Une frappante consonance

Qui l’aurait pensé ? Que l’on aurait très vite constaté que l’histoire se répète avec une frappante consonance. Du pareil au même : que le gouvernement soit dominé par le MSM ou le PTr. Vidéos, dénonciations, passages croustillants et, en filigrane, la corruption du politique et de sa galaxie de nominés dont on a peine à cerner sur quels critères ils ont été choisis et pour faire quoi exactement. On découvre aujourd’hui comme hier qu’ils sont, en fait, des agents de collecte de prébendes.

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Lorsque les enregistrements audio, connus comme les Moustass Leaks, avaient fait leur apparition durant la campagne électorale de novembre 2024 et que le feuilleton, bien réalisé d’ailleurs, prenait chaque jour une ampleur considérable, la réponse des membres du gouvernement d’alors et de leurs mignons comme Ally Royal était que les conversations explicites au sommet du gouvernement, portées par des voix facilement identifiables, étaient le fruit d’une fabrication à l’aide de l’intelligence artificielle.

Lorsque les enregistrements ont gagné en authenticité et qu’ils corroboraient parfaitement avec des faits réels et éprouvés, deux parades furent mises en avant : la coupure brutale d’internet et l’annonce d’une commission d’enquête sur cette affaire d’enregistrements téléphoniques. Dans les urnes, le verdict, lui, sera sans appel : un 60/0.

Pour rester dans les surprenantes similitudes, comment ne pas faire un parallèle entre ce qu’a récemment déclaré Navin Ramgoolam sur son conseiller Karl Élysée. Confirmant que son ancien adjoint Paul Bérenger avait évoqué ce qui se trame au Prime Minister’s Office et de l’existence d’un enregistrement faisant état d’une demande d’un pot-de-vin de Rs 300 millions, il a affirmé avoir été se renseigner auprès du principal concerné, qui lui a dit que c’était faux. Mais ce fameux conseiller, bénéficiaire de plus d’un contrat juteux du gouvernement, a néanmoins été finalement contraint à la démission. Il y a des faux qui sonnent comme un aveu de responsabilité.

Il ne restait en fait à Navin Ramgoolam que d’émuler la désormais légendaire posture d’Ivan Collendavelloo et dire qu’il avait regardé son conseiller droit dans les yeux comme l’avait fait l’ancien Premier ministre adjoint déchu avec Alvaro Sobrinho et qui a péremptoirement décrété « ki li pa ti paret enn voler ». 

Parce que c’est écrit sur leur front et cela peut se lire dans les yeux ? Aujourd’hui comme hier, ce sont les intérêts financiers bien compris des cliques ou des gangs ou ceux qui agissent comme des proxies soigneusement désignés qui priment. Rien d’autre ! Sinon, on n’aurait pas de compétition entre coffre et valise.

Les derniers développements dans l’affaire du bribe négocié avec le bras droit de Mamy Ravatomanga viennent confirmer les dénonciations de Paul Bérenger. D’autres, anonymes, avaient bien évoqué l’affaire, mais qu’un Premier ministre adjoint vienne publiquement dénoncer tout ce qui s’est tramé autour de l’homme d’affaires malgache, des zones d’ombre entourant l’autorisation d’atterrissage de son jet privé jusqu’à l’enregistrement sur la négociation du pot-de-vin est plus qu’éloquent si ce n’est inédit.

C’est un des dossiers qui l’a poussé à quitter le gouvernement le 20 mars dernier. Mais pas que. Il y a aussi cet autre indélicat, toujours dans le giron du Premier ministre qu’il avait publiquement rabroué le 8 mars et qui était au cœur d’une polémique. Le conseiller au PMO avait introduit un individu auprès du ministre de l’Éducation le proposant un pot-de-vin pour étouffer une enquête initiée sur les dysfonctionnements d’un établissement.

La FCC, de son côté, éclaboussée dans la même affaire Mamy, avec un de ses commissaires interpellé, tandis que des allégations visent aussi d’autres protagonistes en interne, n’a pas jugé utile de se pencher sur cet enregistrement alors qu’elle enquête sur Mamy Ravatomanga depuis octobre de l’année dernière, soit près d’une année. C’est peut-être la toute nouvelle version de no retreat no surrender.

Même dans le cas du ministre Anil Bachoo, qui était tellement dans les vapes qu’il ne savait plus quel docteur lui avait administré des coups de bistouri, s’il y a bien eu confirmation de l’ouverture d’une enquête, on ne sait pas si les correspondances ou autres échanges précédant autour de cette affaire ont été saisis et des personnes convoquées. Plus grave, le ministre reste en fonction pendant que des officiers subalternes devront sans doute être interrogés par la FCC. La rupture invoquée avec insistance, c’est apparemment ça.

Dans ces affaires, se pose en fait les critères de nominations de conseillers et d’autres directeurs dans des organismes publics. On nous avait promis un Appointments Committee, on récolte d’une obscure officine prompte à nommer des rescapés d’une autre ère.

Après le paradoxe du 7 septembre, incarné par un Premier ministre qui implore les lauréats rencontrés à la State House de revenir mettre leurs compétences au service du pays, est annoncé en grande pompe la nomination de Lucien Finette comme ambassadeur à Berlin. Mais la liste n’est jamais complète, elle est en perpétuel renouvellement.

Mahen Gopalsingh, ce commissaire publiquement maltraité à l’aéroport SSR par Navin Ramgoolam qu’il lui reprochait d’être trop proche de son prédécesseur Paul Bérenger, vient d’être rappelé en renfort à la sécurité et à la surveillance. Comme si, à l’heure des réseaux sociaux et de l’immédiateté, il y a moyen de mesurer l’humeur des gens, d’anticiper avec précision et de prévenir la colère populaire.

Au chapitre des nominations, devenues la marque de l’incompétence de ce régime, il y a encore mieux, comme le cas de Somduth Soborun. Désigné le 14 septembre comme membre de l’Equal Opportunities Commission, il est obligé de plier bagage quatre jours après, les dénonciations de son passif ayant été largement relayés.

Celui que le Premier ministre et la présidence avaient choisi pour combattre les discriminations a plaidé coupable et condamné par la justice fédérale des États-Unis pour maltraitance d’une employée qui était forcée de travailler six jours de douze heures par semaine avec un salaire inférieur à ce qui est prescrit par la loi.

Si on comprend bien, il n’y a aucune vérification des antécédents d’un nominé politique du moment où ils sont de ceux qui ont fait campagne au N°5 et qui sont copains-copains et anciens collègues du Chief of Staff. Et on n’a peut-être pas fini avec des nominations défiant toute logique et surtout toute décence.

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