« La Chine ne regarde plus l’Afrique uniquement comme un continent à accompagner dans son développement, mais comme un partenaire avec lequel construire une nouvelle dynamique économique et stratégique ». Tel est l’un des messages portés par le ministre Osman Mahomed à Beijing, où il participe jusqu’ au 24 au Ministerial Workshop on Governance for Presidential Advisory Offices of Developing Countries. Prenant la parole au nom des participants de dix pays en développement, il a consacré une place importante aux relations entre la Chine et l’Afrique, mettant en avant ce qu’il considère comme un modèle particulier de coopération entre pays du Sud.
Pour Osman Mahomed, le Forum on China-Africa Cooperation (FOCAC) constitue l’une des illustrations les plus concrètes de cette nouvelle approche. « Le FOCAC est un brillant exemple de coopération Sud-Sud, où des pays en développement comme la Chine et les États africains ont uni leurs forces pour créer une formidable synergie fondée sur une coopération gagnant-gagnant », dit-il.
Une formule qui résume la lecture faite par le ministre de l’engagement chinois sur le continent. « Il ne s’agit pas de relations limitées à l’aide au développement, mais d’une coopération appelée à produire des intérêts communs, à travers les investissements, les infrastructures, le commerce et le transfert de capacités », estime-t-il.
Osman Mahomed a mis l’accent sur la vitesse et l’ampleur des investissements chinois en Afrique. Une évolution qu’il considère comme significative à l’heure où de nombreux pays africains cherchent à accélérer leur industrialisation et à réduire leurs déficits en infrastructures. « La vitesse et l’ampleur des investissements chinois en Afrique sont encourageantes à observer », s’est-il appesanti.
Pour le ministre, cette présence peut également revêtir une importance particulière pour les petits États insulaires africains. « Maurice partage la conviction que la Chine peut devenir un partenaire privilégié dans la conception et la réalisation de projets destinés à renforcer la résilience des pays africains confrontés aux contraintes climatiques, économiques et géographiques », fait-il ressortir.
Le ministre a placé cette coopération dans un contexte international plus large. La montée de l’unilatéralisme et du protectionnisme rend, selon lui, encore plus nécessaire le rapprochement entre les pays du Sud. Il a également défendu une vision du monde fondée sur une meilleure compréhension entre les États et les peuples, le respect du droit international et une coopération accrue.
Le ministre du Transport terrestre a toutefois pris soin de souligner un principe qu’il considère essentiel dans les projets de coopération sino-africaine. Les investissements et infrastructures réalisés dans le cadre de la coopération Chine-Afrique ou de la Belt and Road Initiative doivent respecter pleinement la souveraineté des États concernés. Cette précision s’inscrit dans un plaidoyer plus large en faveur du multilatéralisme.
Par ailleurs, Osman Mohamed a souligné que Maurice partage avec la Chine son attachement aux principes de la Charte des Nations unies, à la coopération internationale, au respect mutuel et à la non-ingérence dans les affaires intérieures des États.
Dans ce paysage, Maurice entend occuper sa place. Il a indiqué que les relations diplomatiques entre Maurice et la Chine ont atteint cette année le cap des 54 ans, tandis que les deux pays disposent depuis 2021 d’un accord de libre-échange. Il estime que les échanges commerciaux ont déjà progressé depuis la ratification de cet accord, tout en reconnaissant que « le potentiel de cet accord n’a pas encore été pleinement exploité ».
Il a également cité les infrastructures réalisées avec l’appui chinois à Maurice comme l’aéroport international SSR et le Bagatelle Dam, ainsi que les cinq autobus électriques récemment offerts au pays.
Mais au-delà des réalisations bilatérales, son intervention à Beijing met surtout en lumière une ambition plus large, celle de voir la relation Chine-Afrique évoluer vers un partenariat structurant pour le développement du continent et, par extension, pour des pays comme Maurice. Pour Osman Mahomed, l’enjeu n’est donc plus seulement de savoir ce que la Chine peut apporter à l’Afrique, mais aussi ce que les deux parties peuvent construire ensemble.
Dans un monde où les rapports de force économiques et géopolitiques évoluent rapidement, il présente ainsi la coopération sino-africaine comme l’un des espaces où les pays en développement peuvent chercher à peser davantage sur leur propre trajectoire de croissance, tout en défendant une approche fondée sur la coopération, le dialogue et le respect de la souveraineté.

