Reeaz Chuttoo : « Rien n’empêche un gouvernement, disposant d’une majorité de 60-0, de faire adopter une réforme à tout moment »
La Confédération des Travailleurs des Secteurs Public et Privé (CTSP) lance un appel à une mobilisation générale pour ce samedi dans les rues de Port-Louis afin de « peser sur la décision politique du gouvernement » et de l’empêcher d’aller de l’avant avec la réforme de la Basic Retirement Pension (BRP). C’est le message qu’ont livré, hier, à Rose-Hill, le président de la CTSP, Reeaz Chuttoo, et la secrétaire générale, Jane Ragoo, lors d’une conférence de presse tenue au siège de la centrale syndicale.
Revenant sur les mesures budgétaires annoncées l’année dernière, Reeaz Chuttoo a indiqué que le gouvernement avait suscité une vive contestation en fixant le versement de la pension universelle à 65 ans. Selon lui, après la levée de boucliers, l’exécutif a donné l’impression d’avoir écouté la population avant de proposer une aide ciblée de Rs 10 000 destinée uniquement aux personnes inscrites au registre social.
« Cette année, le gouvernement est revenu avec son projet de ciblage. Face à une nouvelle vague de contestation, il l’a mis en veilleuse, tout en maintenant la pénalité de Rs 11 589 pour ceux qui choisissent de percevoir leur pension dès l’âge de 60 ans. Ce montant restera le même à vie. Aujourd’hui, le ministre de la Sécurité sociale, Ashok Subron, affirme qu’il est favorable à une retraite à 65 ans », a déclaré le président de la CTSP.
Reeaz Chuttoo a également reproché au ministre de renier les combats qu’il menait autrefois en tant que syndicaliste. Il a rappelé que ce dernier défendait notamment les travailleurs agricoles, ceux du transport en commun et du secteur de la construction, trois métiers physiquement exigeants dont les employés peuvent partir à la retraite dès 55 ans. « Aujourd’hui, il justifie une pension complète à 65 ans. Quel message envoie-t-il à ces travailleurs ? Si, à 60 ans, vous n’êtes plus en mesure de travailler, vous devrez vous contenter d’une pension de Rs 11 589, un montant inférieur au seuil de l’extrême pauvreté », a-t-il soutenu.
Le dirigeant syndical est également revenu sur la décision du gouvernement de retirer le National Pension and Provident Fund du Finance Bill pour favoriser des débats. Selon lui, les consultations organisées jusqu’ici ne sont qu’un exercice de façade. « Certains croient encore que le gouvernement prendra une décision seulement l’année prochaine. Mais rien n’empêche un gouvernement disposant d’une majorité de 60-0 de faire adopter une réforme à tout moment. C’est pourquoi la mobilisation doit se poursuivre. La manifestation de samedi sera déterminante. Son ampleur influencera les prochaines actions syndicales. Nous avons rendez-vous avec l’histoire. J’invite les travailleurs et l’ensemble des citoyens à ne pas se laisser berner par les fausses informations qui circulent actuellement », a-t-il déclaré.
De son côté, la secrétaire générale de la CTSP, Jane Ragoo, a estimé qu’il était sans précédent qu’un gouvernement s’attaque à la pension universelle seulement six mois après son arrivée au pouvoir. « Ils ont pris notre État-Providence en otage. Ils ont créé de l’angoisse chez les personnes âgées. Beaucoup vivent encore dans l’incertitude, et leur bien-être mental est affecté. Après la mobilisation populaire, ils demandent maintenant aux citoyens de prouver qu’ils sont pauvres pour bénéficier d’une aide de Rs 10 000. Le gouvernement affirme ne pas avoir d’argent, mais il met en place un comité d’experts qui coûte Rs 800 000 par mois aux contribuables », a-t-elle dénoncé.
Jane Ragoo a également critiqué le mécanisme proposé pour le versement de la pension. « Si vous choisissez de toucher votre pension à 60 ans, vous percevrez Rs 11 589 pour le reste de votre vie. Certains affirment que la formule changera à 65 ans, mais le Premier ministre reste flou sur cette question. On fait miroiter une pension de Rs 24 000 à ceux qui accepteront d’attendre jusqu’à 70 ans. Mais qui peut garantir qu’il vivra jusque-là ? Les Mauriciens ne sont pas des moutons », a-t-elle lancé.
La syndicaliste a également déploré les difficultés rencontrées dans les hôpitaux publics, notamment les ruptures de stocks de certains médicaments destinés aux diabétiques et aux patients sous chimiothérapie.
« Aujourd’hui, de nombreux malades ne trouvent plus leurs médicaments dans les hôpitaux publics et sont contraints de les acheter dans le privé. Où vont-ils trouver l’argent ? Est-ce normal ? », s’est-elle demandé.
Enfin, Jane Ragoo a vivement réagi aux déclarations du ministre de la Sécurité sociale qui a affirmé être à l’origine de l’introduction de la Portable Retirement Gratuity Fund. « Ayez un peu de respect pour les camarades syndicalistes », dit-elle.

