Des systèmes peuvent être mis en place dans les structures touristiques pour réduire la consommation d’eau de 40%
Face au changement climatique, à la hausse des coûts de l’énergie et aux nouvelles attentes des voyageurs, le secteur touristique est appelé à revoir ses pratiques. Le développement durable n’est plus seulement une question environnementale : il devient un levier de compétitivité, de résilience et de maîtrise des coûts pour les entreprises du secteur, en particulier dans l’hôtellerie. C’est ce qui a été mis en avant lors d’un atelier de travail sur les pratiques et initiatives de tourisme durable.

L’événement visait notamment à sensibiliser les opérateurs de petites structures d’hébergement, de résidences touristiques et de Guest Houses aux mesures concrètes susceptibles de réduire leur empreinte environnementale tout en améliorant leur efficacité opérationnelle. Pour Niven Muneesamy, directeur de la Tourism Authority, cette évolution est devenue incontournable. Le secteur touristique représente jusqu’à 25% du PIB et constitue une source importante d’emplois. Mais il évolue dans un environnement marqué par les crises géopolitiques, les changements climatiques et une concurrence régionale accrue.
Surtout, les attentes des visiteurs ont changé. « Visitors now do not only come for accommodation, the sea, the climate, etc. But the visitor also seeks to see if the operator makes his work in a sustainable way », a-t-il souligné. Le voyageur ne choisit donc plus uniquement une destination pour ses plages ou son climat, mais s’intéresse également à la manière dont l’établissement gère ses ressources et son impact sur l’environnement.
La ministre déléguée au Tourisme, Anabelle Savabaddy, a également évoqué la nécessité d’un changement de modèle. « Faire comme avant n’est plus possible », a-t-elle affirmé, indiquant que le tourisme, s’il constitue l’un des moteurs de l’économie, peut également exercer une pression importante sur les ressources naturelles et les communautés locales.

Elle a lancé un appel aux gestionnaires d’hébergement. « Chaque action que vous entreprenez pour économiser l’énergie, réduire la consommation d’eau, limiter les déchets, éviter le gaspillage alimentaire ou privilégier les produits locaux contribue à rendre notre tourisme plus responsable et plus durable », dit-elle.
Les entreprises touristiques peuvent réaliser des économies substantielles sur le plan de la consommation d’eau. Satyajay Mohungoo, Chief Engineer à la Central Water Authority (CWA), a confirmé que la pression sur la ressource est considérable. « We have more than 400 000 consumers. We are injecting water into the network, but we are losing 60% of this water, it is only 40% that arrives at the destination », indique-t-il. La CWA poursuit ainsi ses investissements et ses opérations de détection des fuites sur le terrain.
L’eau, enjeu majeur
Dans le secteur hôtelier, la consommation quotidienne par touriste peut varier entre 150 et 300 litres, tandis qu’environ 35% de l’eau utilisée est consacrée aux toilettes et aux salles de bains. Plus significatif encore, les dépenses liées au carburant, à l’électricité et à l’eau peuvent représenter 55% des coûts d’exploitation d’un établissement, selon les chiffres présentés par le Chief Engineer de la CWA.
Or, des solutions relativement simples existent et il assure que « you can minimize up to 40% of water consumption ». Parmi les équipements recommandés figurent les pommeaux de douche à faible débit, les toilettes à double chasse, les aérateurs et capteurs pour robinets, ainsi que les systèmes intelligents d’irrigation. Un lave-vaisselle performant peut, quant à lui, réduire la consommation d’eau de 50%.

La récupération d’eau de pluie constitue une autre piste. L’eau collectée peut être séparée des débris, filtrée et stockée avant d’être utilisée pour les toilettes, l’arrosage, la blanchisserie, le remplissage des piscines ou encore le lavage des véhicules. La réutilisation des eaux grises – provenant notamment des douches, des éviers et de la blanchisserie, à l’exclusion des toilettes – offre également un potentiel important. Selon les chiffres présentés, 50 à 80% de ces eaux peuvent être réutilisées, après traitement approprié. D’ailleurs, Singapour traite déjà la Grey Water, qui est ensuite embouteillée.
La détection des fuites est tout aussi essentielle dans chaque établissement : un seul robinet qui goutte peut gaspiller jusqu’à 5 500 litres d’eau par an, tandis qu’une chasse d’eau défectueuse peut entraîner une perte pouvant atteindre 200 000 litres. La CWA prévoit par ailleurs de recourir prochainement à des drones pour renforcer l’identification des fuites sur le réseau.

Au-delà de l’eau, le tourisme durable passe également par la réduction de la consommation énergétique, la limitation des déchets et du gaspillage alimentaire, ainsi que par un recours accru aux producteurs locaux. Des outils tels que la plateforme Horizon.eco doivent permettre aux opérateurs de mesurer leurs performances en matière de déchets, d’eau et d’énergie, et de mieux valoriser leurs efforts auprès des visiteurs.
Dans un contexte où les voyageurs accordent une importance croissante à la responsabilité environnementale et sociale des établissements qu’ils fréquentent, le tourisme durable apparaît ainsi comme bien plus qu’une contrainte. Pour les entreprises touristiques, il peut devenir un moyen concret de réduire leurs coûts, de renforcer leur compétitivité et de contribuer à préserver les ressources sur lesquelles repose l’avenir même de la destination.

