Ce mercredi 16 septembre 2026, un habitant de Rose-Hill, âgé de 39 ans, a été condamné pour avoir volé 48 bouteilles de bière vides, dont la valeur totale est estimée à Rs 1,152. Pour cela, il a écopé de 6 mois de prison ferme. Oui, 6 mois.
Deux jours auparavant, le lundi 14 septembre 2026, à la State House, Réduit, M. Somduth Soborun a prêté serment, pour un mandat de 4 ans, comme membre de l’Equal Opportunities Commission. Forcé toutefois de démissionner quatre jours plus tard… Parce que l’opinion publique a mis en avant un passé peu glorieux. Jugez-en, donc : en 2012, sous l’ancien gouvernement de Navin Ramgoolam, M. Soborun, alors ambassadeur de Maurice aux États Unis et représentant permanent auprès des Nations unies, a été condamné par la justice américaine pour avoir exploité son employée de maison, de nationalité philippine. Il était ainsi accusé de l’avoir fait travailler 12 heures par jour, 6 jours par semaine, pour un salaire de 1,000 dollars, soit 3,57 dollars de l’heure, alors que le salaire minimum est fixé à 7,25 dollars de l’heure. Ayant plaidé coupable devant le tribunal fédéral du New Jersey, M. Soborun avait été contraint à payer une amende de 5,000 dollars et des dédommagements de 24,000 dollars à son ex-employée. En dépit de cette condamnation, notre ambassadeur, loin d’être rappelé, avait poursuivi son mandat jusqu’à son terme en 2014.
Et cette fois, alors que Navin Ramgoolam est à nouveau Premier ministre, ce même homme est nommé membre de l’Equal Opportunities Commission par le président de la République, Dharam Gokhool, sur avis du Premier ministre après consultation avec le leader de l’opposition.
Comment un homme condamné pour avoir honteusement exploité son employée de maison peut-il être nommé pour siéger sur une institution qui est, rappelons-le, chargée de veiller au respect du principe d’égalité des chances et de contribuer à la lutte contre les discriminations ? Qui a pris ce genre de décision qui sape l’image d’une institution essentielle ?
En fin de semaine, on apprend cette fois que M. Soborun aurait démissionné 4 jours après cette nomination calamiteuse. Mais aucune communication officielle à ce sujet. Aucun communiqué du Bureau du président de la République. M. Soborun aurait démissionné. Il n’aurait pas été révoqué.
Au-delà de sa propre résonnance, cette affaire traduit une tendance beaucoup plus large : en nommant à un poste officiel sensible un homme qui n’aurait jamais dû y accéder, puis en laissant l’outrage public se charger d’obtenir sa démission au lieu de le révoquer, en ne prenant aucun stand public fort et déterminé sur la question, nos dirigeants nous offrent le spectacle désastreux d’un système qui sape ses propres institutions, au lieu de les protéger. N’était-ce pas exactement ce qui était reproché au précédent gouvernement, ce pour quoi la population a choisi de le botter hors du terrain en novembre 2024 ? N’était-ce pas exactement ce que nous avons rejeté en clamant haut et fort : plus jamais ?
Il y a cela, et il y a la corruption.
Or, l’actualité récente nous assène cas après cas de suspicions graves de corruption au plus haut niveau de l’État, le tout dernier cette semaine concernant directement un conseiller au bureau du Premier ministre, et une bande sonore parlant d’une somme de Rs 350 millions qui aurait été au centre d’une tentative de négociation avec son chef comme bénéficiaire. Et là aussi, pas de prise de parole déterminée de l’intéressé.
Qu’est-ce qui a changé ?
Qu’est-ce qui s’est réellement amélioré alors que par ailleurs, nous faisons face à des défis qui demandent plus que jamais de mobiliser urgemment tous nos atouts, compétences et énergies ?
Alors que les conflits au Moyen Orient font, une fois de plus, s’envoler les cours du pétrole au-delà de ce que beaucoup d’économies vont être capables de supporter.
Alors que le coût de la vie devient insupportable pour un nombre grandissant de personnes.
