Tribune – Arnaud Vacher : Je ne suis ni économiste, ni spécialiste des finances publiques

Ajouter en tant que source préférée sur Google

Je travaille depuis près de quatre décennies dans un secteur où j’ai appris une chose simple: un plan n’a de valeur que lorsqu’il fonctionne sur le terrain.

- Publicité -

Une procédure peut être parfaite sur le papier et dysfonctionner dans la réalité. Une décision peut être séduisante politiquement et inefficace opérationnellement. Une réforme peut être annoncée en grande pompe… sans jamais produire le résultat attendu.

C’est peut-être là qu’une partie du problème mauricien se trouve aujourd’hui.
Nous ne manquons ni de rapports, ni de commissions, ni de consultations, ni d’annonces. Nous manquons parfois de simplicité, d’exécution et de responsabilité.

- Publicité -

Le contexte devrait pourtant nous inciter à changer de méthode.
Alors, plutôt que d’ajouter 150 nouvelles promesses aux précédentes, pourquoi ne pas commencer par dix décisions simples, mesurables et réalisables ?

Pas dix miracles. Dix « quick wins ».
1. Faire du pouvoir d’achat une question de revenu disponible
Le salaire brut ne raconte pas toute l’histoire. Ce qui compte pour une famille, c’est ce qu’il lui reste réellement après le logement, l’énergie, le transport, l’alimentation et les prélèvements. Mesurons le revenu disponible réel des ménages et construisons nos politiques autour de lui.

- Advertisement -

2. Avant de chercher une nouvelle roupie, regarder comment nous dépensons celles que nous avons déjà
Avant toute nouvelle pression fiscale, évaluons les dépenses publiques, les subventions, les organismes et les programmes existants. Chaque roupie dépensée produit-elle réellement le résultat attendu? La discipline budgétaire n’est pas une idéologie. C’est une responsabilité envers ceux qui paient la facture aujourd’hui et ceux qui la paieront demain.

3. Instaurer un véritable « Stop the paperwork »
À Maurice, nous avons réussi cette prouesse de digitaliser une procédure… tout en conservant les anciennes étapes administratives. Si l’État possède déjà une information, qu’il ne la demande pas une deuxième fois. Et pour chaque nouvelle obligation administrative, supprimons ou simplifions-en une autre.

4. Donner un délai aux administrations pour décider
Un investisseur ne devrait pas avoir à deviner quand l’administration répondra.
Permis, licences, autorisations: des délais clairs, un suivi des dossiers et un responsable identifié. Pas pour contourner les règles, mais pour les faire respecter dans un délai raisonnable.

5. Traiter les PME comme des moteurs de croissance
Une PME n’a pas besoin de vingt programmes dont les conditions d’accès sont parfois illisibles. Elle a besoin de financement, de compétences, de visibilité et de stabilité. Mesurons les dispositifs publics à leurs résultats: entreprises créées, investissements réalisés, emplois générés.

6. Mesurer la productivité du secteur public
Le débat ne devrait pas être: « Combien de fonctionnaires avons-nous? » Mais: « Quels services rendons-nous, à quel coût et avec quels résultats? » Mobilité interne, digitalisation, IA, mutualisation: avant de recruter davantage, regardons comment faire mieux avec les ressources disponibles.

7. Faciliter le travail sans sacrifier le travailleur
Reconversion, formation continue, apprentissage, mobilité professionnelle: le marché du travail change. Plus de flexibilité ne doit pas signifier moins de dignité. L’objectif est simple: permettre à davantage de Mauriciens de travailler, progresser et rebondir lorsque l’économie évolue.

8. Faire de l’énergie un enjeu de compétitivité
L’énergie se retrouve dans les coûts de production, les prix des services et, finalement, dans le portefeuille des ménages. La transition énergétique doit donc être aussi une stratégie économique: efficacité, renouvelable, stockage et surtout prévisibilité.

9. Pour chaque grand projet public: un responsable, une échéance, un résultat
Un grand projet devrait avoir: un responsable; un budget; un calendrier; des indicateurs; un reporting public. Et lorsqu’il prend du retard? On explique pourquoi. Pas cinq ans plus tard.

10. Mesurer enfin les politiques publiques
Combien cela coûte? Quel résultat était attendu? Quel résultat a été obtenu? Quel impact? Et si le résultat n’est pas au rendez-vous? On corrige.

Une politique publique ne devrait jamais devenir permanente simplement parce que personne n’a pris le temps d’en mesurer l’efficacité.

Le véritable « quick win »? Peut-être celui-ci: Maurice n’a pas nécessairement besoin d’un État qui fait davantage. Il a besoin d’un État qui fait mieux.
Nous pouvons continuer à empiler les plans, les comités, les annonces et les nouvelles structures.

Ou commencer à poser une question beaucoup plus simple – et beaucoup plus inconfortable: « Qu’est-ce qui fonctionne réellement? »

Cette question vaut pour le gouvernement. Pour l’administration. Pour les entreprises. Pour l’opposition. Et, finalement, pour nous tous. Car le problème de Maurice n’est pas uniquement économique. Il est aussi institutionnel et culturel.

Sommes-nous encore capables de privilégier l’exécution sur l’annonce, le résultat sur l’intention et la responsabilité sur l’excuse?

Le Budget 2026-27 affirme vouloir placer la croissance, la productivité, la compétitivité, l’emploi de qualité et le niveau de vie au cœur de son action.

Prenons le gouvernement au mot. Et jugeons les résultats – pas les discours. Pas le nombre de mesures annoncées. Pas le nombre de communiqués publiés. Ce qui compte, c’est ce qui change(ra) réellement dans la vie des Mauriciens.

Passer d’une culture de l’annonce à une culture du résultat: voilà peut-être le véritable « quick win ». Et celui-là ne nécessite ni grand slogan, ni nouvelle commission.
À un moment, il faut arrêter d’annoncer. Et commencer à faire.

Arnaud VACHER
Responsable de la Communication
En Avant Moris 🍀

EN CONTINU ↻