Le port de Port-Louis s’apprête à franchir une nouvelle étape dans sa modernisation. Un contrat d’un montant de Rs 2,7 milliards, portant sur l’acquisition de deux grues Megamax Ship-to-Shore (STS) et de cinq grues Hybrid Rubber Tyred Gantry (RTG), a été signé, hier, par Gassen Dorsamy, Managing Director de la Cargo Handling Corporation Ltd (CHCL) et Meng Wei, Marketing Director de la société chinoise Qingdao Hisea Heavy Duty Machinery Co Ltd en présence du Capitaine Hubert Noël, Deputy Managing Director de la CHCL, Norbert Marcel, président de la CHCL, de Maurice Allet président de la Mauritius Ports Authoprity (MPA), de Zhang Tao, Regional Marketing Manager de QHHDM. La livraison de ces nouveaux équipements est prévue d’ici à décembre 2027, avant leur mise en service au début de 2028.
Présentant cette acquisition comme l’un des éléments majeurs de la première phase du Business Plan de la CHCL, Gassen Dorsamy a estimé que la signature du contrat constituait bien davantage qu’une simple opération d’acquisition d’équipements. « Today, we are signing a commitment to the future », fait-il valoir. Ces nouvelles grues doivent permettre au terminal mauricien de mieux répondre à l’évolution du transport maritime international, caractérisé notamment par l’arrivée de navires-porte-conteneurs de plus grande capacité.
Les deux nouvelles STS seront de type Megamax contre des équipements actuellement de génération Panamax et Super Post Panamax. Elles disposeront d’un Outreach de 72,5 mètres, soit 25 rangées, contre 65 mètres pour les grues Super Post Panamax actuellement en service. Leur hauteur au-dessus du quai atteindra 53 mètres, contre 45 mètres pour les équipements de génération précédente. La capacité de levage est de 51 tonnes en Single Lift et 65 tonnes en Twin-Twenty.
La comparaison présentée lundi illustre ainsi le saut technologique attendu.
À ces deux STS viendront s’ajouter cinq Hybrid Rubber Tyred Gantry Cranes (RTG). Ces équipements auront une capacité de levage de 41 tonnes, avec une hauteur de levage de 5+1 conteneurs, contre 4+1 ou 5+1 pour les équipements actuellement utilisés. L’introduction de cette technologie hybride doit notamment contribuer à améliorer l’efficacité énergétique du terminal et à réduire ses émissions.
Pour Gassen Dormasy, cette modernisation répond à une nécessité stratégique. « We could not aspire to be a leading port while carrying ageing infrastructure, inadequate equipment and outdated processes », trouve-t-il. L’objectif affiché est de permettre à Port-Louis d’accroître sa capacité à accueillir et traiter les navires de nouvelle génération, tout en améliorant l’efficacité et la fiabilité des opérations portuaires.
L’acquisition des deux Megamax STS et des cinq Hybrid RTG s’inscrit dans un programme d’investissement plus large de la première phase du Business Plan de la CHCL. Celui-ci comprend également deux Reachstackers, dont la livraison est prévue en février 2027, ainsi que 15 Terminal Tractors et Trailers, attendus d’ici à septembre de l’année prochaine.
Au total, ce programme d’équipements lourds représente plus de Rs 2,7 milliards, un investissement que la CHCL affirme financer entièrement sur ses propres ressources. « Not from borrowing. Not from subsidy. From money this company earned, with its own hands, in its own yard », s’appesantit le CEO.
Cette capacité d’investissements intervient après une année financière 2025/26 particulièrement performante pour la CHCL. L’entreprise a traité plus de 800 000 TEUs au cours de l’exercice se terminant le 30 juin 2026, établissant également des records en matière de revenus et de profits. Gassen Dorsamy a présenté ces résultats comme la preuve que l’organisation avait retrouvé une capacité opérationnelle et financière lui permettant désormais de passer à une nouvelle phase de développement.
La stratégie de modernisation ne se limite toutefois pas au renouvellement des grues. La CHCL ambitionne de transformer Port-Louis en un terminal davantage automatisé, numérisé et respectueux de l’environnement. Le Business Plan prévoit notamment la digitalisation accrue des opérations, des processus sans papier, l’automatisation des opérations aux Gates et une utilisation plus poussée des technologies et des données.
L’objectif à terme est affiché : faire de Port-Louis l’un des terminaux à conteneurs les mieux équipés et les plus compétitifs de la région, capable de traiter des navires plus importants et de dépasser un million de TEUs par an. Cette ambition devra également être soutenue par l’extension de la zone du terminal prévue par la Mauritius Ports Authority.
La présentation technique d’hier situe cette acquisition dans un programme d’investissement global de Rs 5,3 milliards pour la période 2026-30. La première phase prévoit notamment deux STS, cinq RTG hybrides, 15 tracteurs et remorques et deux reachstackers.
Pour la CHCL, le renouvellement de la flotte d’équipements constitue donc un élément central de sa stratégie pour accompagner la croissance du trafic et renforcer la position de Port-Louis dans l’océan Indien. « We are building a smarter port. A greener port. A safer port. A more efficient port », résume le CEO, avant de réitérer l’ambition de faire de Port-Louis « the port of choice » pour les grandes lignes maritimes opérant dans l’océan Indien.
Interrogé par la presse au sujet des critiques formulées contre lui par le président du front, Gérard Bertrand, président de la Port Louis Maritime Employees Association, qui réclame sa démission, Dassen Dorsamy a répondu qu’il a l’impression que le syndicaliste souhaite que le port soit comme avant lorsqu’il y avait un temps d’attente de sept à huit jours.
« Aujourd’hui il n’y a plus de temps d’attente et toutes les lignes sont de retour », affirme-t-il. Il s’est également réjoui que le projet de création d’un Island Terminal est en bonne voie. Ce qu’a confirmé le président de la MPA, Maurice Allet.

