Le poids du communalisme

Nos dirigeants ont un curieux rapport avec les parlementaires ayant des problèmes avec la justice. Quand il s’agit d’un de leurs adversaires, ils réclament immédiatement sa démission, en s’étonnant qu’il ne l’ait pas fait lui-même pour suivre les règles de l’éthique. Quand il s’agit d’un de leurs membres, leur comportement est diamétralement opposé et, curieusement, se ressemble. Quand le ministre Sawmynaden fut traduit en Cour, dans le cadre de l’enquête dans l’affaire Kisten – dont on attend toujours la conclusion –, le Premier ministre d’alors se garda bien de réclamer sa démission en justifiant son maintien au gouvernement par la présomption d’innocence.

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Il fallut que l’enquête se précise pour que le ministre soit forcé de soumettre sa démission. Il y a quelques jours, Navin Ramgoolam vient de suivre l’exemple de son prédécesseur. Alors que le mari de la Junior Minister, interpellé pour possession de plantes de gandia – qu’il a reconnu lui appartenir –, dormait en prison, le PM a laissé la Junior Minister voter le budget. Tout en trouvant le temps de révoquer Sydney Pierre, il a déclaré que l’autre Junior Minister n’avait pas à démissionner puisqu’elle bénéficiait de la présomption d’innocence. Il semblerait que la Junior Minister a aussi bénéficié d’un traitement de faveur de l’ADSU – grâce à son nouveau chef sorti de la retraite pour passer sur la tête de ses supérieurs, selon la volonté du PM ? – puisqu’au lieu d’être interrogée dès l’arrestation de son mari, elle ne l’a été que quelques jours plus tard. Mais avant, elle avait démissionné de son plein gré, selon le PM. Qu’est-ce qui explique qu’elle a fait mardi ce qu’elle refusait de faire le vendredi précédent, d’autant plus qu’on a dit qu’elle avait été contrainte de démissionner ? Ce qui a vraiment choqué dans cette affaire, qui vient de commencer, c’est ce qui s’est passé mardi dernier au Parlement, quand Adrien Duval a révélé que la Junior Minister démissionnaire avait déjà été condamnée pour recel d’objets volés, en citant le numéro du dossier. Après avoir dit qu’il n’était pas au courant de ce fait, le PM a ajouté ironiquement : « Mais elle a été la présidente du PMSD, ton parti ! » Réponse tout aussi ironique d’Adrien Duval : « C’est parce qu’elle avait un dossier que nous avons refusé de lui donner un ticket électoral. Elle a démissionné du PMSD et a rejoint l’Alliance du Changement à travers les Nouveaux Démocrates, et vous lui avez donné un ticket. » Vient de resurgir opportunément sur les réseaux sociaux un extrait du meeting tenu par le MSM, quelques jours avant les dernières élections générales, et au cours duquel Pravind Jugnauth avait dénoncé l’ex-présidente du PMSD et nouvelle candidate de l’Alliance du Changement, à travers les Nouveaux Démocrates, en citant sa condamnation ainsi que celles de son mari et de son frère pour des affaires de drogue.

Quand on reprend la chronologie de cette affaire, on est obligé de se rendre compte que l’ensemble de la classe politique était au courant et s’est tue. Il y a eu autour du passé judiciaire de cette politicienne un silence qui relève de la complicité. La plus grande complice a été l’Alliance du Changement qui a choisi de présenter sur sa liste une candidate qui avait un casier judiciaire et, dans son entourage familial, des repris de justice impliqués dans le trafic de drogue. Non seulement ces défenseurs déclarés de la démocratie l’ont fait élire, mais ils en ont fait une Junior Minister ! Dans cette affaire, Adrien Duval avec sa révélation tardive, et Joe Lejongard avec sa demande de démission, n’en sont pas moins complices, puisqu’ils connaissaient le passé de l’ex-Junior Minister et ont siégé au Parlement pendant plus d’un an et demi, vis-à-vis d’elle, sans jamais en faire mention. L’auraient-ils fait si le mari de l’ex-Junior Minister n’avait pas été arrêté ? Quand on replace tous les faits dans leur contexte, on est obligé de se rendre compte qu’au delà des grands discours et autres appels à l’unité et au mauricianisme, en politique, le communalisme est le premier critère. C’est son appartenance communale qui a permis à la Junior Minister, contrainte à la démission, d’obtenir un ticket électoral, puis un poste au gouvernement, malgré son casier judiciaire.

Pour ceux qui ne veulent pas croire que ce sont les règles du communalisme qui dictent les choix politiques, ils n’ont qu’à voir la composition du Conseil des ministres et celui du front bench gouvernemental. S’ils sont toujours sceptiques, qu’ils se réfèrent au récent mouvement entre les Junior Ministers dans lequel Navin Ramgoolam a maintenu la règle non écrite, mais respectée, selon laquelle « diamond cut diamond. » Autrement dit, plus que jamais, c’est l’appartenance communale qui dicte sa loi, pas le mérite, pas le talent.

Qui avait promis la rupture avec les pratiques du passé ?

Jean-Claude Antoine

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