenir, la joindre dans son mouvement. Et l’on dira que les jeunes ne s’engagent pas. Un peu facile, non ?
Husna Ramjanally


