Le ministre Ameer Meea : « Our objective should be clear: to move from dialogue to business, from potential to investment, and from bilateral cooperation to stronger regional and continental value chains »
– Les opérateurs des deux pays bien décidés à passer à l’action
Du commerce aux investissements, des échanges commerciaux aux chaînes de valeur régionales, Maurice et le Zimbabwe veulent donner une nouvelle impulsion à leur coopération économique. Telle est l’ambition affichée lors du Forum d’affaires Maurice-Zimbabwe, organisé par la Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI) et la Zimbabwe National Chamber of Commerce (ZNCC). Avec une trentaine de délégués zimbabwéens, de multiples rencontres B2B et la signature d’un protocole d’accord entre les deux chambres, la rencontre visait surtout à faire émerger des projets concrets et durables.
Le potentiel est considérable, mais les échanges commerciaux actuels restent encore modestes. C’est précisément ce décalage entre les opportunités disponibles et la réalité des relations économiques qui a constitué l’un des principaux constats du Forum d’affaires Maurice-Zimbabwe. Organisée dans le cadre d’une mission commerciale et d’investissement réunissant des entreprises zimbabwéennes à Maurice du 18 au 22 août, cette initiative a permis de mettre en présence des opérateurs issus notamment des services financiers et de l’investissement, de l’agro-industrie, de l’industrie manufacturière, des énergies renouvelables, des technologies vertes, de l’immobilier, du tourisme, des TIC et d’autres secteurs.
L’objectif affiché dépasse toutefois largement la simple augmentation des exportations et des importations entre les deux pays. Il s’agit de bâtir des partenariats, d’encourager les investissements croisés, de favoriser les transferts de technologie et, surtout, d’intégrer davantage les deux économies dans des chaînes de valeur régionales et continentales. Pour Aadil Ameer Meea, ministre de l’Industrie, la direction à prendre est claire. « Our objective should be clear: to move from dialogue to business, from potential to investment, and from bilateral cooperation to stronger regional and continental value chains », declare-t-il. Il insiste sur la complémentarité des deux économies.
Maurice a développé une expertise dans les services financiers et aux entreprises, la structuration d’investissements, le tourisme, la logistique, les TIC, l’industrie manufacturière et les services tournés vers l’international. Le Zimbabwe, de son côté, dispose de ressources naturelles importantes, d’un potentiel agricole considérable, de capacités industrielles, d’un capital humain et d’une position stratégique en Afrique australe. « If we combine these strengths intelligently, there are significant possibilities for cooperation in agro-processing, manufacturing, tourism, renewable energy, logistics, ICT and digital services, infrastructure and professional services », soutient-il.
« Transform opportunities into industries »
Cette complémentarité a également été mise en avant par Josephine Takundwa, présidente de la ZNCC. Pour elle, le continent africain ne manque pas d’opportunités. Le véritable défi réside dans la capacité des acteurs économiques à les transformer en projets, en industries, en emplois et en prospérité. « Africa does not suffer from a lack of opportunities. It suffers from a lack of partnerships capable of transforming those opportunities into industries, exports and jobs, » estime-t-elle.
Le Zimbabwe est ouvert aux affaires, poursuit-elle, et dispose d’atouts importants dans l’agriculture, l’agro-transformation, le tourisme, l’énergie, les produits pharmaceutiques et les technologies de l’information et de la communication. Le pays bénéficie également de ressources minérales importantes, d’une position géographique stratégique et d’un secteur privé qu’elle qualifie de résilient.
Maurice apparaît ainsi comme un partenaire naturel, notamment grâce à son expertise financière, à son réseau de services professionnels, à son développement logistique et à son ouverture sur les marchés internationaux. « We believe Mauritius is a natural partner, » a affirmé Josephine Takundwa. « There are multiple opportunities for collaboration between Zimbabwe and Mauritius to unlock value for both our countries. » Mais la présidente de la ZNCC a également lancé un avertissement : les accords commerciaux et les grandes déclarations ne suffiront pas à eux seuls. « Trade agreements alone are not enough. Businesses must drive the change and identify the opportunities, » indique-t-elle.
