L’intelligence artificielle (IA) s’impose progressivement dans le paysage de l’enseignement supérieur, mais son intégration ne saurait se limiter à ses seules capacités technologiques. C’est autour de cette réflexion que le Mahatma Gandhi Institute (MGI), à travers son Centre for Technology Enabled Learning (CTEL), a organisé, en fin de semaine, un colloque académique consacré à l’impact grandissant de l’IA sur l’enseignement, l’apprentissage et le leadership dans le secteur tertiaire.
Le colloque, qui avait pour thème Artificial Intelligence and Socio-Emotional Intelligence: Transforming Teaching, Learning and Leadership in Higher Education, avait réuni des universitaires, des éducateurs et des responsables institutionnels issus de différents établissements d’enseignement supérieur afin de réfléchir aux opportunités, mais également aux défis posés par le développement rapide de l’intelligence artificielle.
Les échanges ont largement dépassé la question des performances technologiques de l’IA. Une place importante a été accordée aux dimensions humaines, éthiques et socio-émotionnelles de son utilisation dans le domaine de l’éducation. L’intégrité académique, la pensée critique, la créativité, l’empathie, l’engagement des apprenants ainsi que l’évolution du rôle de l’enseignant figuraient notamment parmi les questions abordées au cours des discussions.
Présent à cette occasion, le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Science et de la Recherche, Kaviraj Sukon, a souligné le potentiel de l’intelligence artificielle comme outil d’accompagnement dans le secteur éducatif. Il a notamment évoqué ses applications dans l’analyse des données, la prédiction et le développement d’applications, tout en abordant une utilisation « éthique et responsable de cette technologie ».
Le ministre a également relevé que l’IA pouvait contribuer à faciliter considérablement certaines tâches académiques. Il a cité, à titre d’exemple, les revues de littérature, qui nécessitent traditionnellement beaucoup de temps et d’efforts et qui peuvent désormais être soutenues par des outils basés sur l’intelligence artificielle.
Toutefois, Kaviraj Sukon s’est appesanti sur la nécessité de veiller que l’IA demeure un outil au service de l’éducation et ne porte pas atteinte à sa dimension humaine. Il a également félicité le CTEL et l’équipe du MGI pour leurs initiatives dans le domaine de l’apprentissage soutenu par la technologie, tout en privilégiant la collaboration et des partenariats institutionnels pour favoriser l’innovation dans le secteur de l’enseignement supérieur.
Développement
professionnel
Dans son intervention, le directeur général du MGI et de la RTI, Maneswar Peetumber, a réaffirmé l’engagement des deux institutions à contribuer au développement national de l’enseignement supérieur. Il a fait ressortir que le MGI et la RTI demeurent des partenaires engagés dans les efforts visant à renforcer, moderniser et valoriser le secteur tertiaire à Maurice, notamment à travers l’innovation, le développement professionnel et l’intégration responsable des nouvelles technologies.
Pour sa part, le Dr Adi Sankara Peruman, OSK, Associate Professor et responsable du CTEL, a estimé que l’influence grandissante de l’intelligence artificielle rend indispensable une réflexion approfondie sur ses implications pour le secteur éducatif. « We must also create space to reflect critically on what Artificial Intelligence means for education, society and, above all, the future role of the educator and learner », a-t-il déclaré.
Pour lui, cette réflexion ne doit pas se limiter aux possibilités offertes par la technologie. « This requires us to consider not only technological possibilities, but also the ethical, human and socio-emotional dimensions of AI, while preserving critical thinking, creativity, empathy, academic integrity and human connection », a-t-il ajouté.
Le message qui ressort de ce colloque est ainsi celui d’un équilibre à trouver entre innovation technologique et préservation des valeurs fondamentales de l’éducation. Si l’IA peut faciliter certaines tâches et ouvrir de nouvelles possibilités en matière d’apprentissage personnalisé et de gestion académique, son utilisation soulève également des interrogations quant à l’autonomie des apprenants, à l’intégrité académique et au maintien du lien humain dans le processus éducatif.
Le colloque a également permis de donner la parole à cinq intervenants représentant plusieurs institutions majeures de l’enseignement supérieur à Maurice. Il s’agit de l’Associate Professor, le Dr Shireen Panchoo, de l’University of Technology, Mauritius ; de Rubina Rampersad, Senior Educational Technologist à l’University of Mauritius ; d’Ashwan Domah, Deputy Registrar à l’Open University of Mauritius ; d’Anuradha Gungadeen, Senior Lecturer et Head of Department au Mauritius Institute of Education ; et du Dr Rajendrakumar Dabee, Senior Lecturer et Head of the Philosophy Department au MGI.
Leurs présentations ont apporté une approche multidisciplinaire sur l’intégration de l’intelligence artificielle et de l’intelligence socio-émotionnelle dans l’enseignement supérieur. Les échanges ont notamment porté sur l’accompagnement personnalisé des apprenants, l’utilisation responsable des technologies, la transformation des pratiques éducatives ainsi que l’avenir du leadership académique.
La rencontre a également été l’occasion de mettre en lumière les progrès réalisés dans le développement des compétences liées à l’IA au sein du personnel administratif. Des certificats de participation ont été remis par le ministre à des représentants du personnel administratif du MGI et de la RTI ayant complété avec succès l’atelier Artificial Intelligence in Administration, organisé par le CTEL en juin dernier.

