— Les habitants : « Ils sont gentils, serviables. Zot la ninport ki ler bizin zot »
Au-delà de leur préoccupation concernant l’opacité d’un accord bilatéral entre Maurice et l’Inde au sujet de leur île et de son avenir, les Agaléens savent faire la part des choses. Ils reconnaissent et apprécient la gentillesse et la générosité des Indiens qui résident et travaillent sur l’île du Nord. Cette semaine, plusieurs d’entre eux quitteront Agaléga et laisseront de bons souvenirs dans le cœur des habitants. Entre-temps, les projets de développements se poursuivent. Deux chantiers importants sont en préparation : la construction d’une tour de contrôle et d’infrastructures de stockage de carburant.
« Ils sont gentils, serviables et respectueux », confie un habitant d’Agaléga à propos du personnel indien basé sur l’île. Depuis huit ans maintenant que les familles agaléennes cohabitent avec ces résidents temporaires et particuliers, l’entente entre la communauté locale et les Indiens aura été cordiale. « À l’époque, nous avions vite compris une chose : les Indiens sont venus à Agaléga pour travailler. Ils ne sont pour rien dans l’accord de gouvernement à gouvernement et les affaires géopolitiques. Ce sont des hommes qui ont quitté leurs familles, leur pays pour des raisons professionnelles », précise notre interlocuteur. Tandis que les Agaléens se sont montrés, dit-il, accueillants, les Indiens ont toujours répondu présents lorsque leur aide a été sollicitée dans n’importe quelle situation : « Zot la ninport ki ler bizin zot. »
Le respect mutuel, même lorsqu’il s’agit de règlements d’ordre sécuritaire, s’est consolidé au fil des années. « Nous avons toujours respecté les interdictions de passage dans certains endroits », explique-t-il. Ces restrictions aux abords des points stratégiques ont été clairement définies au moment de la construction de la piste d’atterrissage et de la jetée. « Zot bien sever lor la », nous dit-il. Pourtant, les Agaléens ont toujours circulé librement sur les deux îles. Ils connaissent chaque coin par cœur. Mais ils ont obtempéré et respecté les règlements.
Les limites relationnelles ne sont pas franchies
Depuis leur arrivée dans l’île principale, l’île du Nord, les Indiens restent en communauté dans la zone qui leur est réservée. S’il n’existe pas de relations sociales au quotidien entre eux et les Agaléens, une exception est faite lors des jours de fête sur l’île. Les responsables hiérarchiques sont invités à participer aux activités communautaires organisées dans le cadre de ces fêtes. Souvent, ils s’y présentent avec des friandises traditionnelles qu’ils ont préparées pour être partagées. Et lorsqu’à leur tour ils célèbrent une occasion spéciale, une festivité, ils demandent aux musiciens agaléens d’accompagner leurs chanteurs du moment ou assurer l’animation musicale. Selon les témoignages recueillis, les limites relationnelles ne sont jamais franchies. Les habitants qui les côtoient le plus souvent sont ceux qui travaillent principalement à l’arrivée du Mauritius Trochetia au débarquement des marchandises.
Au service des Agaléens
L’expertise des Indiens a été dès le début de leur arrivée mise au service des Agaléens. « Ils ont amélioré les voies d’accès. Nou ena pli bon semin aster-la. Nou semin an-beton arme. Avan zot ti kas-kase. » Lorsque le principal générateur qui alimente les foyers en électricité tombe en panne, ce sont les Indiens qui sont appelés à la rescousse. Ils ont aussi participé à la construction de la boutique de l’île, la bibliothèque et l’école primaire. Ils n’hésitent pas non plus à céder leur chambre froide aux habitants quand il y a urgence pour la conservation de leurs aliments à cause des pannes de courant.
Quand la tempête Chenge s’était abattue sur Agalega en octobre dernier, les Indiens ont ouvert la porte de deux de leurs bâtiments sur l’île du Nord à environ 180 adultes et enfants pour s’abriter le temps des intempéries. En matière de santé, les infrastructures du centre hospitalier indien ont été pendant un temps mis à la disposition des Agaléens. La langue ne constitue pas une barrière entre les locaux et les Indiens, les deux communautés communiquent dans un mélange d’anglais et de kreol, les Indiens ayant appris les bases sur le tas.
D’un peu plus de 1 000 travailleurs à partir de 2018, le contingent de travailleurs indiens est passé à près de 300. Afcons, qui à l’époque avait commencé à exécuter l’accord bilatéral d’infrastructures en mobilisant près de 1 000 travailleurs pour construire des installations telles que la piste d’atterrissage sur l’île du Nord, n’a désormais plus besoin d’autant de main-d’œuvre. Certains travailleurs quitteront Agaléga à bord du bateau attendu le 7 prochain. En revanche, le RSPL Group, un important conglomérat indien, devrait démarrer la construction de la nouvelle tour de contrôle aérien, tandis qu’un autre groupe, Adani, s’apprête à construire des infrastructures de stockage de carburant.

