Pesticides — Mieux contrôler l’utilisation tout en protégeant les petits planteurs

Ajouter en tant que source préférée sur Google
Six des 44 échantillons de fruits et légumes analysés en juin 2026 dépassaient les limites maximales de résidus de pesticides, selon le Pesticides Regulatory Office. Les prélèvements réalisés dans plusieurs régions de l’île ont également révélé la présence de substances dont l’utilisation est indiquée comme non recommandée pour certaines cultures.

Le rapport mensuel du Pesticides Regulatory Office, relevant du ministère de l’Agro-industrie, recense 44 échantillons analysés en juin 2026. Parmi eux, 25 ont été prélevés directement auprès des producteurs, 12 sur les marchés de vente en gros et sept dans des supermarchés. Aucun échantillon n’a été prélevé auprès des détaillants ni parmi les produits importés.

- Publicité -

Selon le rapport, au total, six échantillons présentaient des résidus dépassant les limites maximales de résidus (LMR), tandis que 20 contenaient des pesticides dont l’utilisation est considérée comme non recommandée dans les résultats du rapport. Les résultats détaillés font état de dépassements dans différentes régions de l’île. À Calodyne, un échantillon de piment contenait 0,120 mg/kg d’acétamipride, contre une limite maximale de résidus de 0,09 mg/kg. À Triolet, un échantillon de piment présentait une concentration de 3,175 mg/kg de chlorothalonil, alors que la limite indiquée dans le rapport est de 0,01 mg/kg. À Caroline, l’analyse d’un échantillon d’ananas a révélé 2,02 mg/kg d’éthéphon, dépassant la limite de 1,5 mg/kg.

Dans un supermarché à Quatre-Bornes, un échantillon de ladyfinger (lalo) contenait 0,130 mg/kg de flonicamide, contre une limite de 0,03 mg/kg. Sur le marché de vente en gros de Morcellement Saint-André, un échantillon de piment affichait 0,400 mg/kg d’acétamipride, pour une limite de 0,09 mg/kg. Enfin, à Vacoas, un échantillon de chou présentait 0,017 mg/kg de flubendiamide, au-dessus de la limite de 0,01 mg/kg. Ces six résultats correspondent aux dépassements signalés dans les tableaux du rapport.

- Publicité -

Des résidus également relevés ailleurs

D’autres échantillons contenaient des résidus de pesticides sans que les concentrations indiquées dépassent nécessairement les limites maximales mentionnées. À Belle-Rive, un échantillon de courgette présentait 0,012 mg/kg de métalaxyl, pour une limite de 0,01 mg/kg. À Triolet, plusieurs produits, notamment l’angive, le piment, le pipengaille et le concombre, présentaient différents résidus de pesticides. Les résultats varient selon les substances détectées et les limites de référence applicables.

À Quatre-Bornes, outre le lalo, les analyses d’un échantillon de poivron ont relevé plusieurs substances, dont le boscalid, le carbendazime, le flonicamide et le thiophanate-méthyl. Les concentrations indiquées pour ces substances ne dépassaient pas les limites maximales inscrites dans le tableau. Le rapport mentionne également des résidus dans des échantillons provenant de Camp-de-Masque, de l’île d’Ambre, de Dubreuil, de Montagne-Longue et de Surinam. À l’inverse, plusieurs prélèvements, notamment des papayes de Palmar et de Saint-Aubin, des bananes de Saint-Aubin, ainsi que des patates douces de Camp-Laboue et de Crève-Cœur, ne présentaient aucun résidu détectable.

- Advertisement -

Le document précise que certaines analyses, signalées par un astérisque dans les tableaux (disponible en ligne sur le site du ministère de l’Agro-industrie), ont été effectuées par un laboratoire à l’étranger. Les résultats s’appuient sur le Use of Pesticides Act 2018 et le Codex Alimentarius. La LMR désigne la limite maximale de résidus autorisée pour une substance dans une denrée alimentaire. Le rapport distingue ces dépassements de la présence de pesticides dont l’utilisation est indiquée comme « non recommandée ».

Lors d’une conférence de presse, mercredi, le gouvernement entend renforcer l’application de la Pesticides Act et améliorer la traçabilité des produits importés. Face à la presse, le ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, a dénoncé des manquements dans l’application de la loi sous l’ancien gouvernement.

Une feuille de route a été élaborée avec l’Attorney General. Une campagne de sensibilisation auprès des planteurs, des importateurs et des distributeurs est également en cours. L’introduction de QR codes pour retracer l’origine des pesticides importés est envisagée, tandis que le ministre estime nécessaire de mieux équiper les officiers chargés des inspections.

Accompagner les agriculteurs

Mais le renforcement des contrôles suppose aussi des moyens humains suffisants. Dans un article publié en septembre, Joanna Bérenger, députée et présidente de la Commission Développement durable, faisait état d’une diminution de l’effectif du Pesticides Regulatory Office, qui serait passé de cinq à trois officiers. Une évolution qui, selon elle, soulève des questions alors que les besoins en surveillance et en analyses restent importants.

