Sir Seewoosagur Ramgoolam et Sir Anerood Jugnauth doivent désormais être replacés de manière permanente dans la mémoire collective, indépendamment des fortunes politiques de leurs héritiers. Le premier ne saurait être célébré uniquement lorsque Navin Ramgoolam revient au pouvoir, pas plus que le second ne devrait voir son héritage exalté ou relégué selon que Pravind Jugnauth dirige le pays ou siège dans l’opposition.
Ces deux hommes appartiennent à l’histoire de Maurice bien davantage qu’à leurs familles ou à leurs partis. Sir Seewoosagur Ramgoolam a conduit le pays vers l’Indépendance et posé les fondations de l’État social. Sir Anerood Jugnauth a accompagné une phase décisive de la transformation économique et institutionnelle du pays. Leur contribution peut être discutée, analysée et même critiquée, mais elle ne peut être effacée au rythme des alternances.
Que fera-t-on demain, lorsque le pouvoir ne sera détenu ni par un Ramgoolam ni par un Jugnauth ? Faudra-t-il encore choisir entre deux mémoires, comme si l’histoire nationale devait nécessairement se lire à travers la rivalité de leurs descendants ?
Il est temps de sortir de cette filiation politique concurrente. La mémoire de SSR et celle de SAJ ne doivent plus dépendre de Navin Ramgoolam ou de Pravind Jugnauth. Elles doivent être inscrites durablement dans les programmes scolaires, les institutions, les archives et les commémorations nationales. Non comme des objets de culte partisan, mais comme les héritages de deux dirigeants ayant, chacun à son époque, profondément contribué à façonner Maurice.
Un pays arrivé à maturité doit pouvoir honorer ses bâtisseurs sans appartenir à leurs héritiers. L’histoire nationale n’est pas un patrimoine familial : elle appartient à tous les Mauriciens.
BD

