MARCHÉS DES CAPITAUX | Finances et risques : L’AfCRA à l’épreuve du pari de la crédibilité en Afrique

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Le ministre Ramful : « We are not here to compete with anyone. We are here to provide the African perspective »

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L’AfCRA

L’Afrique se dote d’un nouvel outil pour consolider sa place dans l’architecture financière mondiale. L’Africa Credit Rating Agency (AfCRA) a été officiellement lancée, hier soir, à Balaclava, en présence de multiples personnalités africaines, dont le Premier ministre du Burundi, Nestor Ntahontuye, et plusieurs ministres africains, avec pour ambition de proposer une lecture africaine, indépendante et rigoureuse du risque de crédit. Mais au-delà de sa création, le principal défi de la nouvelle agence sera de gagner la confiance des marchés et de démontrer, par la qualité de ses analyses, sa capacité à s’affranchir de toute considération politique.

L’initiative de l’Union africaine, portée par l’African Peer Review Mechanism (APRM), doit contribuer à combler les lacunes en matière de données et d’analyse concernant les économies africaines. Elle couvrira les États souverains, les entités Sub Sovereigns, les entreprises ainsi que les institutions publiques et privées. Actuellement, 32 des 55 pays africains disposent d’une notation auprès des trois grandes agences internationales, laissant 23 États sans notation.

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L’AfCRA

Le lancement officiel constituait le point culminant de la deuxième Africa Annual Conference on Credit Ratings, organisée cette semaine à Maurice. Quelque 200 participants, dont environ 160 délégués étrangers, ont pris part aux discussions consacrées au développement des marchés de capitaux africains et au réacheminement des capitaux vers le continent.

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Pour le président de la Commission de l’Union africaine, Mahamoud Ali Youssouf, la création d’AfCRA intervient à un moment déterminant. « Notre continent est en train de construire son architecture financière. L’AfCRA en deviendra l’un des piliers », a-t-il déclaré, tout en mettant l’accent sur son indépendance et sa gestion par le secteur privé. L’enjeu est notamment de réduire le coût du financement lorsqu’une perception du risque est jugée insuffisamment fondée sur les réalités africaines.

« Lorsque l’évaluation des risques est guidée par des considérations politiques, le coût du capital devient élevé », explique Mahamoud Ali Youssouf, estimant que cela peut limiter les capacités d’investissement dans les infrastructures, la santé, l’éducation, l’énergie et l’industrialisation.

Le président de la Commission de l’UA a toutefois précisé que l’AfCRA n’a pas vocation à remplacer les agences internationales existantes. « Elle les complétera en apportant une perspective davantage centrée sur l’Afrique », maintient-il. L’objectif est notamment de s’appuyer sur les données, l’expertise et les réalités du continent.

Pour Marie-Antoinette Rose-Quatre, Chief Executive Officer (CEO) de l’APRM, la crédibilité sera la principale épreuve de la nouvelle agence de notation. « La crédibilité d’AfCRA sera son plus grand atout », a-t-elle affirmé. Cette agence devra rester « indépendante, techniquement rigoureuse, transparente et exempte de conflits d’intérêts », avec des notations déterminées par les données et les méthodologies, et non par des considérations politiques.

Elle a également lancé un appel aux gouvernements africains afin qu’ils fournissent des informations précises et en temps voulu, tout en invitant les médias à examiner le travail de l’agence avec rigueur. « La confiance ne peut pas être proclamée, elle doit être gagnée », trouve-t-elle.

Pour Maurice, l’accueil du siège de l’AfCRA constitue à la fois un honneur et une responsabilité, selon la ministre des Services financiers, Jyoti Jeetun. Elle estime que « les notations influencent l’accès au capital à long terme, les coûts d’emprunt et la confiance des investisseurs ». L’AfCRA peut ainsi contribuer à renforcer l’écosystème d’information et d’analyse nécessaire aux décisions d’investissement.

Le modèle retenu prévoit une agence indépendante, autofinancée et orientée vers le secteur privé, sans participation au capital des gouvernements. Cette indépendance sera déterminante alors que l’Afrique fait face à une forte pression sur sa dette. Le service de la dette extérieure du continent est passé de USD 61 milliards en 2010 à USD 163 milliards en 2024. « Plus important encore, l’Afrique ouvre un nouveau chapitre : celui où nous renforçons notre voix financière, approfondissons nos marchés de capitaux et jouons un rôle accru dans la définition de notre propre avenir financier », poursuit Jyoti Jeetun.

De son côté, le ministre des Affaires étrangères, Ritesh Ramful, a souligné la responsabilité qui incombe à Maurice en tant que pays hôte de l’agence de notation. Pour lui, la création de l’AfCRA s’inscrit dans l’évolution de l’Union africaine, passée de la décolonisation politique à une volonté de raffermir la souveraineté socio-économique et commerciale de ses États membres.

Ritesh Ramful a également mis en avant les enjeux liés au système actuel de notation souveraine. Il relève que plus de 25 pays africains avaient subi des actions négatives sur leur notation pendant la pandémie de Covid-19, une situation qui, selon lui, avait notamment compliqué leur participation à certaines initiatives internationales d’allègement de dette.

Citant les estimations du Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD), il a indiqué que des gouvernements africains supportent des coûts d’emprunt jusqu’à quatre fois supérieurs à ceux de pays comparables et que l’amélioration des méthodologies de notation pourrait réduire ces coûts de 50 à 100 points de base.

Pour autant, le ministre met l’accent sur le fait que l’AfCRA n’a pas vocation à entrer en concurrence avec les trois grandes agences internationales. « We are not here to compete with anyone. We are here to provide the African perspective », dit-il.

L’agence devra ainsi proposer une évaluation du risque souverain adaptée aux réalités du continent, tout en restant indépendante des gouvernements africains. « The unflinching commitment of us all to the independence of the Agency, would be crucial for its success », a-t-il conclu.

Pour l’AfCRA, le véritable test commence donc après le lancement : produire des notations suffisamment solides, transparentes et crédibles pour être reconnues par les investisseurs et les marchés. C’est à cette condition que l’agence pourra contribuer à réduire les asymétries d’information, élargir l’accès aux capitaux et faire évoluer la perception du risque africain.

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