La traditionnelle messe de la Saint-Louis a été célébrée, hier, en la cathédrale Saint-Louis. L’évêque de Port-Louis, Monseigneur Jean-Michaël Durhône, a invité à s’inspirer de Saint-Louis, qui a œuvré pour la justice sociale. Il a élaboré sur la démarche du diocèse de mettre en place une commission pour travailler sur la discrimination à l’emploi. Au-delà des lois, a-t-il fait comprendre, il faut une sensibilisation pour que « la discrimination à l’emploi ne devienne pas un système normalisé. »

L’évêque de Port-Louis a débuté la cérémonie en demandant à l’assistance d’observer une minute de silence, en hommage au petit Adriano, un innocent de sept mois, poignardé par son père, à Roche-Bois, dimanche. Le cardinal Maurice Piat, évêque émérite du diocèse de Port-Louis, Mgr Alain Harel, évêque de Victoria, Seychelles, et Mgr Sténio André, évêque de Maurice, du diocèse anglican, ont également participé à la célébration.
Dans son homélie à cette occasion, Mgr Durhône a indiqué que la foi en Jésus Christ a inspiré Saint-Louis et les personnes de notre temps à être une Église « en marche dans l’histoire de l’humanité ». Dans ce contexte, l’Église est attentive aux défis et aux évolutions sociales, économiques et politiques qui façonnent le visage de la société. « C’est ainsi que l’Église souhaite contribuer à la mise en place d’une coexistence plus juste et fraternelle. La présence de l’Église dans le monde s’exprime également dans les relations avec la société civile et les institutions publiques », indique-t-il.
Attentive aux souffrances concrètes des hommes et des femmes, l’Église a voulu prendre comme défi social la question de la discrimination à l’emploi au cœur de ses actions, cette année. Il a ainsi invité à méditer sur trois chemins, à l’exemple de Saint-Louis : la vérité au cœur de la justice sociale, l’écoute et le discernement au service de la justice sociale et l’exercice du droit dansla justice sociale.
La vérité, a-t-il fait ressortir, est au cœur de la justice sociale. Ainsi, a-t-il ajouté : « Saint-Louis a vécu sa responsabilité de roi en s’appuyant sur la vérité. Sous son règne, la recherche de la vérité s’impose au cœur de la justice et du bien commun. Le roi supprime les ordalies (jugements de Dieu) pour faire place à l’enquête rationnelle et au témoignage, fondant une justice royale visant à protéger les plus faibles. Saint-Louis introduit le principe de présomption d’innocence qui stipule que nul ne doit être condamné ou dépouillé de son droit sans faute reconnue et sans procès équitable. »
À Maurice, il y a eu différentes initiatives en vue d’éliminer la discrimination, allant de la ratification de la Convention des Nations unies pour l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, à l’élaboration de l’Equal Opportunities Act, en passant par la mise sur pied de la Truth and Justice Commission. Toutefois, a-t-il déploré, il y a la perception que les discriminations perdurent. Il a cité, entre autres, l’exemple des questions à l’Assemblée nationale, sur le recrutement à la Local Government Service Commission. Il a ainsi salué l’annonce faite par le Premier ministre que l’Equal Opportunities Act sera amendée.
Le diocèse de Port-Louis, de son côté, a mis sur pied une équipe conjointe de la Commission Justice et Paix et de la Commission pour la Cause Créole pour se pencher sur la question de la discrimination à l’emploi à Maurice dans ses différentes dimensions : « La Truth and Justice Commission a été établie en 2009 pour étudier les conséquences de l’esclavage et de l’engagisme à Maurice. Son rapport a été remis au président de la République en novembre 2011. Sur l’emploi, le rapport constate que “Creoles are the last to be employed and the first to be retrenched”, et recommande la mise en place de pénalités contre la discrimination injuste dans les possibilités d’emploi. »

Mgr Durhône a déclaré que le rapport recommande la mise en place d’un audit des employeurs publics et privés pour repérer les cas de discrimination injuste dans l’emploi, ainsi que la proclamation et la mise en œuvre effective de la loi sur l’égalité des chances. « La commission conjointe prend explicitement le rapport de la Truth and Justice pour un travail d’approfondissement. Les deux commissions du diocèse comptent aussi reprendre les travaux antérieurs de l’ONG Affirmative Action et d’autres documents faisant la lumière sur la discrimination à l’emploi », a-t-il dit.
Pour Mgr Durhône, « en cherchant la vérité, nous avons besoin d’écoute et de discernement. Cette écoute fait partie de ce que nous appelons aujourd’hui la synodalité : le marcher ensemble. C’est prendre au sérieux la parole de l’autre, particulièrement lorsque cette parole vient de personnes qui ont parfois le sentiment de ne pas être entendues. Pour l’Église, cette écoute est aussi une forme de prophétie sociale. »
Être prophétique, a précisé l’évêque de Port-Louis, ce n’est pas condamner, mais avoir le courage de mettre en lumière une réalité qui risque de rester cachée ou banalisée, et d’appeler notre société à davantage de justice et de fraternité. « L’objectif est de mieux comprendre les réalités vécues, les mécanismes concrets de la discrimination, leurs conséquences sur les parcours professionnels, et les attentes des personnes concernées », a-t-il dit.
À travers cette démarche, a souligné Mgr Jean-Michaël Durhône, l’Église veut être au service de la vérité, de la justice et de la réconciliation. « Le rapport de la Truth and Justice Commission nous rappelait déjà combien les blessures de notre histoire peuvent continuer à avoir des répercussions dans notre société. Quinze ans après sa publication, nous pensons qu’il est légitime de nous demander où nous en sommes », estime-t-il.
Les recommandations pour une révision des lois existantes, a-t-il affirmé, doivent s’accompagner d’un volet éducatif pour changer les mentalités. Et ce, avant de faire valoir que « les lois les plus solides ont besoin d’un travail de sensibilisation et de conscientisation pour que la discrimination à l’emploi ne devienne pas un système normalisé. »
En s’engageant comme Saint-Louis, pour la justice sociale, a précisé Mgr Durhône, « nous posons un acte de foi et d’espérance pour que la discrimination à l’emploi ne soit pas cause de fatalité et de désespoir. Pa kapav fer nanye. Ki serti apply pou sa travay-la, to pa pou gagne twa….»

Dans le même élan, le diocèse de Port-Louis, sous la responsabilité du vicaire général, le père Georgy Kenny, mettra en place la Commission diocésaine du Monde du Travail qui sera composée de divers mouvements. L’objectif étant de voir comment l’Église accompagne les personnes dans un monde en pleine évolution et avec de nouveaux défis sociaux.
Il a conclu en indiquant que l’espérance qui habite le cœur de l’Église aujourd’hui est fondée sur l’amour. « En nous rappelant que l’amour chrétien est prophétique, le Pape Léon XIV comprend l’amour comme une façon de concevoir la vie et une façon de vivre. En ne mettant pas de limites à l’amour, l’Église ne connaît pas d’ennemis à combattre, mais seulement des hommes et des femmes à aimer », a-t-il ajouté.
Cette traditionnelle messe de la Saint-Louis s’est tenue, hier, en présence du Premier ministre, Navin Ramgoolam, du vice-président de la République, Robert Hungley, de la Première ministre adjointe, Arianne Navarre-Marie, du ministre de l’Environnement, Rajesh Bhagwan, du leader de l’opposition, Chetan Baboolall, et de la cheffe juge, Rehana Mungly-Gulbul, entre autres.

