Face à la crise hydrique qui affecte aussi bien les ménages que les activités économiques, le gouvernement et le secteur privé ont lancé un appel à une mobilisation collective. Lors du Water Stewardship Forum organisé par Business Mauritius, avec le soutien de la Mauritius Chamber of Agriculture, le ministre de l’Énergie et des Services publics et le président de la Commission sur le développement durable et inclusif de Business Mauritius, Patrick Assirvaden et Philippe Espitalier-Noël, respectivement, ont mis l’accent sur l’importance d’une coopération renforcée entre les pouvoirs publics, les entreprises et la société civile pour surmonter cette épreuve. Cette rencontre, tenue à l’hôtel Hennessy à Ébène, a également été marquée par le lancement d’un nouveau Water-Saving Toolkit, un programme, échelonné sur six semaines, destiné à encourager les économies d’eau au travail comme à la maison.
Patrick Assirvaden estime qu’aucune institution, aucun secteur économique et aucune composante de la société ne peuvent agir seuls face à un défi d’une telle ampleur. À son avis, la sécurité hydrique constitue une responsabilité nationale qui nécessite une mobilisation de toutes les parties prenantes. Il a tenu à replacer la crise dans sa dimension humaine, au-delà des chiffres et des statistiques. Il a évoqué les familles contraintes de réorganiser leur quotidien en raison des interruptions prolongées de la fourniture d’eau, ainsi que les personnes âgées pour lesquelles l’accès à cette ressource devient une préoccupation permanente. « Il y a d’abord des réalités humaines », trouve-t-il, reconnaissant les difficultés, les inquiétudes et parfois les véritables épreuves vécues par les citoyens.
La crise affecte également les entreprises, les agriculteurs et les différents services, avec des conséquences sur l’économie et l’emploi. L’eau se trouve ainsi au carrefour de la santé publique, de la sécurité alimentaire, de la production industrielle et de la compétitivité économique. Il a passé en revue les dernières statistiques alarmantes sur l’état des lieux et la problématique avec les effets conjugués du déficit pluviométrique et du taux de perdition de 62% sur le réseau de la Central Water Authority (CWA). Il souhaite que les investissements permettent à la CWA de réduire le taux de pertes de 62 % à 50 %, voire 45 %. Il a également plaidé pour une révision des priorités d’investissement, estimant que la situation actuelle impose de consacrer davantage d’attention aux infrastructures hydrauliques.
Par ailleurs, le pays dispose actuellement de 60 installations de Containerized Pressure Filter (CPF), et une commande de 15 unités supplémentaires a été passée. L’objectif : porter le nombre à 75 d’ici à la fin de l’année. Les travaux visant à raccorder Tamarind Falls à La-Marie doivent également démarrer avec trois équipes de contracteurs.
Au-delà de ces mesures d’urgence, Patrick Assirvaden estime que Maurice ne peut continuer à dépendre essentiellement des précipitations. Il a plaidé pour une diversification des sources d’approvisionnement et la constitution d’un « bouquet » de ressources comprenant notamment le dessalement, la collecte des eaux locales et la réutilisation des eaux usées notamment pour l’irrigation. « Toutefois, le retour des pluies ne devra pas signifier un retour aux anciennes pratiques. Les efforts de sensibilisation, la surveillance de la consommation et la prévention du gaspillage doivent s’inscrire dans la durée », fait-il comprendre.
Joint Committee sur l’eau
L’intervention de Philippe Espitalier-Noël a mis en lumière les liens étroits entre la sécurité hydrique des ménages et la capacité des entreprises à maintenir leurs activités. « Une entreprise ne prospère pas durablement au milieu d’une communauté qui manque de l’essentiel », a-t-il fait ressortir. Il a notamment expliqué que, pour de nombreux employés, la journée commence par l’organisation de l’approvisionnement en eau à la maison : remplir les réservoirs, adapter les horaires et s’assurer que la famille dispose de ce dont elle a besoin. Ces contraintes ne disparaissent pas lorsque les collaborateurs arrivent sur leur lieu de travail.
Pour une petite économie insulaire comme Maurice, la disponibilité de l’eau conditionne la production agricole et industrielle, les activités touristiques, les services et la sécurité alimentaire. Les interruptions d’approvisionnement peuvent entraîner une réorganisation des opérations, des coûts supplémentaires et des difficultés à maintenir les conditions sanitaires nécessaires. Elles affectent également les employés et leurs familles dans leur quotidien.
Il a réaffirmé la disponibilité de Business Mauritius pour poursuivre le dialogue technique avec le ministère et la CWA. L’organisation a également renouvelé sa proposition de mettre en place un Joint Committee sur l’eau. Ce comité aurait pour objectif d’offrir un cadre de collaboration régulier afin d’examiner les besoins immédiats et les priorités à long terme.
Le Chief Executive Officer (CEO) de Business Mauritius, Kevin Ramkaloan, a pour sa part réitéré l’engagement de l’organisation depuis 2019 en faveur d’une gestion plus efficace de l’eau dans les entreprises, notamment à travers le partenariat avec le programme SUNREF et la création du Water Stewardship Forum en 2023. Les entreprises disposent également des Water Stewardship Guidelines et, désormais, du nouveau Water-Saving Toolkit.
Ce programme de six semaines propose des supports de communication, de courtes activités en équipe et des idées à partager avec les familles. Il a été conçu pour être adapté aux entreprises de différentes tailles et permettre aux équipes des ressources humaines et de communication de mobiliser leurs employés à travers leurs canaux habituels.
Amandine Hardowar de Rosnay, Head of Sustainability and Inclusive Growth de Business Mauritius, a expliqué que l’objectif est d’aider les entreprises à transformer la sensibilisation en pratiques durables. Le Toolkit doit permettre aux équipes de repérer les améliorations possibles et de faire le lien entre les usages de l’eau au travail et à la maison.
Elle a toutefois souligné que cette mobilisation doit être accompagnée d’un travail sur la maintenance, les équipements et les investissements afin d’inscrire la gestion de l’eau dans le fonctionnement quotidien et la stratégie des entreprises.
À travers ce Forum, Business Mauritius invite les entreprises à poursuivre leurs efforts et à partager leurs expériences. L’ambition est de faire de cette mobilisation un levier de coopération durable, au service de la sécurité hydrique et de la résilience de Maurice.
Water Stewardship Forum — Crise hydrique : GM et secteur privé plaident pour une mobilisation collective
EN CONTINU ↻

