On connaissait Danny Chan directeur de LVM (Mauritius) Ltd, entreprise spécialisée dans la confection de snacks de la marque Pluie d’Orée et qui a décroché en 2019 la SME Excellence Award. On le retrouve aujourd’hui derrière une nouvelle appellation, Zardin La Laura, qui a fait son apparition dans quelques supermarchés depuis quelque temps déjà. Si sa compagnie est passée de petite à moyenne entreprise, l’entrepreneur ne s’est pas endormi sur ses lauriers. Depuis un an, en effet, il a osé voir encore plus grand et s’est diversifié dans l’agriculture raisonnée.

Les Mauriciens étant de plus en plus conscients des dangers liés à la consommation de produits bourrés de pesticides, c’est vers les produits issus de l’agriculture raisonnée qu’ils se tournent quand leur porte-monnaie le leur permet et quand ces produits sont disponibles sur le marché. Ce déséquilibre entre l’offre et la demande, Danny Chan l’a bien repéré. C’est ainsi qu’en juillet dernier, il lance Zardin La Laura, avec des légumes et des fraises cultivés sous serre. « Comme notre entreprise se trouve à La Laura, Saint-Pierre, un endroit propice à la culture de légumes et que nous disposions de terres, nous nous sommes lancés dans l’agriculture raisonnée sous serre ». Tout en concédant qu’il ne s’agit pas là de produits cultivés sans pesticide, Danny Chan explique : « Nous n’utilisons pas de pesticides en guise de prévention. Alors que dans l’agriculture conventionnelle, les pesticides sont utilisés pour prévenir l’attaque des parasites avant même que ceux-ci n’apparaissent, dans la culture hydroponique, on a recours aux pesticides seulement quand il y a des parasites. On utilise ces produits quand il faut et on respecte le Pre- Harvest Interval, soit le laps de temps entre l’application du produit chimique et la récolte, cela en vue d’éviter qu’il y ait des résidus chimiques dans les productions ». Il soutient, en outre, que la culture sous serre comporte bien moins de parasites qu’en plein air et que l’autre avantage d’une telle culture est qu’on respecte mieux l’environnement.

Comment le consommateur peut-il être sûr que le producteur a vraiment recours à l’agriculture raisonnée ? Pour Danny Chan, « la culture même sous serre en est un gage car cette culture est protégée contre les parasites ». Il est, en effet, connu que la serre permet une croissance idéale aux plantes, les protégeant des agressions extérieures comme le vent, les grosses pluies, la pollution et les parasites. « Avec la culture sous serre, nous pouvons miser sur la qualité car même en temps de pluies diluviennes, nous arrivons à faire des récoltes. C’est l’avantage des serres ».

Côté prix, Danny Chan précise qu’on ne peut comparer les prix sans tenir compte de la qualité des produits. « Ce type de culture a un coût car la manière de produire n’est pas la même que celle dite conventionnelle. Cela nécessite d’importants investissements. Pratiquement, tout se fait automatiquement, même l’irrigation. Ce qui explique que les produits sont un peu plus coûteux. A titre d’exemple, 200 grammes de brède Tom Pouce de Zardin La Laura coûteront Rs 29 contre Rs 20 pour l’équivalent issu de l’agriculture conventionnelle ». Il ajoute que l’agriculture sous serre ne peut se faire en masse, d’où le prix légèrement plus élevé. « L’agriculture sous serre peut produire un quart de ce qu’on pourrait produire conventionnellement sur la même portion de terre. »

Le directeur de Zardin La Laura a commencé avec cinq serres de 300 m2. Il compte en créer d’autres à l’avenir. « Nous avons encore de l’espace à exploiter à La Laura. » Pour l’heure, ce sont des laitues, des tomates, des concombres, des brèdes, des choux Kale, des roquettes, des fines herbes ainsi que des fraises qui sont récoltés au Zardin La Laura. Danny Chan y emploie six personnes et n’a pas hésité à investir dans un secteur qu’il juge prometteur.

Zardin La Laura bénéficie des conseils du FAREI. « Nous avons d’ailleurs suivi une formation de six mois auprès de cette instance sur la culture hydroponique avant de démarrer. Nous sollicitons leur avis pour tous types de problèmes que nous rencontrons », indique-t-il encore.

Ses produits sont déjà placés dans quelques supermarchés d’Intermart et seront prochainement présents dans les supermarchés Winners. Danny Chan confie que l’agriculture raisonnée est un secteur d’avenir. « Car non seulement devons-nous produire autant que possible nos propres produits alimentaires, mais encore faut-il bien manger. Jusqu’ici, nous avons eu de bons retours. Des personnes appellent pour demander nos produits. » Face aux grands groupes comme Les Jardins de Médine ou Fieldgood, la concurrence n’est-elle pas difficile à affronter ? « Il y a de la place pour tout le monde. Chacun a sa façon de faire », dit, confiant, Danny Chan.

Très bientôt, d’ici le mois prochain, l’entrepreneur ouvrira une boutique à Parkside, Sodnac, où il proposera les légumes de Zardin La Laura. « On profitera de l’occasion pour lancer un nouveau concept, soit la vente de légumes avec leur racine pour en conserver la fraîcheur. »