CONSOMMATION – Prix des denrées de base : Poussée inflationniste pesante sur le pouvoir d’achat ménager

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– En cause : le conflit au Moyen-Orient, les perturbations de l’approvisionnement pétrolier, les difficultés d’acheminement des céréales et les conséquences du phénomène El Nino sur les récoltes

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La poussée des prix des matières premières sur les marchés internationaux risque de raviver les pressions inflationnistes à l’échelle locale, où la dépendance des importations expose directement les consommateurs aux chocs extérieurs. Dans son dernier Commodity Markets Outlook, la Banque mondiale prévoit une hausse de 23% des prix des produits de base en 2026, atteignant leur deuxième niveau le plus élevé depuis 2013. Cette progression serait notamment portée par une envolée de 32% des prix de l’énergie. Une perspective préoccupante pour un pays où une grande partie des biens consommés provient de l’étranger et où le coût de la vie continue de peser sur les ménages.
Interrogé sur les répercussions de cette situation, la transmission aux prix locaux est pratiquement inévitable, explique un économiste. « Définitivement, si au niveau international, les prix des commodités et des marchandises augmentent, cela aura un impact chez nous, parce que nous importons les trois quarts de ce que nous consommons », souligne-t-il.
À cette dépendance s’ajoutent les coûts domestiques, qui peuvent amplifier les effets de la hausse des cours internationaux. Le pétrole constitue notamment un facteur de transmission majeur. Selon l’économiste, le baril de brut se maintient au-dessus de USD 100 depuis plusieurs semaines, alimentant les risques d’une nouvelle augmentation des prix des carburants à Maurice. « Si le Petroleum Pricing Committee se réunissait ces jours-ci, c’est clair qu’il y aurait une nouvelle augmentation de prix », lâche-t-il.
Une éventuelle hausse ne se limiterait pas aux dépenses des automobilistes. Elle se répercuterait progressivement sur les coûts de transport, de distribution et, par conséquent, sur les prix pratiqués dans les commerces et les supermarchés. Les coûts de l’électricité et de fonctionnement des entreprises pourraient également subir des pressions supplémentaires.

Accumulation de chocs sur les marchés

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Les perspectives de la Banque mondiale confirment l’ampleur des risques. Après trois années de recul, les prix de l’énergie devraient progresser de 32% cette année. Le Brent est attendu en moyenne à USD 91 le baril, contre USD 69 en 2025. Sur le front alimentaire, les prix des produits de base devraient augmenter d’environ 10% cette année, puis de 7% supplémentaires en 2027, soit une progression cumulée de 18%.
Cette évolution résulte de plusieurs facteurs qui se renforcent mutuellement : conflits au Moyen-Orient et perturbations de l’approvisionnement pétrolier, difficultés d’acheminement des céréales, mais aussi les conséquences du phénomène climatique El Nino sur les récoltes. Les prix des engrais devraient, de leur côté, augmenter de 14% en 2026, renchérissant davantage les coûts de production agricole.
La Banque mondiale avertit que les marchés sont particulièrement vulnérables à de nouveaux chocs, les stocks pétroliers s’épuisant. Dans un scénario défavorable, où les tensions géopolitiques et les perturbations climatiques s’aggraveraient simultanément, le Brent pourrait atteindre une moyenne de USD 105 le baril en 2027.
Pour Maurice, ces perspectives laissent craindre une nouvelle érosion du pouvoir d’achat. L’augmentation des prix des produits alimentaires, des carburants et des biens importés pèserait particulièrement sur les ménages aux revenus modestes, dont une part importante du budget est consacrée aux dépenses essentielles.

Marge de manœuvre limitée

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Face à cette situation, l’économiste recommande aux consommateurs de revoir leurs priorités budgétaires. « Il faut consommer ce qui est essentiel, dépenser sur l’essentiel et diminuer les dépenses superflues. Pas d’extravagance lorsque les coûts sont en hausse », conseille-t-il. Du côté de l’État, les marges de manœuvre pourraient toutefois être limitées. Une enveloppe de Rs 2 milliards est déjà prévue sous forme de subventions pour atténuer la pression sur les prix alimentaires. Mais l’économiste doute de la capacité de l’État à augmenter significativement cet effort, compte tenu des contraintes budgétaires et des dépenses imprévues, notamment celles liées aux dégâts provoqués par les récentes émeutes.
Il évoque néanmoins un rôle accru de la State Trading Corporation, qui pourrait renforcer ses efforts d’importation de certains produits de première nécessité, dans la conjoncture, afin de les proposer à des prix plus favorables que ceux du marché. Une piste qui reste toutefois controversée.

Que fera le MPC ?

La prochaine réunion du Monetary Policy Committee de la Banque de Maurice, prévue la semaine prochaine, intervient ainsi dans un contexte particulièrement délicat. La Banque Centrale devra arbitrer entre les risques inflationnistes, la nécessité de préserver le pouvoir d’achat et les pressions exercées sur la roupie. À l’international, les principales banques centrales restent attentives à la persistance de l’inflation et aux conséquences du renchérissement des prix de l’énergie. La Réserve fédérale américaine pourrait notamment envisager un nouveau resserrement de sa politique monétaire en décembre, tandis que l’évolution des taux aux États-Unis et en Europe pèsera sur les décisions des autres banques centrales. Une hausse des taux à l’étranger pourrait accentuer les pressions sur les devises des économies émergentes et importatrices, dont Maurice.
Tout indique que le MPC devra anticiper ces évolutions, d’autant que sa prochaine réunion n’interviendra que trois mois plus tard. « Il faut considérer que le taux d’inflation officiel ne baisse pas. Tout laisse croire que la Fed pourrait augmenter ses taux d’intérêt en décembre. À sa prochaine réunion, le MPC devra anticiper ce que la Fed va faire », dit-il. Il n’exclut donc pas une nouvelle hausse du taux directeur de 25 points de base. La dépréciation récente de la roupie constitue, selon lui, un élément supplémentaire à prendre en considération.
Quant aux perspectives pour 2027, l’économiste reste prudent. Il juge difficile de prévoir l’évolution des cours dans un environnement aussi volatil. Si les prix peuvent se stabiliser, il ne s’attend pas nécessairement à un retour aux niveaux antérieurs. L’issue du conflit en Iran et son incidence sur l’approvisionnement énergétique mondial seront déterminantes. Le risque pour nous est donc celui d’une inflation importée persistante, à laquelle s’ajouteraient les contraintes internes.

 

 

 

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