Patrick Assirvaden à Tribeca, Côte-d’Or et Valentina pour superviser le raccordement des nouveaux forages
Patrick Assirvaden, ministre de l’Énergie et des Utilités publiques, a effectué une série de visites, hier, sur plusieurs sites de forage, notamment à Tribeca, Côte-d’Or et Valentina, dans le cadre du suivi des infrastructures et de l’identification de solutions visant à renforcer l’approvisionnement en eau à travers l’île. À Côte-d’Or, un forage réquisitionné auprès de Landscope assure déjà une production de 1,2 million de litres d’eau par jour. Parallèlement, le ministre a annoncé la réquisition de 15 à 20 forages supplémentaires afin d’accroître les capacités de production et de consolider le réseau de distribution. Cette approche proactive vise à mobiliser les ressources disponibles, à optimiser les infrastructures existantes et à mettre en œuvre des mesures concrètes pour améliorer l’approvisionnement en eau. « La stratégie immédiate du gouvernement repose donc sur plusieurs fronts. Raccorder rapidement de nouveaux forages, mobiliser les ressources privées disponibles, augmenter l’apport de Mare Longue, exploiter davantage Tamarin Falls et renforcer l’approvisionnement d’urgence dans les zones en hauteur », a souligné Patrick Assirvaden.
Face à la baisse inquiétante du niveau des réservoirs, le gouvernement intensifie sa riposte en priorisant des interventions immédiates et en renforçant la coordination interinstitutionnelle qui a été enclenchée jeudi, sous la présidence du Premier ministre, Navin Ramgoolam. Pour la région des Hautes Plaines-Wilhems, des dispositions d’urgence ont été arrêtées afin de permettre une distribution d’eau alternée par zone. L’exploitation de 14 forages supplémentaires (gouvernementaux et privés) fait partie des mesures phares. Parmi les installations déjà mises à contribution figure le forage de Soniawear, dans les environs de Valentina, qui fournit 5 000 m³ d’eau par jour à la CWA. Patrick Assirvaden et ses proches collaborateurs ont clôturé leur tournée hier sur ce site.
Le périple a débuté vers 10h30 à Tribeca, où Patrick Assirvaden a visité un forage situé à environ 15 mètres sous le niveau du sol, où quelque 5 000 mètres cubes d’eau aurait été mobilisés. Cette installation fait partie des ressources souterraines mobilisées pour faire face aux difficultés d’approvisionnement. Le ministre s’est ensuite rendu à Côte-d’Or, où un forage réquisitionné auprès de Landscope fournit 1,2 million de litres d’eau par jour. Cette installation contribue à l’approvisionnement des régions de Côte-d’Or, Saint-Pierre et Helvétia. Les techniciens arpentent actuellement d’autres sites appartenant notamment au groupe Medine. Celui de Beaux-Songes fournit entre 5 000 et 6 000 m³ quotidiennement.
Mare-Longue : un apport attendu cette semaine
Grâce à l’installation d’une pompe au réservoir de Mare-Longue, quelque 10 000 mètres cubes d’eau seront acheminés vers la station de traitement de La Marie à partir de la semaine prochaine. À moyen terme, deux projets de conduites sont également en cours de mise en œuvre. Une double canalisation reliant le réservoir de Tamarind Falls à la station de La Marie doit permettre un apport supplémentaire d’environ 20 000 mètres cubes. Une autre conduite, entre Mare-Longue et La Marie, doit accroître de 12 000 mètres cubes le volume acheminé depuis ce réservoir.
Patrick Assirvaden a aussi fait ressortir que le CEB travaille avec plusieurs contracteurs afin d’installer plus de 70 poteaux nécessaires à l’alimentation électrique du dispositif permettant de pomper et transférer l’eau. Selon les estimations évoquées par le ministre, ce projet pourrait nécessiter encore un mois à un mois et demi avant de devenir opérationnel.
Plus de Rs 700 millions pour accélérer les projets
Pour financer cette accélération, Patrick Assirvaden indique avoir sollicité le ministère des Finances et le bureau du Premier ministre. Il évoque une enveloppe de plus de Rs 700 millions destinée à réaliser en urgence des travaux qui figuraient initialement dans la stratégie normale du secteur de l’eau, mais qui doivent désormais être accélérés face à la situation.
Dragage de Mare-aux-Vacoas
Une mise en œuvre technique complexe
— Prem Saddul : « Non seulement nous allons affecter notre réseau, mais la distribution sera grandement affectée »
C’est de notoriété. Au cas où le taux de remplissage du réservoir Mare-aux-Vacoas, actuellement à 33,8%, descend sous la barre des 21%, le pompage deviendrait plus difficile, voire impossible, avec des conséquences directes sur la distribution en raison de la qualité de l’eau à ce niveau-là. À l’heure où les autorités cherchent des moyens pour limiter la casse, l’option du dragage (ou curage) du réservoir, une opération consistant à retirer les sédiments accumulés au fil du temps pour augmenter la capacité de stockage de l’infrastructure, s’invite aux débats. Si l’idée de nettoyer un réservoir lorsqu’il est quasiment à sec — mais abondants en sédiments — semble intuitive, sa mise en œuvre technique et ses impacts environnementaux révèlent une réalité bien plus complexe. Dev Gujjalu, ancien président de la CWA, et le consultant en hydrogéologie Prem Saddul abondent dans le même sens : le passage d’engins lourds peut déstabiliser ou endommager la couche d’argile qui assure l’étanchéité du réservoir.
