Une « certaine coordination » derrière les troubles, des attaques ciblées contre des postes de police et des équipements de surveillance, et des personnes « mal intentionnées » qui auraient agi derrière ces incidents. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a avancé ces éléments ce mardi matin à l’Assemblée nationale lors de la Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition, Chetan Baboolall, consacrée aux troubles qui ont secoué plusieurs régions du pays depuis le 9 octobre.
La PNQ portait sur les causes et les circonstances de ces événements, les mesures prises pour les contenir, les raisons ayant conduit au couvre-feu ainsi que les actions engagées pour faire face à la crise de l’eau, résoudre les problèmes sociaux et rétablir l’ordre.
Navin Ramgoolam a situé le point de départ des événements dans les régions confrontées à une distribution insuffisante, voire à une absence totale d’eau. La situation a ensuite pris une autre tournure avec l’incident de Camp-Levieux, le vendredi 9 octobre.
Les incidents qui ont éclaté par la suite dans plusieurs régions semblaient, au départ, sans lien entre eux. Mais selon le Premier ministre, les rapports de la police et les renseignements recueillis ont fait ressortir « une certaine coordination ». Il a évoqué l’action de personnes « mal intentionnées » derrière des attaques contre des postes de police, des caméras Safe City et d’autres équipements de surveillance. Il a également cité l’attaque et le saccage d’une cour de justice.
Le couvre-feu jugé « justifié » et « proportionné »
Sur le maintien de l’ordre, Navin Ramgoolam a défendu le recours au couvre-feu. Selon lui, cette mesure était légale, justifiée par les circonstances et proportionnée aux incidents signalés.
Le Premier ministre a soutenu que les horaires avaient été décidés en tenant compte de la situation dans les différentes régions. Il a également affirmé n’avoir eu connaissance d’aucune plainte concernant une atteinte aux droits constitutionnels des citoyens liée à ces restrictions.
Le chef du gouvernement a rappelé ses interventions publiques depuis le 12 octobre pour informer la population de l’évolution de la situation et des décisions prises. Il a indiqué qu’il n’était désormais plus nécessaire de maintenir le couvre-feu et a appelé la population à préserver la paix.
Un comité de crise sur l’eau
La crise de l’eau fera l’objet d’un suivi sous la présidence du Premier ministre. Navin Ramgoolam a annoncé la mise sur pied d’un comité de crise réunissant plusieurs ministères concernés, notamment ceux chargés des infrastructures, de l’agro-industrie, de la santé, de l’intégration sociale, de l’énergie, des PME et des collectivités locales.
La première réunion de ce comité est prévue jeudi. Le Premier ministre a également indiqué que la Central Water Authority (CWA) avait déjà pris des mesures urgentes pour renforcer l’approvisionnement et apporter un soulagement aux ménages affectés.
Des consultations sur les problèmes sociaux
Navin Ramgoolam a aussi reconnu que les troubles ont fait ressortir des problèmes sociaux auxquels le pays doit répondre. Reprenant une partie de son adresse à la nation en créole, il s’est attardé sur l’avenir des jeunes et sur la nécessité de leur garantir l’égalité des chances et des perspectives d’emploi.
Des consultations urgentes avec des ONG et des spécialistes de terrain sont prévues dans les prochaines semaines. L’objectif annoncé est de comprendre comment le pays en est arrivé à cette situation et de créer les conditions permettant aux jeunes d’avoir davantage de perspectives.
« Au moins un baron de la drogue a été arrêté »
Lors d’une question supplémentaire, le leader de l’opposition a demandé au Premier ministre combien de « barons de la drogue » avaient été arrêtés depuis ses déclarations télévisées selon lesquelles ils auraient financé les récents troubles. Chetan Baboolall a également voulu savoir si les autorités disposaient d’un calendrier précis pour procéder à ces arrestations.
Navin Ramgoolam a répondu qu’il ne pouvait avancer aucun délai. Il a toutefois affirmé que les autorités disposaient de renseignements selon lesquels des « barons de la drogue » auraient financé les troubles. « Au moins un baron de la drogue a été arrêté », a-t-il déclaré.
Des restrictions ciblées selon l’âge évoquées
Lors des questions supplémentaires, Adrien Duval a demandé au Premier ministre si, en cas de nouveaux troubles, le gouvernement pourrait envisager des restrictions ciblées selon les tranches d’âge plutôt que des mesures touchant l’ensemble de la population. Il a cité l’exemple de la France, en évoquant l’implication de certaines catégories d’âge dans ce type d’incidents.
Navin Ramgoolam a indiqué que cette possibilité devait être examinée avec beaucoup de prudence. Selon lui, le fait de cibler une catégorie d’âge pourrait entraîner des accusations de discrimination. « C’est un problème », a-t-il fait ressortir.

