Humeur : Une tentative de diversion ratée

Vous ne pouvez pas ne pas l’avoir remarqué. À chaque fois que le gouvernement se trouve en mauvaise posture – ce qui lui arrive de plus en plus souvent, pour ne pas dire hebdomadairement –, le ministre des Terres descend sur le terrain dans une tentative de diversion de l’opinion publique sur les récentes décisions gouvernementales. C’est-à-dire, pour ne citer que quelques-unes : la question de la pension de vieillesse ; l’augmentation du prix de l’essence ; la hausse constante du coût de la vie ; la baisse du pouvoir d’achat ; certaines nominations ; la Santé, l’Éducation.

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À chaque fois que la pression et les critiques s’accentuent sur le gouvernement, le ministre des Terres brandit le dossier plages publiques/campements privés, fait une descente des lieux très médiatisée, et promet de prendre des mesures. Quitte, parfois, à rester plus dans l’annonce que dans l’action. Le dossier que brandit le ministre des Terres dans ses tentatives de diversion ne date pas d’hier.

Jusqu’à l’heure, aucun gouvernement n’a pu, su, ou voulu l’étudier sérieusement, et prendre des mesures appropriées pour mettre fin à la controverse qui finira par devenir un sujet de confrontation social. Déjà, sur certaines plages, on entend, venant de ceux qui disent que la plage est publique, donc appartenant à tous, et de ceux qui parlent de propriété privée, achetée ou louée, des arguments qui pourraient dégénérer en affrontements. C’est vrai que certains ont érigé des murs, des clôtures, des barrières et des panneaux « non entry » sans avoir jamais demandé et encore moins obtenu des autorisations pour le faire, en faisant de la plage leur territoire. C’est vrai aussi que certains piqueniqueurs, considérant que la plage est publique, font la même chose en envahissant les terrasses des campements, c’est-à-dire des terrains privés.

À cette confrontation, s’est ajouté, depuis quelques années, un nouvel élément : le tapage diurne et nocturne. Certains piqueniqueurs n’hésitent pas à transformer leurs véhicules en discothèque et à partager (pour ne pas dire imposer) leurs goûts musicaux à tous dans des concerts qui peuvent aller tard dans la nuit ou jusqu’au petit matin.

Et ce, malgré les lois et règlements amendés, les déclarations ministérielles et la création d’une police de l’Environnement. Ceux qui ont pu acheter un bout de terrain dans un de ces nombreux morcellements – qui poussent sur les régions côtières comme les champignons après la pluie – doivent le regretter amèrement aujourd’hui.

Car en sus des concerts sur les plages publiques, ils doivent également subir les équipements poussés à fond des sonorisations utilisées dans les campements loués pour être transformées en boîtes de nuit par des gens bien décidés à faire la faya ou le dialsa à fond la caisse. Les habitants de ces régions, qui pensaient fuir la ville, ses bruits et son embouteillage, se retrouvent dans des zones où les fêtes sont multiples et sonores. Ils passent leurs week end à essayer de téléphoner à la police qui ne répond pas, ou quand, par miracle, elle le fait, affirme qu’elle n’a pas de transport pour aller verbaliser les contrevenants !

La dernière tentative du ministre des Terres de faire diversion s’est retournée contre lui. Lui qui voulait braquer le projecteur sur le dossier plages publiques/campements privés, s’est retrouvé dans la situation de l’arroseur arrosé. Les révélations sur son acquisition d’un appartement sur la plage avec piscine a déplacé le débat sur sa personne. Du coup, celui qui voulait être l’attaquant, faisant diversion pour le gouvernement, s’est retrouvé dans le rôle du défenseur obligé d’expliquer et de se justifier. Mais ce résultat inattendu pour le ministre a permis de découvrir, dans les réactions des uns et des autres, des informations troublantes sur certaines pratiques de nos institutions. C’est ainsi que la Financial Crimes Commission (FCC), « the central agency for asset recovery and declaration of asset matters », peut garder sur son serveur des informations sur la déclaration des avoirs des parlementaires qui devrait figurer sur son site web. Mais que l’on se rasure : la FCC a annoncé qu’elle ouvrira bientôt une enquête sur cette omission. Encore une ! On a également appris qu’il est possible, pour ne pas dire normal, qu’un terrain accordé par le gouvernement pour le développement d’un projet hôtelier soit reconverti en morcellement pour villas de luxe pour étrangers.

Est-ce que le ministre des Terres utilisera les informations recueillies pendant sa dernière descente des lieux/diversion pour prendre à bras le corps le dossier plages publiques/campements privés, l’étudier sérieusement, et trouver des solutions à cette controverse qui divise les Mauriciens et qui n’a que trop duré ? Ou bien est-ce que sa dernière descente sur le terrain ultra médiatisée n’a été, comme les précédentes, qu’une tentative de diversion ? Une tentative de diversion ratée.

Jean-Claude Antoine

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