POINTE D’ESNY | Accès à la plage : Shakeel Mohamed en mission pour faire éclater le mythe d’espace privé du High Water Mark

Ajouter en tant que source préférée sur Google

 Le ministre: « Je constate que le District Council et la SMF hésitent à agir… »

Il est interdit de faire des constructions à 30 mètres du High Water Mark. Cet espace est considéré comme relevant du domaine public. À ce titre, l’accès et la circulation ne peuvent être interdits. Toutefois, de nombreux propriétaires de baux sur le littoral abusent de leurs droits et imposent des restrictions, parfois subtiles, aux membres du public. Le ministre des Terres et du Logement, Shakeel Mohamed, est allé constater la situation de visu, jeudi, à Pointe-d’Esny. Selon lui, beaucoup ne sont pas en conformité avec la loi. Il a été également à l’écoute des doléances des résidents.Pointe-d’Esny, qui a la réputation d’abriter l’une des plus belles plages de Maurice, a pendant longtemps été considéré comme un espace privé. Entre les bungalows, le club nautique, les hôtels et Guest Houses, les membres du public ont souvent des difficultés à accéder aux parties considérées comme étant du domaine public.

- Publicité -

Deux ruelles bordées de murs donnent accès à la plage de Pointe-d’Esny. Le ministre Mohamed a relevé tout de suite des structures illégales. Des poteaux, pour délimiter les espaces privés, des plantes servant de haies, et parfois même, des panneaux d’interdiction ou des pirogues et kayaks, installés pour barrer la route.

Le ministre, qui était accompagné de son collègue des Administrations régionales, Ranjiv Woochit, du Junior Minister Tony Apollon et du député Kevin Lukeeram, veut des actions immédiates. Il a demandé à ses responsables de demander aux éléments de la SMF de faire enlever les obstructions sur-le-champ. Il y a un silence et des hésitations. Puis, un responsable lui fait valoir que la SMF ne veut pas agir sans papier… Le ministre n’était pas content. « Je constate que le District Council et la SMF hésitent à agir… », rouspète-t-il.

- Publicité -

Mais des résidents viennent à sa rencontre. Ils font part au ministre des incivilités des membres du public sur la plage, devant chez eux, et même jusque sur leurs transats. « Un jour, il y a une bande de jeunes qui est venue jouer au foot sur la plage devant chez moi, avec tout le bruit et leurs jurons. J’ai téléphoné à la police. Des policiers sont venus deux heures plus tard, quand il n’y avait plus personne », déplore un résident.

Une autre résidente témoigne, elle, des menaces reçues d’un individu, armé d’un canif. « Ils viennent s’installer sur mes transats et me disent que c’est public. Ils viennent même uriner devant chez moi… »

- Advertisement -

Laisser agir les autorités

Shakeel Mohamed a fait alors comprendre que la loi s’applique à tous. Il a demandé au représentant de la police d’agir promptement, pour faire respecter la loi. Il a indiqué également aux résidents qu’il est interdit de planter des poteaux dans les 30 mètres du High Water Mark. Ils ne peuvent non plus installer des panneaux de plage privée ou de kite surf interdit. « Je peux bien comprendre qu’il y ait des incivilités, mais il faut laisser les autorités compétentes agir. Ce n’est pas à vous de placer des panneaux », affirme-t-il.

Le ministre s’est intéressé également à une jetée construite dans la mer, près du club nautique. Tony Apollon, député vde la région et nouveau Junior Minister ainsi qu’une résidente, ont fait valoir que cette jetée a permis de consolider la plage. « Nous avons gagné 50 m de plage grâce à cette structure », a indiqué la résidente.

Shakeel Mohamed concède, mais insiste pour que l’Environnement donne son avis à ce sujet. « Peut-être que c’est bénéfique pour vous, mais nous devons savoir si cela n’a pas un impact négatif ailleurs. Ce sera à l’Environnement de nous dire si c’est une bonne chose d’avoir cette jetée », riposte-t-il.

Après presque deux heures de marche et de rencontres sur la plage de Pointe-d’Esny, Shakeel Mohamed s’arrête devant un bungalow clôturé, englobant toute la superficie du domaine public. Le propriétaire est absent. Il pousse la porte de clôture. « Ici, il y a une clôture carrément pour privatiser l’espace, sous l’œil d’une caméra de Safe City. Y a-t-il une explication ? Pourquoi le District Council a autorisé cela ? On commence avec des poteaux, puis on y ajoute des cordes, ensuite des plantes et finalement une clôture », s’insurge-t-il.

Il demande à ses officiers de servir un papier au détenteur du bail, pour enlever cela. « D’une part, il y a Building without a permit et d’autre part, il y a une violation du bail. Ce qui nous permet d’annuler le bail s’il refuse de collaborer », rajoute-t-il.

Après avoir fait le tour, Shakeel Mohamed a affirmé constater qu’il y a beaucoup de personnes de bonne volonté à Pointe-d’Esny : « Il y a des Campement Site Owners, qui n’ont aucune objection à collaborer avec les autorités et les membres du public, pour qu’il y ait un bon vivre-ensemble, dans le respect des droits de chacun. Ils accueillent une clarification de la loi existante. »

Cependant, a ajouté le ministre, certaines personnes exagèrent. « Des passages ont été obstrués, des accès ont été privatisés. Les Mauriciens ne peuvent circuler. C’est choquant que ces situations illégales aient été tolérées pendant toutes ces années. »

Consultations et collaborations

Le ministre a plaidé pour une approche pédagogique. « Il faut faire comprendre aux détenteurs de baux qu’il y a le Building Line à respecter. Après quoi, c’est le domaine public. Ils peuvent l’utiliser, mais pas mettre des structures permanentes et planter des panneaux disant que c’est privé. »

