Le MSM pointe du doigt la gestion de la crise de l’eau par le gouvernement et, plus particulièrement, par le ministre de l’Énergie et des Services publics, Patrick Assirvaden. Lors d’une conférence de presse tenue ce lundi matin, 26 octobre, Joe Lesjongard a dénoncé le manque d’anticipation des autorités malgré les alertes météorologiques émises depuis novembre 2025. Avec un taux de remplissage de 33,7 % à Mare-aux-Vacoas et de 36,1 % à La Nicolière, il met en garde contre une aggravation de la pénurie. Selon les chiffres qu’il a avancés, la production d’eau traitée à Mare-aux-Vacoas serait passée de 110 000 à 46 300 mètres cubes par jour. Il prévient que, sans précipitations suffisantes, le principal réservoir du pays pourrait atteindre son niveau critique dès décembre, avec des conséquences pour des milliers de consommateurs.
Revenant sur les premières alertes météorologiques, Joe Lesjongard a rappelé que le Summer Outlook de novembre 2025 annonçait déjà des précipitations inférieures à la normale pour l’été 2025-2026. Une tendance confirmée en février dernier, lorsque les services météorologiques ont fait état de 447 millimètres de pluie enregistrés entre novembre 2025 et janvier 2026, soit seulement 33 % de la moyenne à long terme pour l’été. À Rodrigues, les précipitations atteignaient 200 millimètres, représentant 25 % de cette référence.
L’ancien ministre de l’Énergie s’est également appuyé sur les prévisions révisées pour l’été 2025-2026, qui estiment les précipitations à 872 millimètres pour Maurice, soit 65 % de la moyenne saisonnière calculée sur la période 2025-2026. Pour Rodrigues, elles étaient évaluées à 470 millimètres, représentant 58 % de la normale.
Des alertes connues depuis plusieurs mois
Pour Joe Lesjongard, ces données démontrent que le gouvernement disposait suffisamment tôt d’informations sur les risques de sécheresse. Il a notamment rappelé qu’en mars 2026, lors des célébrations de la Journée mondiale de l’eau au Caudan Waterfront, Patrick Assirvaden avait lui-même reconnu que février 2026 avait été le mois de février le plus sec depuis 104 ans.
Le représentant du MSM reproche au ministre de ne pas avoir engagé suffisamment tôt des campagnes de sensibilisation à l’économie d’eau. Il déplore également l’absence, selon lui, de programmes de proximité destinés aux familles des régions les plus exposées aux pénuries.
Joe Lesjongard a également cité un rapport météorologique publié le 3 juin 2026. Celui-ci indiquait que Maurice avait enregistré 889 millimètres de pluie entre novembre 2025 et mai 2026, soit 66 % de la moyenne à long terme. Pour lui, cette nouvelle confirmation du déficit pluviométrique aurait dû entraîner une réaction plus rapide des autorités.
La gestion du ministre Assirvaden remise en question
Le MSM s’interroge également sur le fonctionnement des structures chargées du suivi des ressources en eau. Joe Lesjongard a rappelé l’existence du Water Resources Monitoring Committee, qui réunit notamment la Water Resources Commission, la Wastewater Management Authority et les principaux utilisateurs d’eau du pays.
Ce comité, généralement présidé par le ministre responsable de l’Énergie, se réunit normalement chaque semaine et plus fréquemment lorsque la situation l’exige. Il examine les niveaux des réservoirs, les prévisions météorologiques et les mesures nécessaires pour assurer l’approvisionnement.
Dans ce contexte, Joe Lesjongard a remis en question la décision du Conseil des ministres de mettre sur pied un comité de crise consacré à l’eau, alors que Patrick Assirvaden se trouvait aux États-Unis, le 10 octobre. Il estime que cette initiative soulève des interrogations sur l’efficacité du dispositif de suivi déjà existant.
La création ultérieure d’un comité interministériel suscite les mêmes critiques. Selon Joe Lesjongard, plusieurs mesures annoncées par le gouvernement avaient déjà été présentées par Patrick Assirvaden lors de sa conférence de presse du 6 octobre. Il y voit un manque de coordination et remet en cause la gestion du dossier par le ministre.
Autre reproche formulé par le MSM, le délai dans l’introduction des restrictions sur l’utilisation de l’eau. Joe Lesjongard affirme que les réglementations correspondantes n’ont été publiées que le 7 août 2026, soit environ huit mois après les premières prévisions météorologiques annonçant un déficit pluviométrique.
Mare-aux-Vacoas : le seuil critique pourrait être atteint en décembre
Joe Lesjongard a également attiré l’attention sur la baisse inquiétante des réserves d’eau. Selon les chiffres présentés lors de la conférence de presse, Mare-aux-Vacoas affiche un taux de remplissage de 33,7 %, contre 36,1 % pour La Nicolière.
Il a expliqué que les réservoirs disposent d’un niveau de réserve non exploitable, appelé dead stock level, estimé entre 18 % et 20 %. À Mare-aux-Vacoas, la marge avant d’atteindre ce seuil serait ainsi réduite à environ 13,7 points de pourcentage.
La situation est d’autant plus préoccupante que Mare-aux-Vacoas constitue une source importante d’approvisionnement pour l’Ouest et les villes des Plaines-Wilhems. Selon Joe Lesjongard, les installations qui traitaient normalement 110 000 mètres cubes d’eau par jour n’en produiraient actuellement que 46 300.
Sur la base de ces données, il estime que le réservoir pourrait atteindre son niveau de réserve non exploitable dès décembre si les pluies restent insuffisantes. Une perspective qui fait craindre une aggravation des difficultés d’approvisionnement pour des milliers de consommateurs.
La crise de l’eau au cœur des tensions sociales
Joe Lesjongard a enfin établi un lien entre les difficultés d’approvisionnement en eau et les récentes tensions sociales dans le pays. Tout en reconnaissant l’existence d’autres facteurs, notamment les frustrations sociales et le sentiment d’injustice, il estime que la colère de la population a d’abord été alimentée par les problèmes de distribution d’eau.
Pour le MSM, les alertes météorologiques successives, la baisse des réserves et les difficultés rencontrées par les consommateurs mettent en évidence les faiblesses de la gestion gouvernementale. Joe Lesjongard considère que les autorités auraient dû anticiper davantage cette crise afin d’en limiter les conséquences sur la population.

