— 158 véhicules épinglés depuis le début de l’année (contre 102 en 2025) pour des émissions de fumée dépassant largement les seuils autorisés
— 23 usagers pris en contravention mercredi lors de trois opérations menées à Mahébourg, Bambous et Baie-du-Tombeau
Les infractions en matière de la qualité de l’air, à l’instar de la pollution émanant notamment des pots d’échappement des vieux autobus et poids lourds, ont la dent dure. Donnons néanmoins du crédit au travail fourni, depuis le début de l’année, par la Police de l’Environnement qui, sous la férule de l’inspecteur Vishwanaden Amasay, multiplie les vastes opérations de mesure de la pollution via les 15 opacimètres acquis au coût de Rs 9 millions en février 2022. Les dernières statistiques fournies par le ministère de tutelle certifient la thèse selon laquelle les contrôles techniques des véhicules automobiles menés par le biais de ces appareils ne se déroulent plus avec parcimonie. Entre le 1er janvier 2026 et 31 juillet 2026, 158 véhicules ont été épinglés pour des émissions de fumée dépassant largement les seuils autorisés. C’est 56 contraventions de plus servies en comparaison avec la période de janvier 2025 à juillet 2025.
La pollution atmosphérique représente un grand risque pour la santé humaine et peut affecter les gens différemment, selon la toxicité du polluant et le degré d’exposition, de susceptibilité et de vulnérabilité de l’individu. Selon l’OMS, cette pollution, en cas d’une forte exposition récurrente, s’avère cancérigène pour l’homme et peut entraîner des pathologies respiratoires et cardiovasculaires. Certes, les fuites d’échappement devraient être de moins en moins fréquentes de nos jours à Maurice, lorsqu’on sait que les véhicules sont plus efficaces et les vérifications plus rigoureuses, sauf que de nombreux véhicules continuent de se rendre coupables d’infractions.
Le secteur du transport en commun est le premier émetteur de gaz à effet de serre et ses impacts sur l’environnement sont nombreux : pollution de l’air, de l’eau, modification des paysages ou encore contribution au changement climatique. La scène est fréquente à Maurice : des autobus diesel ayant entre 15 et 17 ans d’âge en moyenne, crachant des panaches de fumée noire. Les niveaux de pollution oscillent d’un point à un autre, mais le constat est saisissant dans de nombreux quartiers résidentiels serpentés par d’étroites rues où de vieux autobus déglingués, roulant à vive allure, se succèdent du matin au soir.
« C’est un problème de santé publique grave »
Loin de nous l’idée d’attribuer le rôle de bouc émissaire à certaines compagnies d’autobus et d’en exempter d’autres, mais sur la base de plusieurs témoignages de résidents tirant la sonnette d’alarme — sur la toile notamment — sur ce fléau, et à la lumière de nos propres observations et enquêtes, ces vieux autobus semblent en pole position en termes d’émissions de polluants dépassant le seuil autorisé. La toxicité des fumées rejetées par les pots d’échappement de ces véhicules, mêlée aux nuages de poussière qu’ils soulèvent, demeure un supplice pour les riverains qui y sont quotidiennement exposés. Elle est encore plus dangereuse pour les conducteurs et motocyclistes, en particulier quand il fait nuit.
Les victimes de ces infractions en appellent à une prise de conscience de la part des autorités. « On a la nette impression qu’il y a un laisser-aller au niveau de l’entretien des autobus. Ce n’est pas normal d’être exposé à ces épaisses fumées noires s’échappant des pots d’échappement, du matin au soir. C’est un problème de santé publique grave et on connaît ses conséquences à long terme », confie une habitante d’un quartier des villes-sœurs.
Ces véhicules polluants passent-ils par une maintenance régulière ? Des chauffeurs d’une compagnie d’autobus nous ont confié que tel n’est pas le cas. « Les autobus doivent être soumis à une vérification mécanique et technique tous les jours avant de prendre la route, mais bien souvent, rien n’est fait en ce sens », soutient une source. Du côté du département mécanique, on maintient que certains autobus doivent être retirés de la circulation : « Certains autobus datant des années 2005 doivent être mis au rencart, car ils sont sources de pollution et peuvent mettre en péril la vie des usagers aussi bien que des piétons. »
Depuis le 21 février 2022, date à laquelle les amendements à la Road Traffic (Control of Emission) Regulations 2002 sont entrés en vigueur, le gouvernement a doté le Police de l’Environnement de Maurice de 7 opacimètres : 2 appareils ont été remis à la Police de l’Environnement de Rodrigues, un à la Traffic Branch et 4 à la National Land Transport Authority (NLTA). Ces appareils ont coûté Rs 9 millions à l’État. Une cinquantaine d’officiers de ces instances ont été formés, en amont, durant une semaine environ par des représentants de la firme française Capelec Ltd, représentée à Maurice par Crans & Company Ltd, dans l’optique de détecter et mesurer la quantité de fumées d’échappement émises par les véhicules à moteur. Rs 1 million ont été déboursées pour cette formation.
