La Platform Komun Syndikal (PKS) avait invité le public à venir manifester en grand nombre, hier, à Port-Louis pour faire entendre leur voix autour d’un mot d’ordre clair : refuser la réforme de la pension universelle perçue comme une injustice, sans occulter la hausse du coût de la vie, les difficultés d’approvisionnement en eau et le chômage des jeunes. Sauf qu’il n’y avait pas photo entre la manif d’hier et la marée humaine qui avait déferlé, le 10 juillet dernier, dans les rues de la capitale jusqu’au jardin de la Compagnie.
Les organisateurs s’attendaient forcément à une plus grosse foule, mais la détermination était palpable, si on se fie au ton belliqueux employé par les différents intervenants. « Nou napa pou kile. Ena bann defi, ena problem delo, ena problem elektricite, ena problem manze, pestisid. Nou enn pei avek 1,3 milyon abitan selman. Pa fasil pou kapav kontinie viv korekteman. Me selman nou bizin met lamin ansam », », a soutenu Jane Ragoo, secrétaire générale de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP).
A l’aide d’un mégaphone, l’autre fer de lance de la CTSP, Reaz Chuttoo, s’époumone pour haranguer les manifestants massés devant le centre social Marie Reine de la Paix, point de départ de cette marche pacifique, où le rouge prédomine, couleur du mouvement syndical qu’il a façonné. Il est 13h15 et il est clair que la foule des grands jours ne sera pas au rendez-vous cette fois-ci. Beaucoup moins dense que celle du fameux 10 juillet 2026 pour être plus précis. « Il y a plusieurs facteurs expliquant cela. Il y a notamment les rumeurs et les palabres relayés ici et là, après les émeutes ayant ébranlé le pays, sur d’éventuelles débordements ou grabuges. Ce n’est pas pour autant que la mobilisation ne se poursuivra pas. La pression populaire a déjà permis d’obtenir des reculs Elle s’intensifiera, car n’oublions pas que 16 000 personnes ayant atteint 60 ans en 2026 n’ont pas reçu de pension, chacune ayant été privée de Rs 202 085 », a confié le syndicaliste.
Avec le franc-parler qui le caractérise, Reaz Chuttoo n’est pas allé avec le dos de la cuillère pour égratigner le gouvernement sur « les largesses en matière de voyages et de per diem », agrémenté par des slogans qui ont été repris en chœur par les manifestants. Sur les banderoles et pancartes déployées par les manifestants, on pouvait aussi lire des messages sans équivoque destinés au Premier ministre, Navin Ramgoolam, et au ministre de l’Intégration sociale, de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale, Ashok Subron. Raj Pentiah, ministre mauricien de la Fonction publique et des Réformes administratives, en a également pris pour son grade. Reaz Chuttoo l’a critiqué par rapport à la circulaire demandant aux ministères, aux départements et aux organismes publics de veiller au strict respect des dispositions encadrant l’exercice d’une activité professionnelle en dehors du service public : « Twa to pa gagn drwa trasé pou zoin le de bou. Me enn bann mini sek depite pe tap plin ar fer travay de kote ek trwa kote »
« …Au détriment des travailleurs mauriciens »
Reeaz Chuttoo, devant les applaudissements nourris de ses fidèles lieutenants, a évoqué un autre sujet qui figure sur la liste des revendications syndicales. À savoir, certaines réformes touchant les travailleurs étrangers à Maurice, dont les dispositions permettent désormais aux entreprises de recruter exclusivement des étrangers, au détriment des travailleurs mauriciens. Une mesure vivement critiquée par le syndicaliste.
Haniff Peerun, président du Mauritius Labour Congress (MLC), a abondé dans le même sens, glosant sur les difficultés des jeunes diplômés à trouver un emploi, alors que le recours à des travailleurs étrangers progresse. Il a aussi évoqué le coût de la vie et le sentiment de déclassement. Ashvin Gudday, négociateur de la General Workers Federation (GWF), considère la PKS comme une « opposition extraparlementaire » nécessaire pour maintenir un équilibre face au pouvoir. Il a cité le manque d’eau, les licenciements, les inégalités et les incertitudes sur les compensations salariales. Au terme de la marche pacifique qui s’est déroulé sans anicroche et avec peu de perturbations de la circulation, les participants ont convergé vers le Jardin de la Compagnie où plusieurs orateurs ont pris la parole.
Nando Bodha : « Une réforme brutale »
Contrairement à la marche pacifique organisée le 10 juillet où on a vu l’ex-Premier ministre, Pravind Jugnauth, et le leader du Reform Party, Roshi Bhadain, déambuler parmi la foule le rassemblement d’hier n’a attiré un grand nombre de politiciens très influents. Le leader du Rassemblement mauricien (RM), Nando Bodha, a, en revanche, répondu à l’appel des syndicalistes. Il a qualifié la réforme de la pension comme étant « brutale » et a aussi dénoncé un manque de transparence dans son application. Il plaide pour que parlementaires, secteur privé, syndicats et opposition se retrouvent autour d’une même table pour trouver des solutions pour le pays. Il a aussi partagé les autres revendications portées par la plateforme, en particulier sur la crise de l’eau.
Leela Devi Dookun Luchoomun, ex-ministre de l’Éducation ; Fazila Jeewa-Daureeawoo, ex-vice-Première ministre, et Anjiv Ramdhany, ex-ministre de la Fonction publique, ont représenté le MSM à cette marche pacifique. « Il était important d’être là aujourd’hui.
Comme l’ensemble de la population, nous disons non à la domination systématique qu’exerce ce gouvernement. Il s’obstine à mener une politique de vengeance envers le peuple en lui retirant ses acquis, que ce soit la pension ou les allocations perçues sous la CSG », a confié le dernier nommé. Lindsay Collen (LALIT), Riyad Subratty et Denys Lamy (Reform Party), Dev Sunnasy, Neena Ramdenee et Raouf Khodabaccus (Linion Moris) ont aussi participé à cette manif.

