L’expert singapourien Ong Boon Hwee a captivé son auditoire, hier, lors d’une conférence magistrale intitulée Discovering Leadership, donnée à l’auditorium de l’Atal Bihari Vajpayee Institute of Public Service and Innovation (AIPSI). Cet événement, marqué par le dévoilement officiel du nouveau logo de l’AIPSI par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, en présence de Raj Pentiah, ministre de la Fonction publique et des Réformes administratives, a posé les jalons d’une réflexion approfondie sur le leadership en général.
La présence du Premier ministre témoigne de l’importance accordée à la modernisation de l’administration publique et au leadership. Intervenant devant un parterre de hauts fonctionnaires et de cadres dirigeants, Ong Boon Hwee a énoncé une vérité fondamentale : le leadership ne réside ni dans les titres, ni dans les apparats, ni dans les simples techniques de gestion, mais prend sa source au plus profond du caractère et des convictions.

S’appuyant sur le modèle des trois cercles concentriques — pourquoi, quoi et comment —, le conférencier a souligné que la véritable capacité à diriger découle d’abord d’une motivation éthique — le pourquoi — et d’un système de valeurs inébranlable — le quoi.
Ong Boon Hwee a détaillé les dix qualités cardinales indispensables pour naviguer dans la complexité du monde contemporain. Tout d’abord, l’apprentissage continu implique qu’un grand leader ne s’estime jamais « arrivé », car apprendre est une posture de vie. Les dirigeants qui se contentent d’enseigner sans écouter s’assèchent, alors que la capacité à apprendre en permanence constitue le moteur de l’amélioration continue.
Cette démarche s’accompagne d’une éthique et d’une intégrité absolues. Citant Confucius — « Si le leader est exemplaire, les actions s’accomplissent sans ordre ; s’il ne l’est pas, ses ordres ne seront pas suivis » —, l’intervenant estime que, si les collaborateurs pardonnent les erreurs opérationnelles commises de bonne foi, ils ne tolèrent jamais les manquements éthiques qui détruisent la confiance.
Face aux crises, le leader adopte une attitude proactive en refusant de se réfugier dans une mentalité de victime. Revenant sur le parcours de Singapour en 1965, un pays privé de ressources, l’expert a souligné que la vie se compose de 10 % d’événements subis et de 90 % de la manière dont on y répond : les leaders n’accusent pas le vent, ils ajustent les voiles.
Cette posture exige une grande capacité de décision, inspirée de la philosophie asiatique à travers le processus Quan, Ding, Dong : délibérer (Quan), décider (Ding) et agir (Dong). L’action doit être précédée d’un débat rigoureux et suivie d’une exécution ferme, afin d’éviter que les organisations ne s’épuisent dans des délibérations sans fin ou dans des décisions jamais appliquées.
Par ailleurs, le dirigeant recherche la maîtrise professionnelle et vise une véritable excellence dans son domaine d’action, en refusant la médiocrité et les postures théâtrales. Cette quête nécessite une résilience profondément ancrée, définie non comme une simple résistance passive ou une longévité administrative, mais comme la faculté de rebondir après une épreuve. Cette force se forge au quotidien, car vouloir bâtir sa résilience en plein chaos équivaut à rénover sa maison alors qu’elle est déjà en proie aux flammes.
Sincérité essentielle
Sur le plan humain, la sincérité et la bienveillance sont essentielles. Le leader éclairé allie des exigences élevées à l’humanité, restant « difficile à satisfaire, mais facile à servir », selon la sagesse confucéenne, tout en traitant chacun avec équité. La bienveillance témoignée lors de l’ascension est, en effet, celle que l’on retrouve au moment de la descente.
À cela s’ajoute l’agilité stratégique, ou « capacité hélicoptère », qui permet de dépasser l’opposition entre vision globale et gestion du détail. Le dirigeant doit pouvoir évoluer à haute altitude pour définir une stratégie, tout comme il doit être capable de redescendre avec précision sur le terrain afin d’arbitrer une situation critique.
Enfin, le leadership s’appuie sur une intuition éprouvée. Forgé par l’expérience, l’instinct sert de signal d’alerte lorsque l’analyse rationnelle contredit un pressentiment profond. Il repose également sur un ancrage humain résumé par le concept chinois Tong Qing Da Li. Chaque politique publique doit être imprégnée d’empathie, car il est impossible de convaincre la raison sans avoir préalablement touché le cœur.
Au-delà des concepts théoriques, cette intervention laisse aux cadres dirigeants une feuille de route claire : diriger n’est pas un privilège lié au statut, mais un engagement personnel de chaque instant, fondé sur la volonté, la maîtrise de soi et le sens du bien commun.
À la fin de la conférence, Ong Boon Hwee a répondu aux questions de l’assistance. Il a également rendu hommage au Premier ministre pour sa vision et sa résilience. Il a notamment cité en exemple la relance du projet NICE, lancé il y a douze ans.