L’année 2026 restera gravée dans les annales climatologiques, marquée par des extrêmes hydriques sans précédent. La sécheresse frappe avec une violence telle que les débits de certains cours d’eau et réservoirs ont chuté de 70% par rapport à la normale saisonnière, comme à Mare-aux-Vacoas. Face à ce constat, le gouvernement multiplie les annonces et les mesures (voir plus loin). Ces efforts, hélas, ne sont pas toujours suffisants pour éviter la pénurie et les conflits d’usage. D’autres avenues sont évoquées, ici et là, comme la tentation d’opter pour l’extraction des sédiments (boue, sable, gravier, débris végétaux) qui se sont accumulés au fond du réservoir, permettant à l’infrastructure de retenir plus d’eau.
Une source autorisée souligne que « le dragage peut produire des résultats probants lorsqu’il est entrepris dans de petits réservoirs comme ça été le cas, en 2016, dans un réservoir sis à proximité de Bel-Ombre. Après ces travaux ayant duré 10 semaines, la capacité de stockage du bassin est passée de 1000 à 9 000 mètres cubes. Le réservoir La Ferme a aussi été ciblé à la même époque. A contrario, le dragage des grandes étendues d’eau nécessite une expertise avancée et s’avère un exercice coûteux et peut engendrer des perturbations aux conséquences souvent sous-estimées et mal maîtrisées Il y a aussi les risques de contamination d’eau lors des travaux. Il faudra aussi interrompre la distribution lors des travaux, ce qui occasionnera une turbulence à grande échelle. »
Forcément, si on se réfère à l’analyse de notre interlocuteur, les conséquences pourraient être lourdes pour Mare-aux-Vacoas, considéré comme le plus grand réservoir de l’île, si jamais ce type de travaux est entrepris au fond de l’infrastructure. Le consultant en hydrogéologie Prem Saddul soutient que « le bassin de Mare-aux-Vacoas présente déjà des signes de fracturation liés à la sécheresse et je considère que le curage ne constitue pas une réponse à privilégier. La vase présente dans le fond du réservoir a une grande importance. C’est cette vase qui retient l’eau. Non seulement nous allons affecter notre réseau, mais la distribution sera grandement affectée ».
Même son de cloche du côté de Dev Gujjalu, ex-président de l’instance régulatrice de l’eau : « Il est facile de dire que curer le réservoir pour augmenter sa capacité est la meilleure chose à faire, mais c’est complètement faux. Enlever les sédiments présents au fond du réservoir pourrait avoir des conséquences néfastes. Cette couche joue un rôle dans la rétention de l’eau et son retrait ne peut être envisagé sans connaître précisément la nature du sous-sol. La boue présente au fond agit comme un sédiment solide qui empêche l’eau de filtrer sous la terre. Si jamais on pense à faire le curage et que l’on s’aperçoit que le sol est poreux, ce serait une catastrophe. »
HT 2
Rapport (2014) de la National Economic & Social Council (NESC)
Radhakrishna Sadien : « Ils ont tout balayé d’un revers de main »
« Ils ont tout balayé d’un revers de main ». C’est ce que soutient le syndicaliste Radhakrishna Sadien à propos du rapport soumis, en juin 2014, par le National Economic & Social Council (NESC) sur la gestion des ressources en eau qui avait, sous sa présidence, mené une étude dans ce secteur qui aura duré plusieurs mois. « Tous les gouvernements qui se sont succédé depuis cette date ont failli lamentablement dans leur tâche », dit-il.
Ce document, élaboré après de vastes consultations avec les agences gouvernementales, le secteur privé et la société civile, visait à proposer des réformes structurelles pour remédier aux crises récurrentes de distribution d’eau. La NESC avait fait plusieurs propositions, dont une utilisation durable de l’eau avant de demander au gouvernement de lancer plus de nouveaux projets dans ce secteur à la recherche de boreholes additionnels et plus profonds et, surtout, de construire plus de barrages et de réservoirs pour retenir l’eau. L’une des données les plus percutantes de ce rapport concerne l’efficience du réseau de la CWA et les fuites d’eau.