Dans sa lettre ouverte publiée en septembre dans les colonnes de Week-End, Joanna Bérenger met en garde contre une approche qui ferait peser l’essentiel des efforts sur les agriculteurs. « Il serait trop facile de demander aux agriculteurs de réduire leur utilisation de pesticides sans répondre à leur inquiétude principale : qui supportera le risque si les rendements diminuent ? », souligne-t-elle.

Pour elle, la transition vers des pratiques agricoles moins dépendantes des pesticides doit s’accompagner de mesures concrètes. Elle propose notamment d’étudier la mise en place d’un mécanisme de mutualisation permettant de compenser partiellement les pertes de rendement des agriculteurs qui adoptent des méthodes de lutte intégrée.

« Le débat n’oppose pas les pesticides à l’agriculture », rappelle-t-elle. L’enjeu est plutôt de concilier la production agricole, la protection de la santé publique et la préservation de l’environnement. La députée estime également nécessaire de mieux mesurer les coûts sanitaires, environnementaux et économiques liés à l’utilisation des pesticides, notamment leurs effets sur les sols, l’eau et la biodiversité.

Protéger les consommateurs et les planteurs

Le défi consiste donc à renforcer les contrôles tout en donnant aux petits producteurs les moyens de faire évoluer leurs pratiques. La sensibilisation, l’accès à des solutions alternatives et un accompagnement financier pourraient contribuer à réduire progressivement leur dépendance aux produits chimiques. L’objectif ne peut être uniquement de sanctionner les dépassements constatés après la récolte. Il s’agit aussi de prévenir les risques à la source, en aidant les planteurs à adopter des pratiques plus durables.

Un guide pour encadrer leur utilisation à Maurice

Par ailleurs, le ministère de l’Agro-industrie a élaboré un Pesticides Code of Practice afin d’encadrer l’utilisation des pesticides à Maurice et de limiter leurs risques pour la santé humaine et l’environnement. Préparé par le Pesticides Regulatory Office, ce guide s’adresse à tous les utilisateurs de pesticides, notamment les planteurs, les professionnels de la lutte antiparasitaire et les particuliers. Il complète le cadre légal existant, notamment la Use of Pesticides Act 2018, appliqué depuis septembre 2018.

Le document rappelle que les pesticides contribuent à protéger les cultures contre les ravageurs et les maladies, mais que leur utilisation inappropriée peut entraîner des risques sanitaires et environnementaux. Parmi les conséquences possibles figurent les intoxications, la contamination des sols et de l’eau, les dommages causés aux organismes non ciblés et la présence de résidus dans les aliments. Le guide recommande d’utiliser les pesticides uniquement lorsque cela est nécessaire et lorsqu’aucune autre méthode efficace n’est disponible. Il préconise de privilégier la prévention, les méthodes de lutte non chimiques ou une combinaison de différentes techniques pour maîtriser les ravageurs.

Les utilisateurs sont également invités à choisir des produits moins toxiques, à respecter les doses recommandées et à suivre scrupuleusement les instructions figurant sur les étiquettes. Le document souligne l’importance de la formation. De ce fait, selon le guide, les personnes utilisant professionnellement des pesticides dans l’agriculture doivent être formées à leur manipulation.

Protéger les planteurs et les consommateurs

Le code insiste sur les mesures de sécurité à adopter lors de la préparation, du transport, du stockage et de l’application des produits. Le port d’équipements de protection adaptés, notamment des gants, des vêtements protecteurs, des bottes et des masques lorsque cela est nécessaire, permet de réduire les risques d’exposition.

Les utilisateurs doivent également éviter de pulvériser lorsque les conditions météorologiques favorisent la dispersion des produits vers les habitations, les personnes ou les zones non traitées. Des précautions particulières sont recommandées à proximité des maisons, des écoles, des hôpitaux et des zones sensibles. Le guide souligne par ailleurs la nécessité de protéger les abeilles, les autres espèces utiles, les animaux et les milieux aquatiques. Il recommande notamment de préserver des zones tampons près des cours d’eau et d’éviter toute contamination des nappes souterraines.

Le document prévoit également des recommandations concernant les stocks et les déchets de pesticides. Il conseille de limiter les achats aux quantités nécessaires, de retirer les produits périmés ou non autorisés et de gérer correctement les emballages usagés. Les contenants vides ne doivent pas être réutilisés à des fins ordinaires et doivent être éliminés selon les procédures prévues.

Enfin, le code recommande de conserver des registres concernant les stocks, les traitements effectués, les risques environnementaux et les éventuelles expositions. Ces informations peuvent notamment aider à identifier les causes d’une contamination et à mieux gérer les risques. À travers ces recommandations, le ministère entend promouvoir une utilisation plus sûre et raisonnée des pesticides, tout en maintenant une protection efficace des cultures. Le guide rappelle que la responsabilité de prévenir les dommages à la santé humaine et à l’environnement incombe à tous les utilisateurs de ces produits.

EN CONTINU ↻