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Avec la réouverture des frontières : Des artistes court-circuités dans le réseau d’animation

Un businessman opérant dans le Nightlife et l’événementiel rafle les contrats auprès des hôtels

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Situation critique pour les artistes après l’arrêt du Self Employed Assistance Scheme à la fin de décembre

Ils attendaient la réouverture des frontières et la reprise du tourisme avec impatience. Cependant, beaucoup d’artistes évoluant dans les hôtels n’ont pas encore repris leur travail, car on ne les a pas encore rappelés. Pire : ils ont découvert ces jours-ci, qu’un homme d’affaires évoluant dans le Nightlife et l’événementiel, propose ses services aux hôtels et plusieurs ont déjà accepté cette collaboration, signe d’un accaparement de l’animation. Les artistes crient à l’injustice et rappellent que le Status of Artists Bill, censé les protéger, se fait toujours attendre.

Après près de vingt ans de service auprès d’un groupe hôtelier, James (prénom fictif) se retrouve sans emploi. Ses malheurs ont commencé quand il a appris d’un responsable de l’établissement où il exerçait ses talents d’animation et d’artiste, que le contrat pour avait été attribué à quelqu’un d’autre. Le plus dur pour lui, c’est qu’il ne s’agit pas d’un orchestre ou d’un groupe d’artistes qui lui ferait de la concurrence, mais d’un homme d’affaires, qui possède déjà plusieurs enseignes dans le secteur du Nightlife. De plus, il aurait de bonnes connexions dans le milieu.

Pour James, cette situation est tout simplement révoltante et déplorable. « Nous les artistes, nous avons travaillé pendant de nombreuses années dans les hôtels. Nous avons de l’expérience, nous avons la formation, notamment comment se comporter envers les clients et tout d’un coup, on nous efface, pour faire de la place à un homme d’affaires qui a déjà de l’argent et qui a déjà d’autres activités commerciales à côté. C’est vraiment injuste », lâche-t-il.

Il confie que le nouveau venu lui a proposé de travailler dans son équipe, à condition qu’il accepte de réduite le montant du cachet pour ses performances. « En fait, cet opérateur rafle les contrats avec les hôtels, puis il va engager des artistes pour travailler avec lui. Il m’a proposé de réduire mon cachet car il devait aussi faire son profit, m’a-t-il dit, » s’insurge-t-il. De plus, ajoute James, alors qu’auparavant, il travaillait quatre jours par semaine, il s’est retrouvé, sous son nouveau contrat, avec huit jours pour tout le mois. « Finalement, un jour, son assistant m’a appelé pour me dire de ne pas venir à l’hôtel et qu’on ferait appel à moi quand on aura besoin de moi. Donc, je me retrouve au chômage. »

Status of Artist Bill : la longue attente

James souhaite que les gérants d’hôtel se montrent plus solidaires envers les artistes, qui ont assuré les services d’animation pendant des années. « Nous sommes tous passés par des moments très difficiles avec la fermeture des frontières. On aurait dû donner priorité à ceux qui ont été fidèles pendant tout ce temps et surtout, ceux qui ont besoin de ce travail. Et non pas à quelqu’un qui a déjà son business », regrette-t-il.

Il ajoute qu’en tant que musicien, cela lui fait mal au coeur de voir un deejay, en train de Perform à l’heure de l’apéro, par exemple. « Or, nous, qui avons de l’expérience dans ce domaine, savons que l’apéro est réservé comme un moment de détente, avec de la musique cool. » Avec cette situation, poursuit James, 85 familles ont été directement touchées. Et le nombre pourrait augmenter.

Sollicitée pour une réaction sur cette situation, Joëlle Coret, présidente de l’Union of Artists, lance un appel au dialogue. « Le problème c’est que nous ne sommes pas des employés des hôtels, donc, ils n’ont aucune obligation à continuer à nous employer. Je lance quand même un appel à la compréhension et au dialogue. Car nous évoluons dans ce secteur depuis de nombreuses années et si aujourd’hui, on veut prendre notre emploi pour donner à quelqu’un qui, lui a déjà des revenus ailleurs, ce n’est pas correct. Nous ne sommes pas en guerre contre les hôtels, mais nous appelons au dialogue à ce sujet.»

Joëlle Coret rappelle que cela fait des années qu’elle milite pour un statut des artistes et pour une reconnaissance de la contribution des artistes dans le secteur hôtelier. « À plusieurs reprises, nous avons attiré l’attention sur notre situation. Ce gouvernement est venu avec l’idée d’un Status of Artist Bill, mais par la suite, on n’entend rien », dit-il. L’artiste et députée du MSM, Sandra Mayotte, avait d’ailleurs une interpellation à ce sujet adressée au ministre des Arts et du Patrimoine culturel, Avinash Teeluck, à l’agenda, mardi dernier. Joëlle Coret ajoute qu’elle avait également rencontré le ministre Teeluck après avoir relancé le syndicat des artistes. « Il nous avait dit qu’il allait entamer des consultations pour le Status of Artist, mais nous ne savons pas quand. Ce que nous demandons à travers ce projet de loi, c’est que les artistes aient un statut légal, afin que leur travail soit reconnu. Nous voulons aussi que le secteur soit structuré, afin que nous soyons mieux protégés », fait-il comprendre.

« Être solidaires entre nous »

Par ailleurs, la présidente de l’Union des Artistes lance un appel à la solidarité aux artistes. «Je sais que nous avons tous besoin de travailler, mais il ne faut pas non plus, proposer des cachets plus bas pour prendre le travail d’un autre. Si nous voulons qu’on nous respecte, il faut commencer par se faire respecter et aussi être solidaires entre nous.» Joëlle Coret révèle ainsi qu’elle-même n’a été rappelée à l’hôtel qu’une seule fois depuis la réouverture des frontières. « Pour le moment, nous avons encore le Self-Employed Assistance Scheme, jusqu’à la fin de décembre. Mais après cette date, les choses seront beaucoup plus compliquées », avoue-t-elle.

Elle ajoute que si au moins les restaurants ou les pubs étaient autorisés à faire de l’animation, les artistes auraient pu trouver des alternatives au circuit des hôtels, mais tel n’est pas le cas actuellement, en raison des restrictions sanitaires. De même, elle appelle les artistes à se mobiliser, pour faire respecter leurs droits. « J’ai lancé l’Union pour défendre les artistes, mais c’est à eux de décider s’ils veulent être syndiqués ou pas. Il ne faut pas qu’ils laissent la situation se dégénérer. » Selon elle, le danger sera encore plus grand devant. Raison pour laquelle il faut déjà commencer à se préparer.

 

 

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