S’il y a des personnes qui se montrent récalcitrantes, a-t-il prévenu, le ministère n’hésitera pas à annuler les baux. « Nous avons des consultations avec les ministères de l’Environnement, des Administrations régionales, du Tourisme, ainsi que des ONG pour trouver une solution durable. »

Le ministre a également pris en considération les doléances des résidents. « J’ai aussi eu des rapports selon lesquels il y a des Mauriciens qui viennent ici et font leurs besoins sur la plage, au vu et au su de tout le monde, d’autres qui jettent des couches, cannettes de bière, take-away… », concède-t-il. Le gouvernement, a-t-il ajouté, dépense des milliards de roupies pour nettoyer le pays et traiter les déchets. Et ce, avant de souligner : « c’est important pour la propreté et la santé publique. Il est dommage qu’il y ait certains qui se montrent irresponsables. La loi doit être respectée de tous. »

Shakeel Mohamed a indiqué qu’il y aura une période de transition pour avoir des consultations également avec les propriétaires d’hôtels, de campements, pour expliquer les dispositions légales. « Il y a des Regulations déjà préparées et transmises au bureau de l’Attorney General. S’il y a des personnes qui ont des doutes, les autorités sont là pour les expliquer et j’espère qu’ils vont suivre. Mais nous serons intraitables pour les récalcitrants », fait-il comprendre avec force.

Il fait valoir avoir revu son approche, après avoir écouté les résidents. « J’étais venu ici aujourd’hui pour faire enlever les structures carrément. Mais quand j’ai vu qu’il y avait des personnes qui veulent collaborer, j’ai changé ma position. S’il y a de la bonne foi, je n’ai aucune raison d’utiliser la force. Je préfère leur donner la chance d’enlever les structures eux-mêmes. D’ici la semaine prochaine, les papiers seront servis, ils auront un délai raisonnable pour se mettre en conformité avec la loi », déclare-t-il.

Il a souhaité que cette action à Pointe-d’Esny envoie le message à d’autres personnes, dans d’autres régions, qui sont dans une situation similaire. « Par contre, les membres du public ne doivent pas recevoir cela comme un signal que tout est permis, qu’ils peuvent venir camper, mettre de la musique, etc. devant les bungalows. Nous avons tous une responsabilité. »

Shakeel Mohamed a profité de l’occasion pour dénoncer les abus sur les plages publiques également. « J’ai discuté de cela avec le ministre de l’Environnement. À Choisy, par exemple, il y a des gens qui allument des feux de camp où ils veulent, plantent leurs tentes, mettent leurs voitures où ils veulent… il y a une compétition sur le volume de musique… C’est une cacophonie ! »

Son ministère, a-t-il dit, est en train de travailler avec la Beach Authority pour revoir tout cela. « L’incivisme a été toléré depuis trop longtemps. Nous avons été élus justement pour amener le changement. Nous amenderons la loi pour qu’il y ait plus de discipline sur les Pas géométriques. La plage est sacrée, c’est une ressource naturelle qu’il faut protéger », a-t-il fait valoir.

« Le gros problème de Maurice c’est que nous avons des lois, mais leur application ne suit pas. Nous sommes nuls à ce niveau ! Nous avons la responsabilité de protéger nos plages pour les générations futures. Il nous faut aussi inculquer ces valeurs aux jeunes », préconise-t-il.

Concernant les veloutiers et batatran plantés sur la place, il a souligné que ces plantes ne doivent pas être utilisées comme prétexte pour faire des haies et privatiser l’espace. « Certains se sont montrés inventifs en utilisant des plantes, supposément pour protéger l’environnement, mais s’en servent pour abuser de leurs droits », dénonce le ministre.

Ht

Carina Gounden (mru 2025) :

« Le respect doit venir de tous »

« Depuis des années, nous demandons de mettre de l’ordre concernant l’accès aux plages, mais aussi de pacifier. Il est important de clarifier la situation et de demander des efforts des deux côtés, soit à la fois des Lease Holders et des usagers.

Le respect doit venir de tous. Les 30 mètres du High Water Mark sont d’autant plus importants car nous avons actuellement un problème d’érosion. Les passages existants sont en train de disparaître. Il est donc important d’avoir une bande côtière que le public peut emprunter sans sentir qu’il n’est pas le bienvenu. »

Tony Apollon :

« Le GM est déterminé à mettre de l’ordre »

« Cela fait partie de notre programme de revoir les choses qui ne vont pas dans le pays. À la plage de Pointe-d’Esny, nous avons souvent des plaintes selon lesquelles le public ne peut circuler. Nous avons voulu voir si tout est dans les règles et agir là où il faut.

S’il y a des personnes qui respectent les termes de leurs baux, c’est tant mieux. Les autres devront se conformer. Je remercie le ministre Shakeel Mohamed qui a fait le déplacement. J’espère qu’il y aura un suivi et que nos plages seront libérées. Avoir accès ne veut pas dire être autorisé à faire du tam-tam, mais à circuler librement.

C’est un premier constat. À partir de là, les autorités verront quelles sont les actions à prendre et combien de temps il faut donner pour se mettre en conformité avec la loi. Il faut leur accorder un délai pour cela, mais le gouvernement est déterminé à mettre de l’ordre. »

Ht

Françoise Summers (résidente ) :

« L’occasion d’expliquer nos problèmes »

« Il est très important que le ministre et son équipe viennent faire un constat sur le terrain et je l’ai remercié pour cela. Il y a beaucoup de on-dit, beaucoup de rumeurs, beaucoup de gens qui exagèrent.

Cela nous a aussi donné l’opportunité de lui expliquer certains problèmes. C’est une excellente initiative. J’espère qu’il va continuer son tour de Maurice. »

 

EN CONTINU