L’établissement de Forest-Side, à quelques pas à peine de deux collèges d’État, affiche un taux de réussite de 9,09% et 8,77% respectivement au SC et HSC 2025
Alors que le ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad, a tiré la sonnette d’alarme sur la baisse de la population estudiantine et l’avenir des collèges privés, la Private Secondary Education Authority (PSEA) vient d’accorder la subvention à un nouveau collège : l’OCEP College, rebaptisé Forest-Side Secondary College, appartenant au député du Parti travailliste Reza Saumtally. En devenant Grant-aided, l’ex-OCEP pourra non seulement offrir l’éducation gratuite, mais peut toucher jusqu’à Rs 1 million par mois, dépendant de l’évaluation de la PSEA, pour ce service.
Dans le secteur éducatif, l’OCEP College, à Forest-Side et à Port-Louis, est connu pour être un collège payant, accueillant surtout des élèves n’ayant pu compléter leurs parcours ailleurs. Ils sont admis généralement vers le Grade 10, pour se préparer à passer les examens de School Certificate (SC), puis le Higher School Certificate (HSC). Avec le temps, l’institution a évolué. Selon son site Web, l’OCEP College offre des cours allant du secondaire – selon le programme national – au tertiaire, avec des partenaires étrangers, en passant par des formations professionnelles.
Dans le sillage de ce Rebranding, la partie secondaire a été réorganisée en collège indépendant. Le Forest-Side Secondary College, qui est un établissement mixte, compte des élèves jusqu’en Grade 13. Jusqu’ici, il s’agissait d’un collège payant. Sauf que sous sa nouvelle identité, le collège bénéficie dorénavant de la subvention de l’État.
Dans une circulaire datée du 12 août, adressée aux chefs de sections de la PSEA, la directrice, Amita Boolauky, informe ainsi que le Forest-Side Secondary College, dont le manager est Reza Mohamed Saumtally, situé à Dalais Street, Forest-Side, est dorénavant Grant-Aided, avec effet à partir du 5 août. La première question qui se pose est de savoir comment un collège peut obtenir ce statut en plein deuxième trimestre, alors que l’année scolaire commence en janvier. Plus intrigant encore : quelle est la pertinence d’avoir un nouveau collège subventionné par l’État dans un quartier où se trouve déjà deux collèges d’État, à savoir le Forest-Side SSS Boys et Forest-Side SSS Girls, à quelques pas à peine de là ?
Le principe même de la subvention des collèges privés était de permettre à tous les enfants mauriciens d’avoir droit à l’éducation gratuite. Étant donné qu’à l’époque, il n’y avait pas suffisamment de collèges d’État. Quel est donc le besoin urgent d’avoir encore un collège à Forest-Side ? Sans compter qu’à part les deux collèges d’État susmentionnés, il y a aussi, dans la même agglomération, l’Imperial College, établissement privé très réputé. Et un peu plus loin, d’autres établissements de renom, comme le Collège Royal de Curepipe, le St Joseph’s College ou encore le Collège Lorette de Curepipe, voire le Curepipe College et le Notre-Dame College, également très demandés des parents.
Questions sans réponse
Comment donc le nouveau Forest-Side Secondary College va-t-il faire pour s’attirer les 150 élèves minimum afin d’être éligibles aux critères de la subvention dans un tel environnement ? À moins que le Mauritius Examinations Syndicate (MES) ne lui envoie des élèves après les examens du Primary School Achievement Certificate (PSAC). Ce qui n’était pas possible avant, lorsque l’établissement était payant.
Ce qui surprend également, c’est que la PSEA a choisi d’accorder le statut de Grant-Aided à ce collège alors que selon les statistiques du MES, l’OCEP de Forest-Side a enregistré un taux de réussite de 9,09% (132 candidats) au SC et 8,77% (114 candidats) au HSC 2025. La question se pose également de savoir si, après le collège de Forest-Side, celui de Port-Louis deviendra lui aussi Grant-Aided.
Avec son nouveau statut, le Forest-Side Secondary College sera donc éligible à une subvention mensuelle pouvant aller jusqu’à Rs 1 million, dépendant des évaluations de la PSEA pour ses infrastructures et du nombre d’élèves. Rien que sous l’item Monthly Compensation for Use of School Premises, un collège peut bénéficier d’un montant entre Rs 325 000 à Rs 750 000. À titre d’exemple, des collèges comme le St Esprit Quatre-Bornes, le Doha Secondary, l’Hindu Girls ou l’Imperial ont droit à un montant mensuel de Rs 600 000 pour l’utilisation de leurs infrastructures, uniquement, dans le cadre de l’éducation gratuite.
À cela s’ajoutent d’autres allocations sous le Monthly Managerial Grant, Monthly Direct and Administrative Expenses, Monthly Repairs and Maintenance of School Building and Upgrading of School Premises et Monthly Non-recurrent Expenses. Citons le collège de Lorette de Port-Louis en référence. Cet établissement est le seul à toucher le montant maximum pour ses infrastructures, soit Rs 750 000 par mois. Le montant total de ses allocations mensuelles s’élève à Rs 1 287 184.
Si l’on se fie au site Web de l’OCEP College de Forest-Side, l’établissement, en plus des salles de classe, dispose de facilités récréatives, comme des terrains de foot synthétiques, une piscine, une arcade, ainsi qu’une cafétaria moderne. Reste à savoir comment ces infrastructures seront évaluées par les inspecteurs de la PSEA.
Se pose également une question d’éthique. Selon la circulaire du 12 août de la PSEA, c’est en effet Reza Saumtally qui est le manager du Forest-Side Secondary College. Or, la PSEA verse au collège un Monthly Managerial Grant qui équivaut au salaire du manager. Est-il donc approprié – si les informations communiquées par la PSEA sont exactes – qu’un député, qui perçoit déjà un salaire de l’État, touche également un salaire en tant que manager de l’État ? De plus, le fait que le nom de Reza Saumtally figure sur la plaque commémorative des 50 ans de la PSEA, aux côtés d’autres ministres et députés présents ce jour-là, ne relève-t-il pas d’un conflit d’intérêts ?
Tout ceci survient dans un contexte particulièrement difficile pour les collèges privés, avec la baisse de la population estudiantine. Rien qu’entre 2025 et 2026, on dénombre ainsi environ 4 000 élèves en moins. Le ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad, a lui-même invité à réfléchir à un plan B pour les collèges privés à l’occasion des 50 ans de la PSEA. D’ailleurs, trois collèges fermeront l’année prochaine, ce qui fera un total de neuf collèges privés en trois ans. Parallèlement, la PSEA a cependant choisi d’octroyer le statut de Grant-Aided à un nouveau collège…

