Trump, golfe et lac d’Amérique : la nomination ou le délire de Colomb

KHAL TORABULLY

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Trump livre chaque jour une nouvelle frasque au monde. Mais beaucoup de frasques finissent par faire une fresque lisible sur la volonté du chef du « monde libre » de conjuguer le monde à sa sauce ultralibérale, pour ne pas dire, libertarienne… Il le dé-nomme et renomme à foison.

Le Golfe du Mexique ou

la géographie du gringo

Depuis son accession au pouvoir, Trump a commencé à redéfinir la cartographie à l’aune de sa vision impériale. Un de ses premiers actes fondateurs fut le recours à la nomination. En effet, le 20 janvier 2025, Trump a renommé le Golfe du Mexique en Golfe d’Amérique et le mont Kenali en mont McKinley. Mégalomanie ou délire paranoïaque ? En réalité, Trump reprend en fait deux paradigmes, l’un situé dans la continuité historique de l’histoire coloniale. Et l’autre, dans le crédo des suprémacistes visant à redessiner le monde à leur désir de puissance retrouvée.
Reprenons le premier paradigme. Pour avoir lu les textes de Colomb de près, une chose m’avait frappé. Colomb, après la chute de Grenade en 1492, avait pu convaincre Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon à l’accompagner à trouver une route alternative vers les Indes. Il reçut le titre d’Amiral de la mer Océane, réservé à la famille royale. Dans ses tractations, Colomb s’est battu bec et ongles pour avoir le droit de NOMMER les terres qu’il ‘découvrirait’. Ainsi, Guanahani devint San Salvador, ses habitants, les Arawaks, devinrent les ‘indios’ et Saint Domingue/Cuba devint Hispaniola.

Pourquoi cette insistance ? Il est admis que celui qui nomme une terre, un objet, une plante ou une planète imprime sa présence et son droit de copyright sur l’élément nommé. Notons au passage que Colomb négocia probablement les premières royalties en réclamant un pourcentage  (huit à dix pour cent) de profits pour son œuvre de pionnier. Rappelons que la nomination est souvent présentée comme un apanage divin. Au début était le Verbe.

La nomination efface l’histoire précédente et la remplace par le narratif dominant. Ainsi, dans l’Histoire de l’esclavage, l’asservi recevait un autre nom, qui le soumettait à la seule volonté du maître. Pendant le coolie trade, ce fut la blessure au patronyme qui fut infligée au dominé.

Trumpisme et cartes blanches

La nomination donne du grain à moudre aux fans de MAGA : les USA nous appartiennent, la Terre nous appartient. Aussi, le Département de la défense est baptisé Département de la guerre le 5 septembre 2025, il y a un an déjà. Trump veut une autre genèse, un autre langage… Un monde à son image : l’Institute of Peace devient le Donald J. Trump Institute of Peace.

Il se battit pour renommer le Centre des Arts JFK en Trump Kennedy Center. Il fut débouté par un tribunal, car le centre fut nommé par le Congrès. En attendant le nouveau nom, la fonction annuelle du centre porte l’intitulé de Trump Kennedy Center Honors… République bananière ou eugénisme langagier ? Dans son délire de nomination, Trump nomme le compte d’épargne pour enfants le Trump accounts et le programme d’immigration, la Trump Gold Card. Même le nouveau chasseur F-47 renvoie au 47e président… Avant, il avait érigé le Trump Tower en sa gloire, puis le Trump Plaza, Trump golf (sans e), hôtels, steaks,  winery, guitares, bibles…

Trump, c’est le nombril cartographié en paysage débaptisé.

Dans sa lancée, Trump vient de nommer le lac Ontario, le lac d’Amérique. Le PM Canadien, en fin décrypteur, l’a renommé lac Donald, gardé par des canards nommés Donald ducks. Dans un retournement de situation, le Canadien nomma les USA le Canada du Sud.

Derrière ces apparentes gamineries, ne nous y trompons pas, Trump a des visées territoriales et impérialistes avérées. J’en veux pour preuve l’enlèvement du président élu Maduro et sa détention à NY, le vol de son pétrole, au mépris de toute loi et dignité humaine. Il veut aussi se saisir du Groenland et du Détroit d’Ormuz. Ne nous y trompons pas, si Trump l’avait pu, il aurait appelé le Golfe du Mexique le Trump Gulf, le lac Ontario, Trump Lake.

Il faut se rappeler que tout cela intervient à un moment où le langage est attaqué, au nom de la novlangue. L’IA redéfinit les mots et la fonction cognitive en parallèle… Trump surfe sur la vague orwellienne.