Alors que les conséquences du changement climatique déboulent en catastrophes destructrices et meurtrières autour de la planète. Ici, on se gargarise de quelques descentes sur des bouts de plage indûment accaparés, tandis qu’un rapport officiel indique que nous risquons tout bonnement de ne plus avoir de plages du tout d’ici 2050 (recul des côtes de 30 à 200 mètres, imaginez seulement ce que cela veut concrètement dire pour nous…)
Alors que des chercheurs directement impliqués dans l’IA affirment que celle-ci serait capable d’exterminer les humains d’ici une dizaine d’années, sans compter la prédation que cette technologie qu’on nous vante à tout va exerce déjà sur la pensée humaine, sur les emplois, sur les ressources énergétiques.
Tout cela nous pend au nez, et pendant ce temps, nos « responsables » s’occupent de détruire encore plus nos institutions et d’accroître le butin à fourrer dans leurs poches. Et l’on s’étonnera, après, de la voix de colère qui enfle…
À contre-courant, on a aussi assisté cette semaine au lancement d’une nouvelle formation qui affirme vouloir nous proposer un autre choix. À l’initiative de l’ex-députée travailliste Nita Deerpalsing, voici donc Lavwa Lavenir, qui met en avant un slogan en 3 L : Lazistis / Lakorite / Lekselans. Avec pour ligne de mire « Un Maurice où les personnes, les communautés et la nature peuvent s’épanouir ensemble ».
Alors que nos partis traditionnels se fendent en général d’un manifeste bâclé en trois clics à la veille des élections, elle présente un manifeste fondateur remarquablement élaboré et éminemment prometteur. Intitulé « Reconquérir notre avenir par la détermination et l’action d’aujourd’hui », ce manifeste a pour symbole une fleur qui articule en pétales ses huit axes prioritaires : Exemplarité du leadership, intégrité institutionnelle, lutte contre la corruption, encadrement du financement politique, revalorisation économique, prospérité et épanouissement partagés, environnement au centre du paradigme, autonomie de la jeunesse, éducation repensée, santé. L’argumentaire est réfléchi et articulé. Des mesures très concrètes sont énoncées, comme la limitation du mandat de Premier ministre à deux mandats et la réduction du nombre de ministères à 15.
Ce qui est particulier ici, c’est qu’il ne s’agit pas en soi d’un parti organisé autour de certaines personnalités. Le pari que fait ici Nita Deerpalsing est celui d’un think tank, et d’un manifeste évolutif en fonction des discussions avec la population. Mais l’intention politique est affirmée, avec en point de mire les élections législatives de 2029, pour proposer à la population mauricienne pas seulement une autre voix, mais bien une autre voie.
La voix, Nita Deerpalsing sait de quoi il s’agit. Responsable de communication du PTr, elle a marqué il y a quelques années, par le souvenir de l’épisode « micro », lorsqu’elle s’était fait tancer, injurier diraient certains, par Navin Ramgoolam lors d’un meeting de campagne électorale où il lui reprochait un micro mal réglé au moment où il prenait la parole. Mais depuis, elle a suivi un autre chemin auprès d’organismes internationaux. Et, affranchie de toute appartenance politique, elle s’est imposée ces dernières années par une voix forte, critique, opiniâtre, force déterminée de réflexion et de proposition dans les médias et sur les réseaux sociaux.
Cela suffira-t-il à nous inciter à la confiance et à nous ouvrir à une autre voie au-delà de la polarisation à laquelle notre histoire politique semble nous avoir cantonnés depuis l’Indépendance ? L’avenir nous dira si la voix de la colère, qui ne cesse d’enfler, est prête à laisser la voie à lakorite, cette valeur si intrinsèquement mauricienne. Qui a tant besoin de justice pour pouvoir s’exprimer et s’imposer…
SHENAZ PATEL
Sortie de texte
Cette semaine, un homme de 39 ans a été condamné à 6 mois de prison ferme pour avoir volé 48 bouteilles de bière vides, d’une valeur totale de Rs 1,152. Et un diplomate qui avait été condamné aux États Unis pour avoir exploité son employée de maison philippine a été nommé sur l’Equal Opportunities Commission. En nommant à un poste officiel sensible un homme qui n’aurait jamais dû y accéder, puis en laissant l’outrage public se charger d’obtenir sa démission au lieu de le révoquer, en ne prenant aucun stand public fort et déterminé sur la question, nos dirigeants nous offrent le spectacle désastreux d’un système qui sape ses propres institutions, au lieu de les protéger. N’était-ce pas exactement ce que nous avons rejeté en clamant haut et fort : plus jamais ? Est-il encore possible de sauver le pays Maurice, de le ramener sur la voie de la justice et de lakorite, comme le prône une nouvelle formation ?
