À Réduit, la direction du MMM a défendu son choix de rester au gouvernement et revendiqué la légitimité de ses instances face à Paul Bérenger. Mais derrière l’affirmation d’un parti désormais collectif, le congrès a surtout confirmé une évidence : la rupture est actée, l’après-Bérenger reste encore à construire.
Le MMM voulait démontrer qu’il pouvait avancer sans Paul Bérenger. Son congrès du 57e anniversaire, dimanche 27 septembre à Réduit, a plutôt montré combien l’ancien leader continuait de structurer le débat, même absent de la salle. La rupture est consommée depuis le printemps, mais elle reste le principal référentiel politique d’une direction qui cherche encore à imposer son propre récit.
Reza Uteem a défendu le maintien du MMM au gouvernement et rappelé que ce choix avait été validé par les instances du parti. Le principe est clair : dans une formation politique, la décision collective ne peut être subordonnée à la volonté d’un seul homme. Le parti avait d’ailleurs placé son anniversaire sous le thème « Le MMM, hier, aujourd’hui, demain : devoir et responsabilité », en assumant explicitement sa présence dans l’exécutif.
Mais cette légitimité statutaire ne règle rien à elle seule. Elle autorise une ligne ; elle ne prouve ni sa pertinence ni son efficacité. Le vrai débat n’est désormais plus de savoir qui avait raison au moment de la rupture, mais ce que le MMM obtient concrètement en restant au gouvernement.
Rajesh Bhagwan a insisté sur l’existence d’un seul MMM et sur le fait que le parti continue son travail « sans chantage ni pression ». Il a également renvoyé le jugement sur le bilan gouvernemental à la fin du mandat. Mais attendre le bilan final ne dispense pas d’expliquer, dès maintenant, quelle est la marque spécifique du MMM dans l’action gouvernementale.

Un collectif qui doit encore faire ses preuves
La défense d’un leadership collectif peut apparaître comme la réponse logique à plus d’un demi-siècle de personnalisation autour de Paul Bérenger. Elle comporte pourtant une faiblesse : plusieurs de ceux qui dénoncent aujourd’hui le poids de l’ancien leader ont longtemps participé au système qu’ils remettent en cause. Pour convaincre, il leur faudra davantage qu’une rupture de ton : une rupture de méthode.
Le parti dispose encore d’élus, d’une organisation et de leviers gouvernementaux. Ce sont des atouts, pas une garantie. Une formation politique ne se mesure pas seulement à sa capacité à survivre à son fondateur, mais à sa capacité à produire une ligne identifiable, à peser sur les décisions et à conserver une base militante mobilisée.
Le congrès de Réduit aura donc davantage été celui de la justification que celui de la refondation. La direction a longuement expliqué pourquoi elle avait choisi de rester. Elle doit désormais dire ce qu’elle veut changer.
Car pour sortir réellement de l’ombre de Paul Bérenger, le MMM ne pourra éternellement continuer à parler de Paul Bérenger. Sa prochaine bataille ne se jouera plus contre son ancien leader, mais sur sa capacité à démontrer qu’il existe politiquement sans lui.