Révisionnisme, au nom de sa chose

Cette entreprise de nomination, en effet, est crédibilisée par les réseaux sociaux des milliardaires et les médias mainstream. J’ai cherché sur Google maps et j’ai trouvé lac Amérique au nord des chutes du Niagara. Ce « dérèglement » organisé de l’online n’est pas dénué d’arrière-pensées de la caste des tech billionaires, associés à l’entreprise trumpienne. Meta, Starlink, Palantir … L’élite veut changer la carte, le nom des choses, les idées, influencer le réel dans un monde en plein chaos économique, légal et sémantique. En toute impunité.

Le danger du délirant, c’est la Loi. Trump l’attaque : le droit international se débat sous un linceul mortuaire sans nom à l’ONU… De même que la CPI. Dans cette diagonale du fou, nous sommes entrés dans la post vérité, où un mot est désinvesti de sa substance traditionnelle. Le fake est information. On doute de ses yeux, de ses oreilles, du langage, dans une stratégie mensongère des médias devenus des agences de propagande de l’élite manipulatrice. Trump, c’est le Big Brother d’Orwell en chair et en os, soutenu par Musk, Zuckerberg, Altman et Thiel, qui tiennent le micro et la caméra et diffusent sans relâche par câble et satellite…

Mais, il y a résistance : le Canada a apposé une plaque au bord du lac « Amérique », indiquant que c’est bien le lac Ontario. L’écriture reste un marqueur de mémoire et de territoire, un retour à la vérité géographique qu’un décret trumpien ne peut oblitérer.

Il en va de même pour un porte-avions US en construction, qui devait porter le nom de Doris Miller, un héros noir américain de Pearl Harbour. Trump voudrait que ce bateau soit rebaptisé USS Donald Trump, suscitant un tollé. En attendant le verdict, on se réfère au vaisseau sous le code CV1-81. Un nom qui flotte, alors que la mémoire de Miller, qui fut le premier noir à recevoir le Navy Cross en 1942, risque de se noyer dans la cascade onomastique trumpienne…

Quand Trump polit la statue de

Colomb pour sa propre gloire

Rappelons, en parlant de bateaux dans lesquels l’empire nous mène, que Colomb avait fait fausse route vers les Indes, en abordant la Caraïbe. Il jurait, sur son lit de mort, qu’il avait atteint le paradis terrestre et avait ramené les épices des Indes à la royauté. Il ne sut jamais où il atterrit. Ironie incommensurable : le nommeur commit le plus grand « misnomer » des découvertes en appelant les Amériques les Indes.

Colomb précéda donc Trump au paradis des menteurs génocidaires… Autre ironie de l’Histoire : le Pacifique, ou l’Atlantique (la mer Océane de Colomb) pourrait aussi être renommé par Donald. Le lien entre Colomb et Trump n’est pas imaginaire. C’est Trump qui a rétabli le Colombus Day durant l’Indigenous Day, effaçant les « Indios », dont le génocide est écrit en lettres de feu dans l’imaginaire collectif…

Et Trump a réinstallé une statue de Colomb près de la Maison-Blanche en mars 2026. L’acte constitue une mise en abyme troublante. C’est cette statue qui avait été brisée à la mort de George Floyd en 2020. Elle a été reconstituée et remise sur son piédestal par le nommeur américain. Trump est en miroir avec Colomb, qui renaît de ses cendres… Deux destins ‘messianiques’ croisés et cryptiques…

Et si, comme Colomb, le nommeur des terres, bon marin mais mauvais géographe, Trump n’a pas un nom, mais est son nom ? Ce nom qu’il arbore partout comme une marque conquérante à la face du monde ? L’ironie de ces deux destins est que Colomb mourut sans nommer le ‘monde nouveau’. Le ‘nouveau monde’ fut nommé Amérique, d’après Amerigo Vespucci, qui était meilleur cartographe. Il comprit que Colomb n’avait pas accosté l’Asie mais un autre continent.

La limite du nommeur délirant, je le disais, c’est la Loi. En effet, un détail interpelle : Trump qui affiche son nom constamment ne veut pas apparaître dans l’affaire Epstein, où il est nommé 38,000 fois… Une chose est sûre : la nomination n’efface pas le crime et ne redessine pas le réel…

Épilogue

What’s in a name ? Nothing. And everything. Trump fait des fautes. Se trompe de mots : parlant de semi-conducteurs il avait utilisé le mot transgenre au lieu de transistor et parlé de la République Islamique du Japon… Gageons que le nommeur ignore que le mot tarif, qui est son obsession, est un mot arabe, Tâ’rîf, signifiant frais à payer. Et risque dans capital-risque vient de rizq, signifiant provision.

Ne mentionnons même pas amiral (titre de Colomb), arsenal, magasin, noms d’origine arabe. Cela lui ferait perdre son latin… Et son appétit pour le commerce des mots. Nous venons d’apprendre que Trumpito a proposé de nommer le détroit d’Ormuz à son nom…

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