Amende Rs 10 000, couplée d’une Prohibition Notice
Comment s’effectue les contrôles techniques avant que la police ne dresse d’éventuelles amendes ? Les conducteurs contrôlés sont d’emblée priés d’accélérer la vitesse rotation moteur (VRM) de leurs véhicules. Si la fumée émise dépasse 50% d’opacité, les contrevenants écoperont d’une amende de Rs 10 000. Au-delà de 70%, la pénalité sera également de Rs 10 000, couplé d’une prohibition notice, interdisant aux véhicules concernés de reprendre la route, et un délai maximal de 14 jours pour procéder aux ajustements nécessaires dans leur véhicule.
L’heure du bilan a donc sonné, trois ans après les amendements apportés à la Road Traffic (Control of Emission) Regulations 2002 et l’acquisition des 15 opacimètres qui, a priori, ne semblent pas dormir au fond des tiroirs du ministère et autres organismes concernés. La Police de l’Environnement a d’ailleurs frappé un grand coup, mercredi, à travers trois opérations menées à Mahébourg, Bambous et Baie-du-Tombeau, où ont 23 véhicules ont été épinglés pour des émissions de fumée dépassant largement les seuils autorisés, dont plusieurs autobus et camions ont été épinglés. Sept véhicules dont le niveau d’opacité de la fumée dépassait 70%. L’un des véhicules contrôlés a même affiché un taux particulièrement élevé de 98,5% ! Les conducteurs concernés ont écopé d’une contravention de Rs 10 000 et des prohibition notices ont été émises.
Depuis le retour de l’inspecteur Vishwanaden Amasay à la tête de la Police de l’Environnement en novembre dernier, l’unité ne chôme pas. Les opérations se multiplient et les amendes pleuvent. Depuis le début de l’année, 158 véhicules ont été épinglés pour des émissions de fumée dépassant largement les seuils autorisés, dont 100 ont franchi les 70% de niveau d’opacité. À titre de comparaison, 102 véhicules avaient connus le même sort durant le même période (janvier à juillet) en 2025. Les autorités préviennent que les contrôles se poursuivront à travers l’île. Les véhicules produisant une fumée excessive s’exposent à une contravention et, pour les situations les plus sérieuses, à une interdiction de circuler. Les automobilistes et propriétaires de véhicules professionnels sont ainsi appelés à assurer un entretien régulier de leurs moteurs et systèmes d’échappement.
Osman Mahomed : « La limite d’âge passera de 21 à 16 ans »
— Une subvention de Rs 3,5 millions pour chaque autobus électrique acheté et enregistré sera accordée aux opérateurs
Si les autobus vétustes et en fin de leur cycle de vie sont toujours en circulation, c’est qu’ils ont forcément obtenu un certificat de fitness. La loi est-elle appliquée dans toute sa rigueur ? Le gouvernement veut en tous cas rajeunir progressivement la flotte d’autobus. C’est ce qu’affirme le ministre des Transports terrestres, Osman Mahomed. « La limite d’âge des véhicules passera de 21 à 16 ans au cours des cinq prochaines années, une mesure annoncée dans le dernier budget pour moderniser la flotte et améliorer la qualité du service offert aux passagers », dit-il. La transition vers les autobus électriques demeure aussi en tête de liste des priorités de son ministère. Une subvention de Rs 3,5 millions (soit 40%) pour chaque autobus acheté et enregistré sera accordée aux opérateurs. L’enveloppe du Bus Modernisation Scheme a également été portée de Rs 100 millions à Rs 150 millions.
« La flotte des véhicules a augmenté au cours des 16 dernières années. Le transport routier est devenu le plus grand pollueur dans le pays avec 30% de CO². L’heure de la grande transition a sonné », souligne Osman Mahomed, qui indique également que le gouvernement met à la disposition de la CNT Rs 500 millions pour l’installation de panneaux photovoltaïques ainsi que Rs 440 millions sur quatre ans pour le Metro Express, afin de réduire leur empreinte carbone. « Rappelons les investissements déjà engagés dans l’électrification du parc d’autobus à Maurice, se traduisant par la réception de 100 autobus électriques fournis par l’Inde, dont environ 95% étaient déjà opérationnels en juin dernier au sein de la CNT. Lors d’une réunion que j’ai coprésidé avec Alka Bhatia, United Nations Resident Coordinator à Maurice, il a été convenu que ces facilités seront prochainement octroyées aux compagnies privées et individuels », déclare le ministre.
Osman Mahomed a été convié, jeudi, par Rose-Hill Transport Bus Services Ltd (RHT) à la présentation du Project Helios, un programme étalé sur cinq ans visant à réduire progressivement la place du diesel dans sa flotte. Accélérer sa transition vers une mobilité plus propre. C’est l’objectif affiché par la compagnie. 30 autobus diesel devraient être retirés progressivement et remplacés par 20 autobus électriques. RHT prévoit également de développer une capacité de production d’énergie solaire de 5,5 mégawatts, répartie sur trois sites, afin notamment d’alimenter ses véhicules électriques. Osman Mahomed a salué l’initiative de la compagnie, estimant qu’elle s’inscrit dans la politique de décarbonation du transport public.
Légendes
1. Les niveaux de pollution oscillent d’un point à un autre, mais le constat est saisissant dans de nombreux quartiers résidentiels
2. Les conducteurs contrôlés sont d’emblée priés d’accélérer la vitesse rotation moteur (VRM) de leurs véhicules
3. Les dernières statistiques certifient la thèse selon laquelle les contrôles techniques se font de manières régulières

