Prévision d’une augmentation de 1 à 2% des arrivées internationales en 2026, contre une estimation de 3 à 4% avancée en début d’année
Après le puissant rebond post-Covid, la croissance des déplacements internationaux est presque à l’arrêt. ONU Tourisme revoit ses prévisions à la baisse sous l’effet des conflits, du coût des voyages et des incertitudes économiques.
Le tourisme international continue de progresser, mais son moteur tourne désormais au ralenti. Le nouveau World Tourism Barometer d’ONU Tourisme révèle une nette rupture avec la dynamique observée en 2024 et 2025. L’organisation ne prévoit plus qu’une augmentation de 1 à 2% des arrivées internationales en 2026, contre une estimation de 3 à 4% avancée en début d’année.
Une hausse limitée à 0,4% contre 5% en 2025
Cette révision traduit un environnement mondial devenu beaucoup plus incertain. Les conflits au Moyen-Orient, la hausse possible des cours du pétrole, le renchérissement des billets d’avion et les pressions persistantes sur le pouvoir d’achat influencent désormais directement les choix des voyageurs.
Quelque 690 millions de touristes internationaux ont franchi une frontière durant le premier semestre. Ce volume ne représente qu’environ 3 millions de voyageurs supplémentaires par rapport à la même période de 2025, soit une hausse limitée à 0,4%. Un an plus tôt, la progression atteignait encore 5%.
La tendance s’est surtout détériorée au fil des mois. Après une hausse de 2% au premier trimestre, les arrivées ont diminué de 1 % au deuxième. Le recul aurait atteint 3% pour le seul mois de juin. Le Baromètre ne décrit donc pas seulement une croissance plus faible, mais un véritable essoufflement au cours de l’année.
L’Afrique résiste mieux que les autres régions
Les performances restent néanmoins très contrastées. L’Afrique affiche la progression régionale la plus élevée, avec une augmentation de 4% des arrivées internationales au premier semestre. Elle devance l’Europe, à +3%, les Amériques, à +2%, et l’Asie-Pacifique, à +1%.
Cette dernière demeure encore 11% sous son niveau de 2019, signe que toutes les destinations n’ont pas achevé leur reconstruction après la pandémie. Certains marchés asiatiques rebondissent fortement, tandis que d’autres connaissent un brusque ralentissement.
Le décrochage le plus spectaculaire est enregistré au Moyen-Orient, où les arrivées chutent de 22%. Cette contraction est liée aux conflits, à l’insécurité perçue et aux perturbations du trafic aérien. Elle intervient après plusieurs années durant lesquelles la région figurait parmi les bénéficiaires les plus dynamiques du redémarrage touristique.
Les répercussions dépassent les destinations directement touchées. Le Moyen-Orient constitue un carrefour aérien majeur entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Toute réduction des capacités, perturbation des correspondances ou flambée des prix de l’énergie peut donc affecter des destinations situées à plusieurs milliers de kilomètres.
Le rapport qualité-prix devient déterminant
Le ralentissement devrait également modifier le comportement des voyageurs. Face à la hausse des prix et à l’incertitude économique, ceux-ci devraient rechercher davantage le meilleur rapport qualité-prix, raccourcir leurs séjours ou choisir des destinations plus proches.
Pour les pays dépendant du tourisme long-courrier, la concurrence devient ainsi plus vive. Dans un marché mondial qui produit peu de nouveaux voyageurs, chaque destination doit se battre pour conserver ses clients, défendre sa connectivité aérienne et justifier le coût global du séjour.
L’Espagne, le Maroc, Hong Kong, Macao et le Laos figurent parmi les destinations qui maintiennent une dynamique favorable. À l’inverse, le Cambodge subit une chute particulièrement sévère, tandis que le Japon et la Thaïlande enregistrent un recul après plusieurs années de forte croissance. Il serait toutefois prématuré d’évoquer une perte durable d’attractivité pour ces deux géants asiatiques, dont les volumes restent considérables.
