La question de l’accès à Bassin Carangue et Bassin Pirogue, à L’Escalier, devrait connaître une nouvelle étape ce mercredi. Une rencontre avec les autorités est, en effet, prévue après le Site Visit effectué sur les lieux, hier matin, à la suite de l’alerte lancée la semaine dernière par des habitants et le collectif Aret Kokin Nu Laplaz (AKNL) concernant l’obstruction d’un passage historique.
La visite d’hier a réuni quelques habitants, des représentants du Village Council de L’Escalier, du groupe ER ainsi que le député de la circonscription et Junior Minister Rajen Narsinghen. Rencontre qui, selon Hassen Beeharry, du Village Council de L’Escalier, s’est déroulée dans une ambiance cordiale. « Tous semblent vouloir trouver une solution commune », affirme-t-il.
Pour le représentant du Village Council, l’enjeu demeure celui du maintien de l’accès utilisé de longue date par les habitants. « Nous utilisons ce passage depuis des générations », indique-t-il. Il tient également à saluer l’intervention du parlementaire Roshan Jhummun, présenté comme l’un des premiers à avoir tiré la sonnette d’alarme sur la situation en juillet.
À l’issue de cette première rencontre sur le terrain, le conseil de village maintient sa position et demande que l’accès reste accessible au public. Une nouvelle réunion avec les autorités est prévue mercredi. « Nous espérons trouver un terrain d’entente et une solution dans le dialogue et le respect de tout un chacun », souligne Hassen Beeharry.
Cette évolution intervient après la diffusion, sur les réseaux sociaux, d’une vidéo montrant un terrain clôturé dans la région de Bassin-Carangue et Bassin-Pirogue. Des habitants avaient fait part de leurs inquiétudes concernant l’accès au littoral, tandis que la plateforme AKNL, sollicitée sur la question, avait alerté les autorités.
Au cœur du différend se trouvent le statut et l’utilisation du passage permettant de rejoindre le littoral. ER Agri avait, dans un communiqué, apporté sa version des faits. Le groupe précise que les terrains concernés comprennent « une parcelle détenue en toute propriété et une parcelle louée à bail avec l’État mauricien à des fins de pâturage (grazing land) ». Il indique également vouloir accroître ses activités d’élevage de bétail dans cette région.
ER Agri poursuit que des clôtures ont notamment été installées pour assurer la sécurité du bétail, alors que des travaux de remise en état et de préparation de la zone de pâturage ont été entrepris. L’entreprise précise que ces travaux ont été réalisés « après consultations auprès des autorités compétentes ». Elle évoque également la présence récurrente de dépôts illégaux d’ordures et de déchets sur les lieux.
« Pas de voie publique »
La question de l’accès à Bassin Carangue et Bassin Pirogue reste toutefois le principal point de divergence. ER Agri conteste l’idée selon laquelle une voie publique aurait été bloquée par les nouvelles clôtures. « Contrairement à ce qui est présenté dans la vidéo, il n’y a pas de voie publique sur ces terrains », affirme ainsi l’entreprise.
ER Agri explique qu’un passage privé existait auparavant et que le public avait été autorisé à l’emprunter « à titre de bon voisinage ». Mais avec le développement annoncé de l’activité d’élevage, « un nouveau passage privé a été institué », note l’entreprise. Ce passage doit permettre, selon elle, de maintenir l’accès à Bassin-Carangue et Bassin-Pirogue, ainsi qu’au crématorium situé sur la propriété privée.
L’entreprise inscrit par ailleurs ces changements dans une démarche de développement de la production agricole locale et de soutien à l’élevage. Elle affirme également être « attachée au maintien de bonnes relations avec les communautés avoisinantes ».
De son côté, AKNL reconnaît que le chemin concerné se trouve sur un terrain privé, mais estime que le débat ne peut être limité à la seule question du statut foncier. Pour le collectif, « ce n’est cependant pas le statut foncier qui est au cœur de notre démarche, mais la manière dont les changements sont conduits ». AKNL affirme ainsi que les habitants de L’Escalier utilisent cette partie du littoral « depuis des générations », notamment pour la pêche, les sorties en famille et les loisirs. Le collectif considère que cet accès participe à l’histoire et à l’identité de la région.
Dans sa prise de position, AKNL estime également que la modification d’un accès utilisé depuis longtemps devrait donner lieu à une concertation avec les habitants. Le collectif reconnaît que le développement des activités agricoles, la sécurité ou encore la lutte contre les dépôts illégaux peuvent constituer des considérations légitimes, mais il estime qu’elles ne devraient pas empêcher une discussion avec les personnes qui fréquentent les lieux. « Lorsqu’un accès est utilisé depuis des générations, cela traduit bien plus qu’une simple habitude : c’est une manière de vivre le littoral », soutient AKNL.
La rencontre prévue mercredi sera donc particulièrement suivie par les différents protagonistes. Après le constat de visu de ce dimanche, l’objectif affiché est de poursuivre les échanges afin de rechercher une solution acceptable pour les différentes parties concernées.
Le conseil de village souhaite que l’accès demeure accessible au public. AKNL, pour sa part, a demandé la protection officielle d’un « corridor d’accès public permanent » reliant la route principale au littoral de Bassin-Carangue et Bassin-Pirogue. Le collectif souhaite également que les principaux accès publics desservant les villages de cette portion du littoral soient identifiés et sécurisés.

