… mais d’accord pour moderniser et adapter l’entreprise au monde audiovisuel d’aujourd’hui
La direction de la Mauritius Broadcasting Corporation présente son audit des ressources humaines comme une étape indispensable de sa modernisation. Des employés dénoncent toutefois l’incertitude qui persiste autour de leur statut et réclament des réponses sur les conclusions de l’exercice. Après le communiqué officiel du 3 juillet, deux lettres ont été adressées au Premier ministre.
L’audit des ressources humaines de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) se trouve au centre d’un bras de fer entre la direction et un groupe d’employés. Si les deux parties reconnaissent la nécessité de moderniser le radiodiffuseur national, elles divergent sur la manière dont cette transformation est conduite, expliquée et appliquée.
La direction met en avant la nécessité d’adapter l’organisation et les compétences aux mutations du secteur audiovisuel. Les salariés concernés dénoncent, pour leur part, la longueur des délais, le manque de visibilité sur leur avenir et l’absence d’informations précises sur les recommandations de l’audit.
La MBC communique dès le 3 juillet
Dans un communiqué publié le 3 juillet, la direction annonçait avoir finalisé un audit de ses ressources humaines, engagé depuis la fin de 2025 dans le cadre d’un programme de modernisation.
La corporation expliquait vouloir mieux aligner les effectifs et les compétences entre les fonctions directement liées à la production et à la diffusion des contenus audiovisuels et les fonctions de soutien. Selon elle, cet exercice ne pouvait se résumer à une simple revue comptable du personnel. Il devait également analyser les besoins de l’institution, les compétences disponibles et les différentes situations individuelles.
La MBC promettait une application des recommandations « avec rigueur, humanité et dans un esprit de dialogue ». Elle précisait que 37 employés en période de probation étaient concernés par cette première phase, les dossiers les plus anciens remontant, selon elle, au début de 2024.
L’examen de ces situations devait constituer l’une des premières priorités dans l’application de l’audit. La direction affirmait que les échanges avec les personnes concernées avaient commencé et se poursuivraient au cours des semaines suivantes. Chaque dossier devait déboucher sur une décision « claire, juste et conforme aux procédures applicables ».
Cette communication n’a toutefois pas suffi à dissiper les inquiétudes. Une première lettre a été adressée au Premier ministre, Navin Ramgoolam, le 9 juillet. Son bureau privé en a accusé réception le 13 juillet. Une seconde correspondance a été envoyée quelques jours plus tard pour relancer le dossier.
Les deux lettres sont signées par un « groupe d’employés concernés », dont les membres demandent que leur identité reste confidentielle. Les documents disponibles ne permettent donc pas d’attribuer formellement cette initiative à un syndicat déterminé.
37 ou plus de 125 salariés ?
Les signataires affirment qu’en dépit des engagements contenus dans le communiqué du 3 juillet, aucune décision individuelle ni explication détaillée ne leur aurait encore été communiquée. Ils veulent savoir si les employés seront confirmés, si leur probation sera prolongée ou si certains postes pourraient être supprimés dans le cadre d’une restructuration.
La première divergence importante concerne le nombre de personnes touchées. La MBC évoque 37 collaborateurs en probation. Les employés avancent, eux, le chiffre de plus de 125 personnes provenant de différents départements et recrutées sous plusieurs statuts.
Selon les auteurs des lettres, ce groupe plus large comprendrait des probationnaires, des temporaires, des contractuels et d’anciens freelances attendant toujours une confirmation, une nomination ou une régularisation.
Les deux chiffres ne semblent donc pas couvrir le même périmètre. Les 37 cas annoncés par la direction pourraient représenter les seuls probationnaires dont les dossiers sont examinés en priorité, tandis que le chiffre supérieur à 125 inclurait d’autres catégories de personnel.
Une clarification apparaît indispensable pour établir le nombre exact d’employés concernés par l’audit et celui des salariés dont la situation reste à régulariser.
Une autre divergence porte sur l’ancienneté des dossiers. La direction indique que les situations les plus anciennes parmi les 37 employés en probation remontent au début de 2024. Les signataires évoquent, pour leur part, des périodes d’emploi temporaire ou probatoire allant de deux à six ans.
Ils affirment que plusieurs salariés ont déjà complété leurs évaluations professionnelles et les examens médicaux requis, sans recevoir de décision définitive. Selon eux, cette attente prolongée entraîne frustration, démotivation et insécurité professionnelle.
La différence pourrait s’expliquer par la présence, parmi les plus de 125 personnes évoquées, de temporaires, de contractuels et d’anciens freelances qui ne figureraient pas parmi les 37 probationnaires officiellement recensés. Il appartient désormais à la MBC de préciser l’ancienneté et le statut des différents groupes concernés.
Le contenu de l’audit réclamé
Les employés ne contestent pas le droit de la direction de moderniser ou de réorganiser la corporation. Leurs doléances portent surtout sur la transparence de l’exercice. Ils veulent connaître l’identité du consultant ou du cabinet ayant réalisé l’audit, la procédure suivie pour sa sélection, le coût de la mission, sa durée et la méthodologie employée.
Ils souhaitent également savoir quelles catégories d’employés, de cadres, de responsables et de représentants syndicaux ont été consultées. Une autre question concerne l’existence éventuelle de relations professionnelles ou contractuelles entre le consultant retenu et le consultant en ressources humaines qui agirait actuellement comme responsable RH de la MBC.
Les signataires demandent la publication du rapport ou, à défaut, d’un résumé exécutif ne comportant aucune donnée personnelle ou confidentielle. Ils considèrent que les grandes conclusions doivent être communiquées dès lors que l’audit est présenté comme achevé.
La volonté annoncée d’adapter les effectifs et les compétences alimente aussi les craintes d’une réduction du personnel. Les employés veulent savoir si le rapport recommande un rightsizing, une rationalisation, un redéploiement ou des suppressions de postes.
Ils réclament également des précisions sur le nombre de salariés potentiellement affectés, les critères de décision et les protections accordées aux personnes concernées. Ils souhaitent savoir si un avis juridique a été obtenu avant l’application des recommandations.
Pour les auteurs des lettres, chaque décision devra être clairement motivée. Une confirmation devrait être appliquée sans délai ; une prolongation de probation devrait être expliquée ; et une éventuelle suppression de poste devrait intervenir dans le respect de la loi et des procédures.
Qui détient le pouvoir de décision ?
Les salariés interrogent enfin le rôle du conseil d’administration. Se référant aux articles 15 et 16 de la MBC Act, ils soutiennent que celui-ci dispose de responsabilités en matière de nomination, de confirmation, de promotion, de discipline, de rémunération et de conditions de service.
Ils demandent donc pourquoi les décisions découlant de l’audit n’auraient pas encore été appliquées. Ils affirment aussi avoir été informés que la direction aurait sollicité l’approbation du secrétaire au Cabinet avant toute mise en œuvre. Cette information n’a pas été officiellement confirmée.
Les signataires veulent savoir si une telle demande a réellement été transmise, si une réponse écrite a été obtenue et sur quelle base juridique un feu vert extérieur serait nécessaire.
Le communiqué du 3 juillet a apporté un premier éclairage, mais les deux lettres qui ont suivi montrent que les attentes restent fortes. La publication des principales conclusions de l’audit, une clarification des chiffres et l’annonce d’un calendrier permettraient désormais de réduire les tensions. Derrière les recommandations administratives se trouvent, en effet, des employés qui réclament avant tout une décision sur leur avenir professionnel.