D’où l’importance accordée aux rencontres B2B organisées dans le cadre du forum. Plus d’une centaine de rendez-vous ont permis aux entreprises mauriciennes et zimbabwéennes d’explorer des pistes de coopération directe. « This forum is not an end in itself. Partnerships must emerge. Let’s move beyond the exchange of business cards », affirme Josephine Takundwa, estimant que le secteur privé devait être au cœur de la transformation économique. « The future will be dictated by partnerships, trade, investment and innovation.»
Pour sa part, Charles Harel, Immediate Past President de la MCCI, avance que le niveau actuel des échanges bilatéraux ne reflète pas encore le potentiel réel de la relation. Les exportations mauriciennes vers le Zimbabwe et les importations en provenance de ce pays restent limitées, ce qui constitue à la fois un constat et une opportunité de croissance.
Sucre, détergents, produits médicaux, peintures
Pour lui, la relation entre les deux pays ne devrait surtout pas être limitée à l’échange de marchandises. « It should be a relationship based on investment, knowledge, capital, technology, joint ventures and access to markets, » poursuit-il. Charles Harel estime que les différences entre les deux économies constituent précisément leur principal avantage. « Our two economies are different, have different strengths and that is precisely what creates this opportunity. » Maurice pourrait notamment accroître ses exportations de produits alimentaires, de sucre, de matériaux d’emballage, de détergents, de peintures, de produits médicaux et d’autres produits manufacturés. Le Zimbabwe dispose, lui, d’opportunités dans l’approvisionnement en produits agricoles, coton brut, bois et matières premières.
Mais, au-delà du commerce traditionnel, la mise en place de chaînes de valeur communes pourrait donner une dimension autre à la coopération. Charles Harel a cité l’exemple du coton. Le Zimbabwe produit cette matière première, tandis que Maurice possède plusieurs décennies d’expérience dans le textile et l’habillement, le design, la fabrication, l’exportation et l’accès aux marchés internationaux. « Instead of asking only who can sell cotton to whom, we should ask: can we build a regional textile value chain together ? » a-t-il proposé. La même logique pourrait s’appliquer au sucre, au maïs, à l’agriculture et à la transformation alimentaire, mais aussi aux énergies renouvelables et aux services financiers.
Cette vision rejoint la posture d’Aadil Ameer Meea, qui a appelé les entreprises à ne plus considérer la SADC uniquement comme un marché régional, mais comme une véritable plateforme de production. « We should not only think about regional trade. We must increasingly think about regional production, » a-t-il soutenu. Selon lui, les pays africains ont trop souvent tenté de développer seuls des chaînes de production complètes. Or, dans une économie mondiale où la compétitivité dépend de plus en plus de la spécialisation, de l’échelle et de l’intégration, chaque pays devrait plutôt se concentrer sur les segments où il dispose d’un avantage comparatif. « Instead of asking whether one country can produce everything from beginning to end, we should ask: Which part of the value chain can each of us perform best? »
Le ministre a notamment évoqué le textile, où Maurice pourrait se concentrer davantage sur les activités à forte valeur ajoutée, tandis que certaines étapes de production ou de finition pourraient être réalisées dans d’autres pays de la région. Cette approche pourrait également concerner l’agro-transformation, les produits pharmaceutiques, les composants liés aux énergies renouvelables, l’ingénierie ou encore la production alimentaire.
Axe majeur
L’agriculture et la sécurité alimentaire pourraient également constituer un axe majeur de coopération. « Zimbabwe has significant agricultural potential. Mauritius has experience in financial services, agro-processing, investment and market access », a relevé Aadil Ameer Meea, voyant des possibilités dans l’irrigation, l’agriculture adaptée au climat, les technologies agricoles, le stockage, la logistique, la transformation, l’emballage et la distribution. L’ambition, selon lui, doit être de produire davantage de ce que la région consomme et de réduire la dépendance aux importations. « We need to process more. We need to manufacture more. We need to package, transform and add value within Africa », fait-il valoir.
