Économie — Banque de Maurice : Le taux directeur reste à 4,75 %

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La gouverneure de la BOM, Priscilla Muthoora Thakoor : « Le MPC a soigneusement évalué les risques pesant sur l’inflation et la croissance »

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Le Monetary Policy Committee (MPC) de la Banque de Maurice a décidé, à l’unanimité, de maintenir le Key Rate à 4,75 % par an. Cette décision, annoncée la gouverneure de la BOM, Priscilla Muthoora Thakoor, à l’issue de la rencontre d’hier, intervient dans un contexte marqué par une forte incertitude internationale, des tensions géopolitiques persistantes et des risques inflationnistes qui demeurent élevés.
Elle a expliqué que le MPC avait procédé à une évaluation approfondie de l’évolution de l’inflation, de la croissance et des risques.
« Le MPC a soigneusement évalué les risques pesant sur l’inflation et la croissance », souligne la gouverneure, précisant que le maintien du taux à 4,75 % traduit une approche prudente dans un environnement économique particulièrement incertain. Elle ajoute que l’économie mondiale a jusqu’ici fait preuve de résilience, mais les perspectives demeurent contrastées selon les pays. L’escalade des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, les risques affectant les principales routes maritimes, la volatilité des prix de l’énergie et l’augmentation des coûts du fret constituent autant de facteurs susceptibles de peser sur la croissance et de raviver les pressions inflationnistes.
Dans sa mise à jour de juillet de World Economic Outlook, le Fonds monétaire international prévoit un ralentissement de la croissance mondiale, de 3,5 % en 2025 à 3 % en 2026, avant une remontée à 3,4 % en 2027 ainsi qu’une inflation mondiale de 4,7 % en 2026, contre 4,1 % en 2025, avant un repli à 3,9 % en 2027.
Sur le plan intérieur, la Banque de Maurice estime que l’économie mauricienne demeure résiliente, même si les perspectives de croissance sont exposées à des risques de ralentissement. Les activités économiques ont ralenti au premier trimestre de cette année, tout en demeurant dynamique grâce notamment aux secteurs des services, en particulier le tourisme et les services financiers. Du côté de la demande, le ralentissement de la consommation a été en partie compensé par les investissements et les exportations de services.
La Banque Centrale maintient ainsi sa prévision de croissance à 2,8 % pour 2026, soit le même taux que celui annoncé dans ses projections de mai. « La Banque prévoit que l’activité économique restera résiliente mais modérée en 2026 », indique le MPC.
Les risques pesant sur cette prévision sont néanmoins considérés comme orientés à la baisse. Ils comprennent notamment une détérioration de la situation géopolitique, de nouvelles perturbations des chaînes d’approvisionnement ainsi qu’un ralentissement de la demande mondiale et intérieure.
Sur le front des prix, l’évolution récente apporte des éléments de soulagement, sans pour autant dissiper les inquiétudes de la Banque centrale. L’inflation globale est passée de 4,1 % en juin à 4 % en juillet 2026. En revanche, l’inflation annuelle a progressé de 3,7 % à 4,4 % sur la même période, sous l’effet notamment de la hausse des prix de certains biens de consommation courante. La Banque relève également que l’inflation sous-jacente demeure élevée et persistante.
Malgré ces pressions, la prévision d’inflation globale pour 2026 a été revue à la baisse. La Banque centrale table désormais sur 5 %, contre une estimation précédente de 5,5 %. Cette révision s’explique principalement par l’évolution de l’inflation observée jusqu’ici et par la mise en œuvre de récentes mesures budgétaires, notamment les subventions additionnelles accordées sur certains produits de première nécessité.
Mais cette amélioration des perspectives ne signifie pas que le risque inflationniste est écarté.
« Les risques pesant sur ces perspectives restent orientés à la hausse », souligne le Monetary Policy Committee.
De nouvelles tensions géopolitiques pourraient notamment provoquer une remontée des prix du pétrole et des produits alimentaires, ainsi qu’une augmentation des coûts du transport maritime. Pour Maurice, fortement dépendante des importations, les conséquences pourraient être rapidement ressenties sur les prix domestiques.
Dans ce contexte, le maintien du Key Rate à 4,75 % permet au MPC de poursuivre son évaluation de l’évolution de la situation économique et financière, tout en mesurant les effets des décisions monétaires précédentes et des nouvelles mesures budgétaires.
Le MPC a par ailleurs examiné les opérations d’Open Market ainsi que l’évolution du marché. Les derniers stress tests montrent que le secteur bancaire demeure globalement résilient, grâce notamment à des niveaux adéquats de fonds propres et de liquidités. La gouverneure et les membres du MPC entendent ainsi rester particulièrement vigilants dans les prochains mois.
Invité par la presse à commenter les critiques formulées dans différents quartiers contre la hausse du taux directeur lors de la dernière réunion du MPC, Priscilla Muthoora Thakoor mis en avant une approche prudente de la politique monétaire. Selon elle, la décision de relever le taux directeur à 4,75 % en mai était principalement motivée par la nécessité de contenir les pressions inflationnistes et de préserver le pouvoir d’achat des ménages.
Elle reconnaît toutefois que cette hausse avait suscité des inquiétudes quant à ses conséquences sur la croissance et l’endettement, notamment celui des ménages déjà lourdement engagés. « Il y a eu beaucoup de débats sur le fait que cela pourrait générer un ralentissement de l’économie et avoir des effets sur l’endettement », a-t-elle fait comprendre.
La gouverneure explique qu’en mai, les effets du conflit au Moyen-Orient commençaient déjà à se faire sentir sur les prix, avec notamment des ajustements concernant le pétrole et l’électricité. Dans le même temps, l’inflation et les anticipations inflationnistes étaient en hausse. « Il était nécessaire à ce moment-là de relever le taux pour se prémunir contre d’autres augmentations de prix », indique-t-elle.
Le maintien du taux à 4,75 % lors de la réunion d’hier ne signifie cependant pas que les risques ont disparu. « Les risques sont toujours présents », affirme Priscilla Muthoora Thakoor, faisant référence à la fois au risque d’une nouvelle accélération de l’inflation et à celui d’un ralentissement de la croissance.
Elle est d’avis que la décision du Monetary Policy Committee s’inscrit donc dans une démarche de prudence face à ces risques. « Ce n’est pas, à mon sens, la fin d’un resserrement », précise-t-elle, tout en estimant qu’il était préférable de ne pas transmettre de signaux contradictoires au marché en revenant immédiatement sur la décision adoptée en mai.

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