Une tension palpable règne à la rue Pope Henessy ce mardi, pendant que la Private Prosecution logée contre le ministre du Commerce, Yogida Sawmynaden, est débattue en Cour intermédiaire, pour le délit allégué d’emploi fictif.

D’un côté : des badauds venus en soutien à la veuve de Soopramanien Kistnen, Simla Kistnen. Ceux-là se tiennent derrière des barrières placées par la police pour contrôler l’accès à la cour.

De l’autre : un groupuscule menaçant, composé notamment de personnes connues du sud du pays et proches du pouvoir. Ils circulent librement aux abords de l’institution judiciaire malgré la présence des forces de l’ordre.

Ce qui frappe dès 9h en cette matinée, c’est le déploiement des forces de l’ordre, nettement moins conséquent qu’à la deuxième comparution du ministre Sawmynaden.

En effet, le 7 janvier, la SMF, le GIPM et les snipers avaient fait forte impression, poussant la population et même des membres des forces de l’ordre à s’interroger sur un tel déploiement, qualifié de « mascarade ».

« Zot agas dimounn ».

Ce mardi, pas de traces de commandos à l’horizon. En cas d’incident, la police régulière et la Special Support Unit se trouvent sur place. Pas de « Restricted Area » cette fois, si ce n’est un accès controlé à l’enceinte de la cour.

Venue assister à la comparution de son fils, une femme âgée est refoulée à l’entrée par les officiers. « Zot agas dimounn », lance-t-elle aux officiers lui refusant l’accès. « Akoz enn minis bizin atann deor! »

Pour l’heure, toute l’attention est rivée sur l’arrivée du ministre. Si bien que l’ancien Commissaire de police, Mario Nobin, passe inaperçu, lui qui comparaît dans l’affaire Mike Brasse.

Le ministre Sawmynaden arrive à 9h30, escorté par ses VIPSU. « Voler, voler », scandent ceux venus soutenir Simla Kistnen malgré la grisaille et la pluie.

« L’affaire Soopramanien est comme une boîte de pandore, et il y a des nouveaux dossiers qui seront révélés », confie l’activiste Bruneau Laurette, venu une nouvelle fois soutenir la famille Kistnen.  « La semaine prochaine, nous ouvrirons d’autres tiroirs », promet-il.

Entre-temps, la circulation aux abords de l’institution judiciaire est quelque peu ralentie par des policiers mobilisés sur la route. Des badauds curieux patientent ici et là, derrière les barrières de sécurité en face de la Cour intermédiaire.

Matraques, boucliers, menaces.

Le calme se dissipe avec la venue d’un groupuscule composé de personnes connues des services de police et proches du pouvoir. L’air menaçant, ils sortent de la rue Lislet Geoffrey et longent la cour sans être inquiétés par les autorités contrôlant cet accès.

La foule massée derrière la rambarde de sécurité s’offusque du « laxisme » de la police. « Vous l’avez tous vu! Ils sont passés devant la cour avant de s’en aller », a déploré le député Salim Abbas Mamode, présents aux côtés des badauds.

« Cet acte démontre qu’il y a des citoyens de deux catégories dans ce pays : une qui soutient le gouvernement, et une qui soutient la justice. Cela nous attriste et justifie notre présence ici aujourd’hui », a-t-il poursuivi.

L’atmosphère se tend. « Laverite pou trionfe », lancent des membres du groupuscule alors qu’à l’intérieur de la cour, le représentant du bureau du Directeur des poursuites publiques demandant le report de la Private Prosecution en attendant la fin de l’enquête policière.

Entre-temps, des éléments de la SSU, matraques et boucliers en mains, se présentent face aux badauds de la place Cathédrale. Des véhicules de police sont utilisés pour séparer le groupuscule et les partisans venus en soutien à la famille Kistnen.

Les membres du groupuscule repartent par où ils sont arrivés. Plus tard, ils interpelleront l’avocat de Simla Kistnen, Rama Valayden, alors que ce dernier rejoint son véhicule.

Vers 11h, le ministre du Commerce quitte l’enceinte de la cour, dans la discrétion la plus totale. Il devrait être convoqué aux Casernes centrales pour le délit allégué d’emploi fictif. Le prochain rendez-vous en cour est fixé au 29 janvier.