PENSION | Réforme — Finance Bill : l’assentiment présidentiel déclenche la colère syndicale

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Dharam Gokhool a donné son assentiment au Finance Bill malgré l’ultime démarche de la Platform Komin Sindikal. Haniff Peerun, président du Mauritius Labour Congress, dénonce une décision « profondément regrettable » et s’interroge sur l’indépendance du chef de l’État. Le front syndical prépare désormais sa riposte.

Le président de la République, Dharam Gokhool, a finalement donné son assentiment au Finance Bill, validant ainsi les mesures annoncées dans le dernier budget, dont la très contestée réforme de la pension. Cette décision a suscité une vive déception dans les rangs syndicaux, qui avaient multiplié les démarches pour tenter d’empêcher la promulgation du texte.

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Quelques jours auparavant, les dirigeants de la Platform Komin Sindikal (PKS) avaient rencontré le chef de l’État. Ils lui avaient demandé de ne pas donner son assentiment au projet de loi, faisant valoir les conséquences financières de la réforme pour les personnes âgées et les futurs bénéficiaires de la pension universelle.

Pour Haniff Peerun, président du Mauritius Labour Congress (MLC), la décision du président est « profondément regrettable et attristante », compte tenu de la mobilisation populaire et des nombreuses inquiétudes exprimées.

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Des assurances restées sans suite

Haniff Peerun affirme que, lors de sa rencontre avec les représentants syndicaux, Dharam Gokhool leur avait donné le sentiment d’être à l’écoute de leurs préoccupations et de mesurer les difficultés financières auxquelles les aînés sont confrontés.

Selon le syndicaliste, le président avait indiqué qu’il prendrait le temps d’étudier le Finance Bill et de considérer les revendications syndicales avant de se prononcer. Son assentiment est donc vécu comme une profonde désillusion.

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« Il nous avait donné le sentiment d’être à l’écoute des citoyens et d’avoir pris conscience de leurs difficultés », souligne Haniff Peerun. Celui-ci estime que les engagements pris au cours de la rencontre n’ont finalement pas été suivis d’effet.

Le président du MLC considère que Dharam Gokhool a choisi de rester fidèle au gouvernement et au Premier ministre qui l’a nommé, plutôt que d’affirmer son indépendance face à une réforme suscitant un profond malaise dans la population.

L’indépendance du Président questionnée

Haniff Peerun soutient qu’une fonction aussi importante que celle de président de la République exige du courage, de l’indépendance et la capacité de dire non lorsque l’intérêt général est en jeu.

Il rappelle également que le salaire, les avantages et les privilèges attachés à la fonction présidentielle sont financés par les contribuables. Or, poursuit-il, ces mêmes contribuables sont aujourd’hui confrontés à une pression croissante sur leur pouvoir d’achat.

Les travailleurs, les familles et les personnes âgées étaient donc, selon lui, en droit d’attendre du chef de l’État qu’il accorde une attention particulière à leurs préoccupations avant de donner son assentiment à un texte modifiant le régime de la pension.

« La balle était dans son camp, mais il a choisi de jouer hors jeu », lance Haniff Peerun. À ses yeux, cette décision ne pourra que renforcer les interrogations de la population sur l’indépendance réelle de la Présidence dans l’exercice de ses responsabilités.

Pour le président du MLC, la Présidence ne devrait pas être perçue comme une simple chambre d’enregistrement des décisions gouvernementales. Son titulaire doit pouvoir prendre position, y compris contre le gouvernement, lorsque les circonstances et l’intérêt de la population l’exigent.

Une stratégie commune en préparation

Le mouvement syndical n’entend pas en rester là. Le Front commun se réunira dans le courant de la semaine prochaine afin d’analyser la situation et d’arrêter une stratégie commune.

Haniff Peerun affirme que les organisations syndicales sont quotidiennement interpellées par des citoyens souhaitant connaître la prochaine étape de la mobilisation. « Nous entendons cette colère et ces inquiétudes. Nous ne resterons pas silencieux », prévient-il.

Le mouvement syndical promet ainsi de poursuivre son combat en faveur des travailleurs, des familles, des personnes âgées et des contribuables affectés par la réforme. Une action d’envergure est déjà envisagée, même si ses modalités ne seront annoncées qu’après les consultations entre les différentes centrales.

L’assentiment présidentiel met donc fin à l’une des dernières démarches institutionnelles entreprises par les syndicats contre le Finance Bill. Il ouvre, en revanche, une nouvelle phase de contestation qui devrait se déplacer vers le terrain de la mobilisation populaire.

Chez nos confrères du mauricien du samedi Jane Ragoo de la Confédération des travailleurs des secteurs privé et public (CTSP), l’assentiment donné par Dharam Gokhool au Finance Bill ne constitue pas véritablement une surprise. La syndicaliste affirme que la Platform Komin Sindikal nourrissait peu d’espoir, mais tenait à épuiser tous les recours possibles.

La plateforme avait écrit aux parlementaires et rencontré le ministre du Travail, Reza Uteem, ainsi que le Junior Minister aux Finances, Dhaneshwar Damry. La Présidence représentait son dernier recours.

Jane Ragoo se dit néanmoins étonnée par la rapidité avec laquelle l’assentiment a été accordé. Lors de leur rencontre, explique-t-elle, Dharam Gokhool leur aurait indiqué qu’il n’avait pas encore reçu le document et qu’il prendrait le temps d’étudier ce texte volumineux.La syndicaliste affirme désormais laisser le président « à sa conscience ». « Que chacun assume ses responsabilités. Je dis au président qu’il n’aura pas la bénédiction du peuple », martèle-t-elle, annonçant que la plateforme prendra prochainement des décisions importantes en vue d’« une grande action ».

Jane Ragoo s’interroge également sur l’avis qu’aurait donné l’Attorney General, Gavin Glover avant de se demander si  la rénovation de la maison du président et la pension des parlementaires sont des droits acquis .

Atma Shanto déplore, lui aussi, la décision du président de la République. Il estime que cet assentiment signifie que Dharam Gokhool approuve la manière « unilatérale » dont le gouvernement dirigerait le pays, sans véritable discussion avec la société civile.

Le syndicaliste regrette que tous les responsables institutionnels ne fassent pas preuve, selon lui, du même courage que l’ancien président Cassam Uteem. Celui-ci avait démissionné en 2002 après avoir refusé de donner son assentiment à une législation antiterroriste particulièrement controversée.

Pour Atma Shanto, l’entrée en vigueur du Finance Bill signifie concrètement que certaines personnes seront privées de la pension universelle dans les conditions qui prévalaient jusqu’ici.

Il inscrit cette réforme dans un débat plus large sur l’avenir du Welfare State. « Cela fait plus de 25 ans que le Fonds monétaire international cherche à démanteler le Welfare State, mais il y a toujours eu une résistance courageuse de la classe syndicale », affirme-t-il.

Atma Shanto appelle donc la population à rester mobilisée et à attendre les instructions des organisations syndicales concernant les prochaines actions.

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