Projet de « stone crusher » à Nouvelle Découverte — La résistance continue, une réponse des autorités attendue

Ajouter en tant que source préférée sur Google
Réunis hier à Nouvelle Découverte, habitants, planteurs, conseillers de village et organisations environnementales ont fait entendre leur opposition à un projet d’installation d’une unité mobile de concassage de roches. Au-delà des nuisances liées à la poussière, au trafic et à l’activité industrielle, ils alertent sur les risques que cette infrastructure pourrait représenter pour un territoire agricole, connu pour sa topographie, ses ressources en eau et ses nombreuses caves historiques.

À Nouvelle Découverte, la perspective de voir s’implanter une unité mobile de concassage de roches suscite une forte mobilisation. Lors d’une conférence de presse tenue hier dans le village, plusieurs habitants et représentants de la communauté ont exprimé leur opposition au projet porté par Dover Transport Ltd. Tous insistent que leur contestation ne relève pas d’un refus du développement, mais de la volonté de préserver les caractéristiques d’un territoire qu’ils considèrent comme particulièrement sensible.

- Publicité -

« On n’est pas contre le développement », affirme Aruna Nayhal, qui résume ainsi la position des opposants :« Il faut évaluer l’environnement autour. Chose qui semble ne pas avoir été faite comme il se doit. ». Pour les habitants, le projet ne peut être examiné uniquement sous l’angle de la production d’agrégats et de la demande croissante en matériaux de construction. Sa localisation doit également être prise en compte, dans une région agricole où se côtoient plantations, élevages, ressources en eau, relief et patrimoine souterrain.

Le projet prévoit l’installation d’une unité mobile de concassage sur un terrain de près de 20 000 mètres carrés. Selon les informations de présentation du projet, l’activité devrait permettre de produire environ 450 tonnes d’agrégats par jour. Les roches destinées à alimenter l’installation proviendraient de la carrière de L’Espérance et seraient transformées afin d’approvisionner principalement les chantiers de construction situés à proximité.

- Publicité -

L’installation comprendrait notamment un concasseur à mâchoires pour le concassage primaire, un concasseur à cône pour le concassage secondaire, ainsi qu’un crible vibrant permettant de trier les matériaux selon différentes granulométries. Le système de concassage, monté sur une structure mobile à trois essieux, pourrait être déplacé vers d’autres sites. Sur le papier, cette mobilité constitue l’une des caractéristiques du projet. Pour les habitants, elle ne répond toutefois pas à la question fondamentale de son implantation à Nouvelle Découverte.

« Nous sommes un village agricole »

Présent lors de la conférence de presse, Belal Lowtun, président du conseil du village de Nouvelle Découverte, explique que les habitants se sont mobilisés après avoir pris connaissance du projet.« Les habitants se sont exprimés pour exprimer leur inquiétude », dit-il. Une pétition a notamment été signée afin d’être remise au ministère de l’Environnement. Le président du conseil du village insiste sur la vocation agricole de Nouvelle Découverte.« Nous sommes un village agricole, et cela affectera nos plantations », affirme-t-il.

- Advertisement -

La crainte porte notamment sur les poussières qui pourraient être générées par l’activité de concassage. À cela s’ajoute la circulation de véhicules lourds. Les routes du village sont décrites comme étroites et déjà fortement utilisées, notamment par les personnes qui traversent Nouvelle Découverte pour se rendre vers Ébène. « La poussière que cela va générer va nous affecter, notamment les gros véhicules qui vont endommager nos routes déjà très étroites », avance Belal Lowtun. Il ajoute que « Nouvelle Découverte est empruntée par des habitants du Nord travaillant à Ébène et l’activité supplémentaire pourrait également provoquer des problèmes de congestion routière. »

Zakir Didorally, représentant du village au District Council de Moka, affirme lui aussi avoir été contacté par plusieurs habitants. À ses yeux, une installation de ce type n’est pas adaptée à la région.« Un projet comme celui-là n’est pas fait pour la région de Nouvelle Découverte, une des régions les plus élevées de l’île », soutient-il. Il cite également les secteurs voisins de Ripailles, Beau-Bois et L’Espérance, qui pourraient selon lui être affectés par les conséquences de l’activité. « On demande au promoteur d’aller chercher un autre endroit pour faire ses activités », dit-il. La question de l’accès au site est également soulevée.« Lestone crusherse trouve dans une branch roadet elle est très étroite. Comment cela sera plus tard ? »s’interroge Zakir Didorally, qui demande aux autorités de ne pas aller de l’avant avec le projet.