« Est-il nécessaire de gloser sur ce qui n’a pas été fait depuis que la publication de ce rapport lorsqu’on voit dans quelle situation désastreuse nous sommes ? Le mauvais état du réseau de distribution qui date, dans certaines régions, de plus de 100 ans, est un exemple parmi tant d’autres. Ces pertes étaient réparties entre 3 % et 40% de fuites physiques sur le réseau de distribution (tuyaux vieillissants) et 10% à 15% de pertes commerciales dues aux raccordements illégaux ou aux compteurs défectueux. L’État avait brandi un montant total de Rs 10 milliards pour remplacer les kilomètres de tuyaux vétustes et autres infrastructures à travers l’île. Si un milliard de roupies avait été décaissées chaque année depuis 2014 pour mener à bien ce projet, eski nou ti pou dan sa sitwasion katastrofik-la zordi ? C’est un gâchis », confie Radhakrishna Sadien.
Pour moderniser le secteur, le NESC avait formulé d’autres recommandations clés :
- Diversification et gestion de la demande : Incitation à la collecte de l’eau de pluie à grande échelle
- Évaluation de la tarification : Le NESC avait conclu que le tarif de l’eau à l’époque restait globalement abordable pour un ménage mauricien moyen, mais demandait une meilleure viabilité financière, notamment concernant les redevances liées aux eaux usées
- Le rapport soulignait le non-sens économique et logique de vouloir investir massivement dans de nouvelles infrastructures de production coûteuses (comme le dessalement de l’eau de mer) sans régler en priorité absolue la réhabilitation du réseau existant pour stopper ces pertes massives d’eau déjà traitée.
« Ce rapport de 2014 reste une référence locale majeure pour illustrer l’importance de la gestion de la demande et des pertes physiques par rapport à la simple course à l’augmentation de l’offre en eau, mais mon équipe et moi avons définitivement bossé dur pour rien », se lamente le syndicaliste.
Water Tank & Pump Grant Scheme
14 940 consommateurs jugés éligibles sur les 34 066 demandes reçues
Le Conseil des ministres a pris note des conclusions de la réunion du comité interministériel sur la situation d’urgence de l’eau, présidée par le Premier ministre le 22 octobre. L’une des mesures concerne l’extension du Water Tank & Water Pump Grant Scheme, à travers la Development Bank of Mauritius, à tous les ménages qui ne sont pas encore équipés d’un réservoir d’eau. À vendredi soir, 34 066 demandes ont été reçues, dont 17 032 ont été traitées manuellement, tandis que 17 034 demandes ont été soumises en ligne. À la suite des vérifications effectuées par les meter readers, 14 940 consommateurs étaient jugés éligibles. À vendredi après-midi, 1 881 coupons avaient été délivrés pour récupérer les réservoirs d’eau et les pompes.
À Forest-Side, un cours d’eau vidé de quasiment toute son eau
Les habitants de la rue Louis de Rochecouste, à Forest-Side, ont eu une drôle de surprise cette semaine en découvrant un camion-citerne en train de pomper l’eau d’un petit cours d’eau, sous un vieux pont en pierre. En l’espace de plus d’une heure, le véhicule aurait extrait une grande partie de l’eau, emportant au passage poissons, écrevisses et boue.
Bien connu des riverains et des lycéens qui viennent parfois s’y reposer, ce cours d’eau fait aujourd’hui mal au cœur. « Il ne reste quasiment plus rien ! Ces gens-là sont arrivés il y a plus d’une heure dans leur camion-citerne bloquant la ruelle, et ont extrait quasiment toute l’eau de ce cours d’eau », témoigne une riveraine, choquée par la scène. C’est à l’abri des regards que le camion-citerne s’est garé pour mieux extraire l’eau de la petite rivière.
« Cela est scandaleux ! Nous sommes conscients qu’il n’y a pas d’eau en ce moment, mais ont-ils le droit de venir piller ainsi ces cours d’eau naturels ? », s’interroge un autre riverain. Alors que l’île fait face à une baisse inquiétante de ses réserves d’eau, le ministère de l’Énergie et des services publics a annoncé la mobilisation d’environ 35 camions-citernes, dont certains peuvent transporter jusqu’à 25 m³ d’eau. L’objectif est de garantir un approvisionnement minimal dans les régions les plus touchées, alors que les réserves devront être gérées avec précaution jusqu’en décembre.
Dans le même temps, la Central Water Authority (CWA) a lancé un appel à l’enregistrement des propriétaires de camions-citernes privés souhaitant participer à cette opération. Les véhicules doivent notamment disposer d’une cuve d’au moins 5 mètres cubes (m³), d’un permis de transporteur de classe A valide pour l’eau, d’une pompe débitant au minimum 1,000 litres par minute, d’au moins trois robinets de distribution, ainsi que de certificats de fitness et de taxes automobiles à jour.
Mais à Forest-Side, les riverains restent dubitatifs. « Ce camion-citerne qui a piqué toute l’eau de la rivière avait-il une autorisation officielle de la CWA ? », demandent-ils. Ils estiment que, si ces prélèvements sont autorisés, les autorités devraient prévoir un système permettant d’identifier clairement les camions mandatés par la CWA. Une mesure qui éviterait l’inquiétude des habitants confrontés à ce qu’ils perçoivent comme des « voler dilo », alors que toute ressource en eau devient précieuse.

