– Appel du cardinal Piat aux jeunes sur leur devoir de servir le pays et de ne pas se concentrer uniquement sur l’obtention de diplômes

« Être solidaire », « soutien mutuel ». Des mots qui ont résonné très fort hier lors des célébrations des 70 ans du Collège Bon et Perpétuel Secours (BPS). Bien plus que des souhaits, cela sonne comme des impératifs pour la communauté scolaire en ces temps difficiles que traverse le pays. D’où le thème choisi, notamment « Être héroïque dans la charité », à la manière de mère Augustine, fondatrice de la Congrégation du BPS, qui a beaucoup œuvré auprès des pauvres, et surtout auprès des victimes de choléra dans le pays, en 1865.

En parlant de la création de ce collège pour filles en janvier 1950, le cardinal Maurice Piat a rappelé qu’a cette époque, les jeunes éprouvaient des difficultés pour pouvoir entreprendre des études secondaires en raison d’un manque de places et qu’en outre, le pays était confronté à une surpopulation. « L’Église a voulu rendre service au pays en offrant l’éducation secondaire à un plus grand nombre de garçons et de filles. Avec la collaboration des congrégations religieuses, l’Église a construit quatre collèges durant cette période », rappelle-t-il. Les trois autres qui ont ouvert leurs portes durant cette période sont le Collège Notre Dame de Curepipe, le Collège Lorette de Rose-Hill et le St Mary’s.

L’évêque de Port-Louis ajoute que le college BPS est un « petit maillon dans cette chaîne de l’histoire », ajoutant qu’il est important de reconnaître le travail éducatif soutenu et entrepris durant ces 70 dernières années, et qui se poursuit aujourd’hui. « Que tous restent fidèles à cette intuition de départ », a-t-il dit aux responsables et au personnel de l’établissement. Au cours de ses 70 ans, le Collège BPS se targue d’un beau parcours dans le paysage éducatif secondaire en ajustant régulièrement son projet éducatif au développement du pays et aux besoins des jeunes.

Face aux nouvelles réalités socio-économiques du pays et aux nouveaux enjeux dans le secteur de l’éducation, avec la réforme au secondaire, cet établissement scolaire, avec une population de 800 élèves, doit relever de nouveaux défis. Mais dans son homélie hier, le cardinal Piat a de nouveau rappelé l’objectif de l’éducation et de l’école. « Éduquer ne se limite pas à faire les jeunes réussir aux examens et à décrocher des diplômes. Éduquer veut dire faire sortir le meilleur qu’il y a dans le cœur et dans l’esprit des jeunes pour qu’ils puissent servir à leur tour et apporter une contribution au pays », a-t-il dit. Et d’ajouter que si Maurice a atteint un niveau de développement aujourd’hui, c’est grâce, selon lui, à la contribution des jeunes qui ont reçu leur formation dans les années 50’ et qui sont devenus par la suite « de grands serviteurs du pays ».

On relève cette recommandation du cardinal aux jeunes sur leur devoir de se mettre au service de la population et du pays en soulignant l’esprit de service et de charité qui a guidé les responsables de la congrégation du BPS pour fonder cette école. « On ne va pas à l’école dans le but uniquement d’avoir des connaissances académiques et de récolter des diplômes. On est éduqué pour pouvoir servir. N’oubliez jamais cela ! Vous avez reçu gratuitement, donner gratuitement ! » leur a-t-il dit.

Le cardinal Piat a évoqué la situation difficile à laquelle est confronté le pays ces jours-ci,. « Aujourd’hui aussi, notre pays passe par des crises difficiles au niveau sanitaire, économique et social, et la situation est difficile pour tout le monde, que nous soyons dirigeant ou simple citoyen. Personne n’est à l’abri de la maladie et des conséquences de la crise économique. Nou tou dan mem bato », fait-il ressortir.

« Nous sommes tous exposés aux conséquences de cette crise et nous sommes tous vulnérables. Nous sommes des frères et des sœurs dans la même humanité, et notre bien-être dépend de celui des autres. Le monde va sortir de cette crise, soit en étant meilleur, soit pire qu’avant la COVID-19. Il y a un choix à faire, et ce choix est celui de la solidarité et de la fraternité. L’école aussi a un rôle à jouer dans cet exemple de solidarité », insiste le cardinal, qui pense important « d’être créatif » dans cet élan de solidarité et « d’inventer de nouvelles manières » pour vivre concrètement le soutien mutuel dans la vie de l’école.
En raison du contexte économique difficile, cet anniversaire s’est déroulé dans la simplicité, mais dans une ambiance joyeuse et communicative, tandis que la messe, elle, a été animée par une magnifique chorale, avec des voix harmonieuses et pleines de fraîcheur.

Martine Feillafe (rectrice) : « Réactualiser la mission de mère Augustine dans la vie de l’école  »

La rectrice du collège reconnaît que la solidarité est presque une exigence aujourd’hui dans la vie de l’école, car un bon nombre d’élèves « vit des situations difficiles à la maison ». Toutefois, Martine Feillafe insiste beaucoup sur le « besoin d’être à l’écoute des élèves et de les accompagner » dans leur parcours scolaire, car le personnel a noté un grand besoin à ce niveau. « En cette année où nous avons été secoués par les événements, tout le monde, à l’école, a pris conscience qu’il faut être solidaire et que toutes les composantes de la communauté scolaire (personnel enseignant et non-enseignant, parents, élèves et autres collaborateurs) ont une mission à entreprendre à ce niveau », dit-elle au Mauricien.

« Les conséquences de ces tristes événements et cet anniversaire de 70 ans nous ont donné l’occasion de nous replonger dans la mission de mère Augustine, qui a œuvré pour l’ensemble de la population. Dans ce contexte socio-économique difficile, il est important pour l’école de s’inspirer du charisme de mère Augustine et de réactualiser sa mission pour apporter une réponse de solidarité dans notre mission d’éducateur envers les enfants qui nous ont été confiés », poursuit Martine Feillafe.

À noter que l’école apporte déjà un soutien matériel à certaines élèves et constitue en ce moment une banque de données des différents besoins des élèves en vue de l’élaboration d’un plan d’action. « C’est un travail qui se fait dans la discrétion pour respecter la dignité des enfants », précise Martine Feillafe.