Cette réflexion s’inscrit également dans la perspective de la Zone de libre-échange continentale africaine. Pour le ministre, la question ne devrait plus être uniquement de savoir ce que Maurice peut vendre au Zimbabwe, ou inversement. « We should increasingly ask: What can Mauritius and Zimbabwe produce together for Africa? » Charles Harel partage cette ambition. « Mauritius is not simply viewed as a market of 1.3 million people. It can be a platform for investment into Africa, » a-t-il fait ressortir, mettant en exergue le rôle de notre centre financier dans la structuration des investissements, la mobilisation de capitaux et la connexion des projets africains aux investisseurs et aux réseaux internationaux.
La signature du protocole d’accord entre la MCCI et la ZNCC vient ainsi donner un cadre institutionnel à cette ambition. Les deux Chambres veulent jouer le rôle de pont entre les communautés d’affaires, faciliter les mises en relation, identifier les obstacles et accompagner la transformation des discussions en projets commerciaux.
L’enjeu sera désormais d’assurer le suivi. Aadil Ameer Meea l’a résumé en quelques mots : « Let us identify sectors. Let us identify projects. Let us identify the regulatory obstacles that need to be addressed. »
Drishty Ramdenee
« Un rôle spécifique à jouer
dans cette diplomatie économique »
Drishty Ramdenee, secrétaire général de la MCCI, soutient que « les Chambres de Commerce ont un rôle spécifique à jouer dans cette diplomatie économique : nous ouvrons les portes, nous structurons les mises en relation, et nous donnons aux opérateurs les outils pour transformer un accord-cadre en projets concrets. C’est exactement le sens de notre plan stratégique : être un partenaire actif de la politique économique extérieure de Maurice, aux côtés de nos homologues régionaux. »
Il a détaillé les mécanismes par lesquels Maurice entend se positionner : licences de gestion de fonds, administration de fonds d’investissement, services professionnels et juridiques, et structuration transfrontalière via son centre financier. Sur la trentaine de délégués zimbabwéens présents au Forum d’affaires, la majorité représentait les services financiers/l’investissement, les banques, la gestion de patrimoine, la bourse de Harare, le centre financier de Victoria Falls, aux côtés d’opérateurs de l’agro-industrie, des énergies renouvelables, des TIC ou encore, de l’immobilier.
Rajen Narsinghen, Junior Minister :
« Transformer le potentiel en projets concrets »
Impressionné par les nombreuses opportunités offertes par le Zimbabwe, Rajen Narsinghen, Junior Minister aux Affaires étrangères, a appelé à une coopération économique davantage orientée vers des résultats concrets entre les deux pays. « I am impressed by what Zimbabwe has to offer. There is so much potential. But what is more important, for the people of Africa and the people of Mauritius, is that we turn potential into concrete action and make things happen », a-t-il déclaré.
Il a souligné que les forums d’affaires ne devraient pas se limiter à des échanges et à des discours. Il a expliqué que l’un des principaux défis consistait désormais à créer davantage de valeur sur le continent. Il a également mis en avant les possibilités de collaboration entre Maurice et le Zimbabwe. Si Maurice est un petit État insulaire, il est aussi un Big Ocean State, ce qui ouvre différentes perspectives de coopération.
Rajen Narsinghen a par ailleurs souligné le positionnement de Maurice comme centre financier international. « Mauritius is not a tax paradise, but a prime financial centre », a-t-il déclaré, invitant les entreprises zimbabwéennes à explorer les possibilités offertes par la juridiction mauricienne pour structurer et développer leurs activités. « You can come to Mauritius and restructure your business. When you come here, you will be at home. You will interact with business people and explore opportunities », a-t-il lancé à l’adresse de la délégation zimbabwéenne. Il a également insisté sur l’importance d’accorder une attention particulière aux petites et moyennes entreprises, qui peuvent jouer un rôle central dans le développement des échanges entre les deux pays.

