Displaced persons from the Bafuliru community stand amidst the makeshift shelters of the internally displaced persons (IDP) camp of Bijombo, South Kivu Province, eastern Democratic Republic of Congo, on October 8, 2020. - Since February 2019, the landlocked highlands of Fizi and Uvira in South Kivu have been the scene of clashes and retaliation attacks by armed groups claiming to defend the interests of their respective communities. According to the United Nations High Commissioner for Human Rights, approximately one hundred villages have been destroyed and burned, several dozen civilians have been killed and thousands of people have been forced to flee their homes. (Photo by ALEXIS HUGUET / AFP)

Plus de 100 morts, des appels à la haine, une forte politisation: tel est le bilan à ce jour du conflit sur les Hauts Plateaux situés dans la province du Sud Kivu dans l’Est de la République démocratique du Congo depuis sa reprise en 2019.

Il y a eu au total « 128 victimes d’exécutions sommaires dont 21 femmes et sept enfants » dans les territoires de Fizi, Uvira et Mwenga entre février 2019 et juin 2020, indiquait en août un rapport du Bureau conjoint des Nations unies pour les Droits de l’homme (Bcnudh). L’enquête onusienne recensait également « la destruction d’au moins 95 villages ».

Le conflit oppose des milices de la communauté Banyamulenge, des Congolais tutsis, aux groupes armés d’auto-défense « Maï Maï » d’autres communautés (Babembe, Bafuliru, Banyiundu).

Les milices Banyamulenge sont accusées d’avoir tué 69 personnes, contre 44 pour les groupes Maï Maï, d’après le Bcnudh.

En juillet, les milices Banyamulenge ont été également accusées d’avoir attaqué le village de Kipupu. Des députés provinciaux ont dénoncé un massacre de plus de 200 personnes. Les chercheurs indépendants du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST) ont recensé 18 victimes.

Cette attaque a été dénoncée par le prix Nobel de la paix Denis Mukwege, qui affirme avoir été menacé à la suite de sa prise de position.

L’armée congolaise est quant à elle accusée d’avoir perpétré 15 « exécutions extrajudiciaires » dans ce conflit, d’après le Bcnudh.

Le conflit a déplacé plus de 110.000 personnes, avance le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha), un chiffre invérifiable sur le terrain.

Il est lié « à des contestations autour de l’autorité locale et du contrôle des terres et des ressources », selon l’universitaire Judith Verweijen, qui récuse la seule explication du conflit « intercommunautaire ».

« Des questions liées aux origines de la communauté Banyamulenge sont souvent utilisées pour attiser la haine et la violence. Les Banyamulenge, qui sont d’ethnie Tutsi, sont parfois considérés comme des +étrangers+ par les autres communautés », ajoute le Bcnudh.

Le bureau onusien s’inquiétait justement des « discours de haine » en marge du conflit. Le Bcnudh cite une déclaration des Babembe de Kinshasa en date du 31 octobre 2019 appelant « au déplacement et à la persécution des Banyamulenge, taxés d’immigrants +tutsis du Rwanda+ ».

Fin septembre, le conflit a pris une dimension politique avec la tentative d’octroyer définitivement à Minembwe le statut d’une commune à part entière, avec à sa tête son bourgmestre issu de la communauté Banyamulenge.

Cela a réveillé des souvenirs de la deuxième guerre du Congo (1998-2003), rappelle l’universaire Judith Verweijen, quand « l’administration rebelle du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), soutenu par le Rwanda, a créé le territoire de Minembwe ».

« La création du territoire, qui a été officiellement aboli en 2007, a été fortement contestée par les autres groupes, qui y ont vu une rupture avec leurs terres ancestrales », ajoute l’universitaire.

Le 8 octobre, le président congolais Tshisekedi a finalement annulé la décision d' »installer » la commune de Minembwe. Il a annoncé la mise en place d’une commission sur le sujet.

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