Des caves au cœur des préoccupations

Mais c’est surtout sous terre que se trouve, selon plusieurs intervenants, l’un des éléments les plus sensibles du dossier. Nouvelle Découverte est connue des habitants pour ses nombreuses caves, dont certaines ont fait l’objet de recherches. Sunil Ramkhelawon, habitant du village, affirme que ces caves jouent un rôle important dans la gestion naturelle des eaux et constituent également un patrimoine historique.

« Il n’y a jamais d’inondation à Nouvelle Découverte à cause de la topographie et des caves, dont la cave L’Escalier », avance-t-il. Il cite les travaux du Dr Prem Saddul sur ces cavités et insiste sur la nécessité de les protéger. Pour lui, la disparition ou la dégradation de ces espaces souterrains pourrait avoir des conséquences bien plus larges que la seule perte d’un élément du patrimoine.« Toutes ces caves vont disparaître si ce projet voit le jour », affirme-t-il.

L’habitant évoque également un réseau de caves qui, selon lui, s’étend jusqu’à Pont Bon Dieu, à environ trois kilomètres du village.« Tout cela constitue le patrimoine historique », dit-il. Il estime par ailleurs que les caves jouent un rôle dans l’absorption de l’eau. Leur disparition pourrait, selon lui, modifier l’équilibre hydrologique de la région et accroître les risques d’accumulation des eaux.« C’est ce que nous essayons de protéger et ce combat est purement écologique », insiste Sunil Ramkhelawon.

Cette dimension patrimoniale s’ajoute ainsi à la vocation agricole du secteur. Les opposants au projet ne défendent pas uniquement un cadre de vie ou des terres cultivées, ils mettent en avant un ensemble constitué par le relief, les plantations, les eaux souterraines et les formations souterraines.

Les plantations et les élevages également concernés

Pour les planteurs et éleveurs, les inquiétudes sont tout aussi importantes. Kailash Rummun, qui représente cette communauté, explique s’être rapproché de collègues planteurs et éleveurs après avoir appris l’existence du projet. « Ce métier est déjà très compliqué, avec notamment des contraintes sur la santé », souligne-t-il. Dans ce contexte, l’arrivée d’une activité de concassage à proximité de plantations et de poulaillers soulève, selon lui, de nouvelles préoccupations.

« Si ce stone crushers’implante dans cette zone avec beaucoup de poulaillers, de plantations, les animaux vont être affectés et les plantations aussi vont souffrir »,affirme-t-il. Les habitants évoquent notamment la culture du chouchou. Selon Sunil Ramkhelawon, les poussières pourraient affecter la pollinisation. « Il n’y aura pas de pollinisation avec la poussière. »

La proximité d’autres activités agricoles est également citée. Une chasse se trouverait à environ 500 mètres du site et des poulaillers à environ 200 mètres, selon les informations communiquées lors de la conférence de presse. Kailash Rummun soulève aussi la question de la présence de caves dans les zones agricoles. Les planteurs et les conducteurs de tracteurs, explique-t-il, peuvent témoigner de la présence de ces cavités, certains ayant été « presque engloutis » lors de travaux agricoles.

Il s’interroge enfin sur l’origine exacte des roches qui alimenteront l’installation. Le projet indique qu’elles proviendront de L’Espérance, mais les opposants souhaitent davantage de précisions sur leur provenance. « Va-t-il détruire les petites montagnes qui existent ici ? »demande-t-il.

Une zone décrite comme écologiquement sensible

Présent aux côtés des habitants, Sébastien Sauvage, d’Eco-Sud, estime que la localisation du projet constitue l’une des principales questions à examiner. Il rappelle que le projet prévoit une production de 450 tonnes de roches par jour sur un terrain d’environ 20 000 mètres carrés, dans une zone qu’il décrit comme agricole et fermière. L’activité nécessiterait notamment du stockage de matériaux et un générateur pour l’électricité, ainsi qu’un bassin de rétention.