Le Baromètre ne signale donc pas une récession mondiale du tourisme. Il marque plutôt la fin du rattrapage exceptionnel consécutif à la pandémie. La croissance se poursuit, mais elle devient plus fragile, plus inégale et davantage tributaire des conflits, de l’énergie, du transport aérien et du pouvoir d’achat.
Le chiffre qui résume le mieux ce changement demeure celui du premier semestre : +5% en 2025, contre seulement +0,4% en 2026. En l’espace d’un an, l’industrie mondiale du voyage est entrée dans une période où la valeur créée par chaque visiteur pourrait compter davantage que la seule progression du nombre d’arrivées.
HORS-TEXTE
Des destinations à plusieurs vitesses et une croissance fragile pour Maurice
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Les destinations qui progressent
Espagne : 36,8 millions de touristes durant les cinq premiers mois, soit une hausse de 5%. Les dépenses touristiques augmentent encore plus rapidement, à +7,8%.
Maroc : avec une croissance de 7% au premier trimestre, le royaume confirme son statut de locomotive touristique africaine.
Hong Kong : 26,71 millions de visiteurs au premier semestre et une progression de 13%, soutenue par la Chine continentale et les marchés long-courriers.
Macao : plus de 20,9 millions de visiteurs, en hausse de 9%.
Laos : 2,59 millions de visiteurs internationaux et une progression proche de 10%.
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Les destinations qui marquent le pas
Cambodge : les arrivées chutent de 47,9% au premier semestre. Le ralentissement régional, les tensions frontalières et les inquiétudes liées aux réseaux d’escroquerie affectent son image.
Japon : recul de 2%, principalement en raison de l’effondrement du marché chinois. La destination reste très attractive, mais son envolée des années précédentes s’interrompt.
Thaïlande : plus de 14 millions de visiteurs en cinq mois, mais une baisse de 2,3%. Le pays cherche désormais à privilégier les recettes plutôt que les seuls volumes.
Moyen-Orient : chute régionale de 22%, directement liée aux conflits, aux perturbations aériennes et à l’insécurité perçue.
FOCUS
Maurice : mieux que le monde, moins bien que l’Afrique
Maurice a accueilli 668 471 touristes au premier semestre 2026, contre 658 909 un an plus tôt, soit une progression de 1,5%. L’île fait donc mieux que la moyenne mondiale de 0,4%, mais reste nettement sous la croissance africaine de 4%.
Cette hausse doit, de plus, être relativisée. Les arrivées par avion ne progressent que de 0,2%, tandis que l’augmentation globale est largement soutenue par le tourisme maritime, en hausse de 55,8%. Pour une destination essentiellement long-courrier, la quasi-stagnation de l’aérien constitue un signal à surveiller.
Les marchés évoluent de manière contrastée. La France demeure la première source de visiteurs, avec 153 048 arrivées, mais n’augmente que de 0,8%. La Réunion recule de 0,6% et le Royaume-Uni chute de 16%. En revanche, l’Allemagne progresse de 13,4%, l’Inde de 11,9%, l’Afrique du Sud de 7,1% et la Russie de 3,7%.
Ces chiffres montrent que la croissance mauricienne ne vient plus automatiquement de ses marchés historiques. La diversification vers l’Allemagne, l’Inde, l’Afrique du Sud et d’autres marchés devient ainsi essentielle.
Maurice conserve néanmoins un avantage : ses recettes touristiques ont augmenté plus rapidement que ses arrivées. Cette capacité à générer davantage de revenus par visiteur est précieuse dans un contexte où la croissance mondiale des volumes s’affaiblit.
L’objectif annuel de 1,47 million de touristes reste atteignable, mais devient plus exigeant. Après 668 471 arrivées au premier semestre, le pays doit accueillir un peu plus de 800 000 visiteurs durant la seconde moitié de l’année.
Le défi mauricien est désormais triple : préserver sa connectivité aérienne, diversifier ses marchés et améliorer le rapport qualité-prix. L’île ne traverse pas une crise touristique, mais elle ne bénéficie plus de la puissante vague de croissance mondiale qui facilitait jusqu’ici la progression des arrivées.

