Face à la diminution de la production des petits planteurs et aux difficultés croissantes liées à la pénurie de main-d’œuvre, la mécanisation de la récolte de la canne apparaît comme une nécessité pour assurer la viabilité de ce segment de l’industrie cannière. C’est dans cette perspective que l’International Trade Centre (ITC), dans le cadre de l’EU-ACP Business Friendly Programme financé par l’Union européenne et l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OACPS), organise une formation pratique consacrée à l’utilisation et à l’entretien de la « koupez pei ».
Cette formation, organisée en collaboration avec le Centre d’Excellence Africain en Logistique (CEAL) et les Planters’ Services d’Alteo Milling Ltd, réunit des opérateurs issus notamment des associations de petits planteurs, des entreprises, de la Mauritius Cane Industry Authority (MCIA) et de ses départements. Les grands planteurs manifestent également un intérêt pour cet équipement, notamment pour les champs qui sont encore récoltés manuellement en raison de différentes contraintes.
Jean Claude Autrey indique que cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un projet plus vaste financé par les Nations unies à travers l’ITC de Genève et l’Union européenne à travers le Secrétariat des États ACP à Bruxelles. Le projet vise notamment à créer davantage de valeur au sein de la filière canne, à accroître la production de canne et de sucre, à améliorer le marketing du sucre et à favoriser le développement de l’industrie du rhum.
Il souligne que l’amélioration de la productivité à l’hectare et de la production globale est devenue essentielle à la viabilité de l’industrie cannière. Il relève surtout le recul important de la contribution des petits planteurs à la production nationale. « Il y a six ans, le segment petit planteur contribuait à 19 % de la production nationale. Aujourd’hui, elle est de 11 % », dit-il.
Cette baisse s’explique notamment par le désintéressement de certains petits planteurs et l’abandon de terres, dans un contexte marqué par le manque de main-d’œuvre et le coût élevé des opérations de récolte et de chargement. Pour Jean Claude Autrey, la mécanisation de ces opérations constitue donc une piste incontournable.
La « Koupez Pei», innovation développée à La-Réunion, présente selon lui un avantage particulier : elle est adaptée aux contraintes des petites parcelles, contrairement aux grosses machines de récolte qui nécessitent des superficies et des configurations de champs plus appropriées. « La mécanisation de la coupe et du chargement est essentielle, d’où le recours à la Koupez Pei qui se prête mieux aux contraintes imposées par la petite superficie des champs », affirme-t-il.
L’ITC a ainsi fait appel à une entreprise de La-Réunion spécialisée dans l’utilisation et la gestion de cet équipement pour assurer la formation des opérateurs mauriciens. Les performances réalisées à La-Réunion constituent, un élément encourageant. « À La-Réunion, les producteurs aguerris peuvent atteindre 90 tonnes par jour et, si nous parvenons ne serait-ce qu’à 50 tonnes, la viabilité de l’équipement sera prouvée », souligne Jean-Claude Autrey.
Cette formation doit ainsi permettre d’évaluer concrètement les possibilités offertes par la « Koupez Pei» dans les conditions mauriciennes et de déterminer dans quelle mesure elle peut contribuer à réduire la dépendance à la main-d’œuvre manuelle.
L’expérience réunionnaise est présentée comme un exemple intéressant pour Maurice. Quelque 200 équipements sont actuellement en opération à La-Réunion, assurant la récolte d’environ un quart de la production cannière de l’île, soit près de 340 000 tonnes de canne.
Cette performance est à mettre en perspective avec la production des petits planteurs mauriciens, de l’ordre de quelque 200 000 tonnes.
Pour l’ITC et ses partenaires, le renforcement des compétences des opérateurs constitue une première étape vers une adoption plus large de la mécanisation. À terme, l’enjeu sera de déterminer si cette technologie peut être déployée à une échelle suffisamment importante pour contribuer à maintenir les petits planteurs dans la filière et enrayer le recul de leur contribution à la production nationale.
La formation de cette semaine représente ainsi une phase pratique destinée à tester une technologie réunionnaise dans le contexte mauricien, avec l’objectif de trouver des réponses concrètes aux défis de productivité, de coût et de disponibilité de la main-d’œuvre auxquels est confrontée l’industrie cannière.

