RODRIGUES — Trois mois de travail acharné : Reynolds Mercure récolte une tonne de pommes de terre

Ajouter en tant que source préférée sur Google

Un résultat obtenu par delà une saison difficile et des conditions climatiques incertaines

- Publicité -

Le véritable combat: faire de l’agriculture locale une force économique, alimentaire et stratégique pour Rodrigues

À Terre-Rouge, la terre a parlé. Fin juillet, dans un plateau agricole particulièrement fertile situé non loin de la route principale, à proximité du Sunday Market, Reynolds Mercure a vécu un moment fort : celui de la récolte de ses pommes de terre. Les mains dans la terre, le planteur a découvert avec satisfaction le résultat de près de trois mois de travail. Derrière cette récolte se cache pourtant une saison difficile, marquée par une pluie tardive et insuffisante, mais aussi par une détermination qui ne s’est jamais démentie.

- Publicité -

Reynolds Mercure ne cache pas sa satisfaction. Pour cette campagne, il avait planté environ 750 kilos de semences de pommes de terre et estime avoir récolté près d’une tonne. Un résultat qu’il considère comme encourageant compte tenu des conditions climatiques difficiles. Pour lui, dans des conditions idéales, le rapport pourrait être nettement meilleur. « Il faut compter sur de bonnes conditions pour obtenir un rendement satisfaisant », explique en substance le planteur, qui connaît désormais parfaitement les exigences de cette culture.

Mais cette année encore, l’eau a été au cœur des préoccupations. Reynolds Mercure constate que les pluies se sont fait attendre et que ses plants ont été quelque peu stressés par le manque d’eau. Pour lui, ce phénomène est devenu une nouvelle réalité de l’agriculture rodriguaise. Le changement climatique bouleverse progressivement les habitudes des planteurs et rend les périodes de plantation et de récolte moins prévisibles. Pour les prochaines cultures, Reynolds envisage donc sérieusement de mettre en place un système d’irrigation, mais une condition demeure incontournable : il faut disposer de suffisamment d’eau.

- Advertisement -

La qualité des semences constitue également, selon lui, l’une des clés d’une bonne récolte. Pour cette campagne, il a utilisé la variété Spunta, avec des semences provenant de France et de Belgique. Il explique qu’il préfère ces semences, qu’il considère comme fiables, plutôt que d’utiliser de la semence locale qu’il estime ne pas être suffisamment certifiée. Pour lui, la réussite commence avant même la mise en terre : il faut sélectionner une bonne semence, préparer correctement le sol, apporter les fertilisants nécessaires et surtout surveiller attentivement la plantation.

La pomme de terre demande environ 90 jours avant la récolte. Durant cette période, le planteur doit constamment observer ses plants et s’adapter aux conditions du moment. Et lorsque le grand jour arrive, le travail physique est loin d’être terminé. Reynolds Mercure estime qu’il faut environ deux jours pour récolter un arpent. Chaque pomme de terre extraite représente ainsi des semaines de patience, de travail et d’incertitude.

Cette production bénéficie par ailleurs d’un avantage important : le cultivateur dispose déjà d’une clientèle fidèle. Il privilégie la vente directe, permettant à ses clients d’acheter de lui sa production. D’après lui, plusieurs consommateurs reviennent chaque année, preuve que le produit local conserve une véritable place dans les habitudes des Rodriguais. Cette proximité entre le planteur et le consommateur pourrait d’ailleurs devenir l’un des moteurs du développement de l’agriculture locale.

Mais la récolte de Terre-Rouge raconte surtout l’histoire d’un homme et de sa relation avec la terre. Reynolds Mercure occupe ce terrain depuis 1997. Près de trois décennies de travail, d’apprentissage, d’erreurs, de recommencements et parfois de découragement. Il confie avoir, à plusieurs reprises, songé à abandonner. Autodidacte, il a appris à travers le fameux principe du Trial and Error, en expérimentant, en observant et en tirant les leçons de ses échecs.