Et justement, la question de l’eau figure parmi ses principales préoccupations. Selon les éléments présentés, un boreholeactif se trouve sur le site. Le promoteur indique qu’il n’utiliserait pas cette ressource et devrait faire venir de l’eau par camions. Mais, estime Sébastien Sauvage, des précisions sont nécessaires sur les conséquences de cette activité et sur les ressources qui seront sollicitées.

« C’est un gros manquement dans le rapport soumis par le promoteur, car il faut comprendre l’impact que ce projet aura », affirme-t-il. Il évoque également des risques de pollution des nappes phréatiques et relève l’absence, dans le rapport EIA évoqué lors de la conférence de presse, d’une autorisation de la Water Resources Unit pour une activité à moins de 200 mètres de boreholes.

Pour Eco-Sud, la sensibilité du secteur tient précisément à la combinaison de plusieurs caractéristiques. « Cette zone a plusieurs ESA, des zones écologiquement sensibles : les caves, les collines et les boreholes », explique Sébastien Sauvage. Il estime que cette dimension doit être prise en considération alors que Maurice s’oriente vers un renforcement de la protection des zones écologiquement sensibles. Sébastien Sauvage a également cité la situation de Calodyne où les habitants doivent vivre avec les conséquences directes des activités de concassage de pierres dans la région. Les intervenants souhaitent éviter que les difficultés rencontrées ailleurs avec des activités de concassage ne se reproduisent à Nouvelle Découverte.

« Nouvelle Découverte nourrit l’île »

La mobilisation dépasse d’ailleurs les limites administratives du village. Veena Dholah, habitante de Saint-Pierre, rappelle le rôle joué par Nouvelle Découverte dans l’approvisionnement alimentaire de la région. Elle évoque notamment la période du confinement liée au Covid-19, durant laquelle les habitants ont pu compter sur les productions agricoles de cette région.

« Nouvelle Découverte est le poumon du district de Moka »,affirme-t-elle, avançant que les trois quarts des marchands du marché de Saint-Pierre s’approvisionnent à Nouvelle Découverte. Pour elle, le développement ne peut être dissocié de la préservation des ressources naturelles. Elle rappelle également la campagne Harmony with Naturelancée par les Nations Unies en 2016, estimant que les projets de développement doivent être menés en harmonie avec la nature et la biodiversité.

Dhiraj, enfant du village et planteur, insiste lui aussi sur la position particulière de Nouvelle Découverte sur le plateau central. Il décrit une région réputée pour sa verdure et ses légumes, mais aussi pour sa capacité à capter l’eau et à contribuer à l’alimentation des réservoirs environnants. « Ce projet va affecter non seulement Nouvelle Découverte, mais aussi toute l’île », affirme-t-il.

Et de résumer l’enjeu en une phrase. « Parce que Nouvelle Découverte nourrit l’île, mais comment accepter un tel projet qui viendra détruire l’île ? »Pour lui, la question dépasse donc les intérêts particuliers des habitants directement concernés. Il estime que les dimensions culturelle et environnementale doivent être intégrées à l’évaluation du projet. « Il faut donc bien réfléchir à ce que l’on veut faire », dit-il.

La mémoire d’une autre transformation du paysage

La méfiance exprimée par certains habitants s’appuie également sur une expérience passée. Sunil Ramkhelawon évoque la route de Terre Rouge, inaugurée en 2014, et les conséquences qu’aurait eues l’extraction de roches dans le secteur. Selon son témoignage, l’intervention aurait modifié la topographie d’une partie de Nouvelle Découverte et contribué à une augmentation de la boue. « On ne veut pas subir une deuxième expérience de ce genre »,affirme-t-il. La présence potentielle de caves constitue, là encore, un élément de préoccupation. Selon cet habitant, des études seraient nécessaires afin de déterminer précisément la présence de cavités souterraines avant toute intervention.

Une opposition qui se veut apolitique

Les intervenants ont également tenu à distinguer leur mobilisation d’une quelconque opposition personnelle au promoteur. Sunil Ramkhelawon précise que le promoteur est lui-même habitant du village. « Nous n’avons rien contre lui et nous n’avons pas envie de donner cela une connotation politique »,affirme-t-il. « On veut parler pour tout le village »,ajoute-t-il.

