Bloquées à Rishikesh, en Inde, pendant 5 mois Ingeborg et Heike Brunner sont rentrées à Maurice avec l’intention de partager les enseignements reçus durant ce séjour dans la capitale mondiale du yoga. Agées de 31 et 28 ans, les deux sœurs ont décidé d’apporter une nouvelle orientation à leur vie en se limitant à l’essentiel pour plus de liberté et de positivité. Une expérience partagée dans leur studio de yoga, Twin Lotus, ouvert depuis peu à Flic en Flac.

Twin Lotus a finalement ouvert ses portes. Installé à Flic en Flac depuis quelques jours le studio de yoga des sœurs Brunner a mis du temps avant d’éclore. Un retard de plusieurs mois dans les plans initiaux ; Ingeborg et Heike étant restés bloqués hors du pays des suites du confinement et de la Covid-19. Un coup dur transformé en aubaine, puisque durant cette longue attente les deux jeunes femmes ont étendu leurs connaissances dans la pratique du yoga. Elles ne pouvaient avoir trouvé meilleure opportunité. En février, décidées à entamer cette nouvelle étape de leur vie elles avaient mis le cap sur l’Inde pour se perfectionner dans cette discipline. C’est à Rishikesh, considérée comme la capitale du yoga par d’aucuns, qu’elles ont patienté pendant près de cinq mois avant de pouvoir rentrer.

Discipline de vie

Un séjour prolongé qui leur a offert des occasions de se familiariser avec divers styles à travers des ateliers de travail, des rencontres, de sessions de partage avec des spécialistes d’Inde et d’autres pays qui s’y trouvaient au même moment qu’elles. Dans cette cité mythique aux paysages magnifique et à l’ambiance mystique nichée sur les rives du Gange Inge et Heike se sont imprégnées de l’essence même du yoga. Une discipline qui, par delà les postures et les figures, inculque des valeurs et une manière de vivre positive à ceux qui la pratiquent. Ce, afin de venir meilleur envers les autres et soi tout en développant la conscience pour vivre dans le respect des êtres et des choses. « Le yoga c’est une discipline de vie. C’est une façon d’être en harmonie avec soi et les autres. Ce, peu importe ce en quoi on croit. Ce n’est pas une religion, c’est de la spiritualité. »

Confrontée à l’attente, aux incertitudes du retour, à des réponses évasives et approximatives des autorités l’attente a parfois été éprouvante pour Ingeborg et Heike Brunner. Surtout qu’elles s’étaient équipées de l’essentiel pour un séjour qui aurait dû s’étendre sur un mois vers la fin de l’hiver indien. Prises de court par la soudaineté de l’annonce de la fermeture des frontières mauriciennes elles terminèrent les cours pour lesquels elles avaient fait le déplacement avant de passer en mode survie. Avec des ressources financières et du matériel limités il fallut se débrouiller tant bien que mal pour ce séjour à durée indéterminée.

Compter les jours et les roupies.

Compter ses roupies pour s’acheter du lait, transformer ses vêtements d’hiver pour entamer l’été, se débrouiller avec les ustensiles de base pour la cuisine, trouver des astuces pour la santé et pour les soins du corps, chaque jour était un nouveau défi. « Nous avions décidé de prendre tout cela positivement. » Rishikesh leur avait aussi donné de bonnes occasions de s’adapter. En sus des autres cours de yoga elles apprirent aussi à se fondre dans la ville où le coronavirus a mis du temps avant de venir. Il y avait la grand-mère qui s’occupait souvent d’elles, les habitants qui venaient vérifier si elles avaient de quoi manger, le gamin qui les avaient invitées à sa fête d’anniversaire et toutes les autres rencontres faites chaque jour. Il y a aussi eu les séances de yoga dans les splendides paysages de la ville et des plongées dans le Gange qui, durant cette période, avait retrouvé un niveau de propreté jamais égalé depuis longtemps grâce au confinement.

Loin des catwalks.

A Maurice, les deux sœurs, qui avaient fait du modelling, entre autres activités glamour, jouissaient d’un certain confort et d’un niveau de vie respectable. A quelques semaines de son départ pour l’Inde en février, Ingeborg Brunner avait démissionné d’Air Mauritius où elle avait travaillé comme hôtesse de l’air pendant sept ans, emboîtant le pas à sa sœur qui était partie quelques mois auparavant. Nées d’un père allemand et d’une mère mauricienne, les deux habitantes de Flic en Flac avaient ressenti le besoin d’apporter un changement à leurs vies. Préalablement, à la recherche d’une activité pour s’occuper et garder la forme, elles s’étaient initiées au yoga, principalement en autodidactes, sur la plage. Au fil du temps et des conseils, elles y avaient pris goût jusqu’à comprendre qu’il y avait là une autre voie à explorer, un autre sens à apporter à la vie.

Parce que si elles s’étaient passionnées de leur métier initial, elles savaient aussi que la vie en tant que personnel naviguant comprend des restrictions et des limites à observer afin de projeter une bonne image et pour offrir le niveau de service voulu. Un besoin de liberté, une envie de tatouage, par exemple, le désir d’avoir un emploie du temps moins contraignant et plus de temps pour vivre leur avaient dicté le choix : « Cela nous a apportées une grosse bouffée d’air frais. Désormais nous sommes libres d’être nous-mêmes. »

Comme les Beatles.

Rishikesh a le pouvoir de changer les gens, les âmes, les destins. En 1968, les Beatles en étaient ressortis transformés tandis que les quatre garçons y étaient venus pour étudier la méditation dans l’Ashram du Yogi Maharishi Mahesh. A respectivement 31 et 28 ans, Ingeborg et Heike vivront longtemps encore la métamorphose que leur a apportée la ville indienne. « Nous avons grandi, nous avons muri. Nous avons surtout appris à nous contenter de l’essentiel et de mettre le superflue de côté. »

Après les péripéties de leur voyage de retour et de la quarantaine : « Il nous a fallu un moment pour nous habituer à la vie telle que nous l’avions connue. » Soudain, la voiture semblait trop grande, la télé paraissait anodine, les armoires et les placards paraissaient trop remplis. « Nous avons commencé par faire un grand tri. Nous avons donné beaucoup de nos affaires aux nécessiteux comme nous nous sentons à l’aise avec l’essentiel. » A Rishikesh, la nourriture était saine, équilibrée, fraiche. Pas d’édulcorant ni de procédé ou matière ajoutée ; elles ont pris goût à ce nouveau régime.

Twin Lotus.

Ce retour au pays vers la fin de juillet leur imposait aussi la nécessité de reprendre presque tout à zéro. L’univers en avait décidé ainsi, Twin Lotus se devait d’exister. Pas uniquement pour les aider à s’en sortir, mais surtout afin qu’elles puissent partager toutes les connaissances et les expériences vécues. « Nous sommes rentrées avec beaucoup de choses à partager et nous voulons donner l’occasion aux autres d’apprendre de ce que nous avons appris », expliquent-elles.

Installé dans la bordure de la route côtière de Flic en Flac le studio propose différents types d’enseignement et de pratique du yoga et s’adapte à tous les niveaux. Ingeborg et Heike Brunner travaillent aussi avec les individus, les familles, les entreprises selon des formules adaptées. L’objectif étant de propager le mieux être au maximum et de permettre aux connexions à l’intérieur de soi de se faire dans un esprit d’émancipation et positif.