Il estime qu’il lui a fallu près d’une dizaine d’années avant de commencer réellement à voir les fruits de ses efforts. Aujourd’hui, son expérience constitue sa principale richesse. Pour lui, la persévérance finit toujours par payer. Son parcours démontre également que l’agriculture ne se résume pas à planter et récolter : c’est un métier qui exige de la patience, de l’observation, de la connaissance et une capacité permanente à s’adapter.
Aux jeunes qui souhaitent se lancer dans l’agriculture, Reynolds adresse d’ailleurs un message particulièrement fort : ne pas vouloir tout apprendre seul. Il leur conseille de rechercher l’aide et les conseils de planteurs expérimentés avant de se lancer. Pour lui, faire uniquement ses propres expériences peut conduire au découragement. Il faut apprendre auprès de ceux qui ont déjà vécu les difficultés du terrain, comprendre les techniques et profiter de l’expérience accumulée au fil des années.

Reynolds Mercure ne se limite pas à la pomme de terre. Il cultive également des haricots et compte utiliser l’irrigation pour cette production. Là encore, la question de l’eau sera déterminante. Pour lui, les saisons agricoles ne sont plus aussi prévisibles qu’autrefois. « Maintenant, il n’y a plus vraiment de saisons », laisse-t-il entendre, soulignant que les planteurs doivent désormais adapter leurs cultures aux conditions climatiques plutôt que de compter uniquement sur un calendrier traditionnel.

Présent lors de la récolte, le commissaire de l’Agriculture, Louis Ange Perrine, a voulu replacer cette production dans une vision plus large pour Rodrigues. Il rappelle que l’île a connu une époque où elle était capable d’atteindre l’autosuffisance alimentaire dans certaines productions, allant même jusqu’à connaître des périodes de surplus. Pour lui, l’ambition doit aujourd’hui être de retrouver une capacité plus importante à produire localement.

Mais produire ne suffit pas. Il faut également garantir aux planteurs la possibilité de vendre leurs récoltes. C’est justement l’un des défis auxquels veut répondre la Commission de l’Agriculture. Le commissaire évoque un dispositif destiné notamment aux planteurs qui se retrouvent avec des productions importantes mais qui ne parviennent pas à trouver suffisamment de débouchés. Des produits comme le giraumon ou les haricots peuvent parfois être perdus faute de marché.

Un nouveau mécanisme est ainsi envisagé afin que, dans certaines situations, la Commission de l’Agriculture puisse acheter la production des planteurs qui n’arrivent pas à l’écouler. L’objectif serait double : éviter le gaspillage et garantir aux agriculteurs un débouché pour leur travail. Les produits pourraient ensuite être proposés à la population à travers le Sunday Market de Terre-Rouge, une initiative mise en place par la Commission de l’Agriculture et appelée à être reproduite dans d’autres régions de Rodrigues.
Ce marché dominical pourrait ainsi devenir beaucoup plus qu’un simple lieu de vente. Il pourrait constituer un véritable trait d’union entre le champ et la table, entre le planteur et le consommateur. En rapprochant la production locale des habitants, Rodrigues pourrait accentuer son économie agricole, valoriser ses producteurs et encourager les consommateurs à privilégier davantage les produits cultivés sur l’île.

La récolte de Reynolds Mercure soulève finalement une question essentielle : Rodrigues peut-elle réellement booster son autosuffisance alimentaire face au changement climatique ? La réponse ne dépendra pas uniquement de la volonté des planteurs. Elle nécessitera une stratégie globale fondée sur la gestion de l’eau, l’irrigation, la formation, les semences de qualité, l’accompagnement technique, la commercialisation, le stockage et la garantie de débouchés.

À Terre-Rouge, Reynolds Mercure vient donc de récolter bien plus qu’une tonne de pommes de terre. Il récolte près de trente années d’expérience et de persévérance. Sa terre lui rappelle une vérité simple : lorsque le planteur reçoit les moyens nécessaires, la terre rodriguaise est capable de donner.

Et derrière cette récolte se dessine peut-être un véritable défi pour l’avenir de l’île : donner aux jeunes l’envie de reprendre le flambeau, aux planteurs les moyens de produire et aux consommateurs la possibilité de choisir davantage le produit local.
À Terre-Rouge, la récolte est terminée. Mais le véritable combat, lui, ne fait que commencer : celui de faire de l’agriculture locale une force économique, alimentaire et stratégique pour Rodrigues.

EN CONTINU