Le message porté lors de la conférence de presse se veut ainsi centré sur l’intérêt collectif et sur la compatibilité du projet avec les caractéristiques du territoire. Stefan Gua, de Rezistans ek Alternativ (ReA), affirme que l’organisation soutient les habitants dans leur démarche. Il rappelle que la députée de la circonscription, Babita Thanoo, soutient également les habitants et a fait des commentaires dans le cadre de l’EIA. Absente de la conférence de presse pour des raisons de santé, elle est néanmoins présentée comme favorable aux préoccupations exprimées par les habitants.

Pour ReA, la question s’inscrit dans une réflexion plus large sur le modèle de développement de Maurice. L’organisation estime que le recul des terres agricoles et l’extension des activités industrielles et extractives constituent un enjeu croissant. La question de la traçabilité des matières premières est également soulevée, notamment en référence à la situation de Calodyne.

Des interrogations sur l’EIA

La procédure d’Environmental Impact Assessment (EIA) constitue désormais une autre étape importante du dossier. Les intervenants affirment que la période consacrée aux commentaires du public est arrivée à son terme. Le document avait été publié sur le site de l’EDB, mais des difficultés auraient été rencontrées lors de la soumission des commentaires en ligne. Une demande d’extension avait alors été adressée au ministère, jusqu’au 14 août.

Les opposants disent également avoir soulevé des problèmes concernant la consultation publique et les modalités des invitations. Ils affirment avoir demandé un changement de date pour une consultation, sans obtenir de réponse favorable. Selon les informations communiquées samedi, le comité chargé du dossier devrait prendre environ deux à trois semaines pour se prononcer. Les représentants des habitants indiquent par ailleurs avoir rencontré le ministre Arvin Boolell, qui leur aurait apporté son soutien, tandis que le ministre de l’Environnement leur aurait demandé de suivre la procédure.

Dans le cadre d’une application EIA, expliquent-ils, un board collectif doit se prononcer sur la suite à donner au projet. Du côté des habitants, le message reste cependant clair : ils souhaitent que l’ensemble des conséquences potentielles soit évalué avant toute décision.

« Nous ne sommes pas contre le développement »

Au fil des interventions, une même formule revient : les habitants ne se présentent pas comme opposés au développement en tant que tel. Aruna Nayhal l’affirme dès le début de la conférence : « On n’est pas contre le développement. »Mais elle demande que le projet soit évalué en tenant compte de l’environnement dans lequel il doit être implanté.

Atma Bumma, habitant de Nouvelle Découverte, tient un discours similaire. « Pas contre le développement, mais aller quelque part ailleurs où cela ne dérangera pas », dit-il. Il conteste notamment l’argument selon lequel la distance d’environ un kilomètre entre le site envisagé et le village suffirait à protéger les habitants. Selon lui, la topographie particulière de Nouvelle Découverte rend cette séparation théorique peu pertinente. « Le village de Nouvelle Découverte se trouve dans un bassin et, par rapport à la topographie, il est inévitable que la poussière n’atteigne pas les habitants du village », affirme-t-il.

Il appelle également à préserver la forêt de Nouvelle Découverte, qu’il décrit comme la plus grande de la région. C’est finalement autour de cette question de compatibilité que se cristallise l’opposition. D’un côté, un projet présenté comme une réponse locale à la demande en matériaux de construction, avec une capacité annoncée de 450 tonnes d’agrégats par jour et la promesse de réduire les coûts de transport. De l’autre, des habitants qui estiment que le site choisi concentre trop d’enjeux : agriculture, élevage, eau, relief, biodiversité et patrimoine souterrain.

À leurs yeux, le débat ne porte donc pas seulement sur l’installation d’un équipement industriel. Il porte sur le devenir d’un territoire et sur la manière dont celui-ci peut accueillir de nouvelles activités sans perdre les caractéristiques qui font aujourd’hui sa valeur.

« Notre village doit garder son authenticité », insiste Aruna Nayhal. Les habitants demandent désormais aux autorités de prendre en considération leurs inquiétudes et de ne pas autoriser le projet dans sa localisation actuelle. Leur revendication tient en une ligne, autrement dit de trouver un autre site pour l’activité de concassage et préserver Nouvelle Découverte dans ce qui constitue, selon eux, son identité même, soit un territoire agricole, verdoyant, riche en eau et marqué par un patrimoine souterrain encore largement méconnu.

 

 

EN CONTINU