Si le dernier exercice budgétaire a réjoui plus d’un à travers des allocations et autres mesures résultant en davantage de Cash in Hand pour certains comme les bénéficiaires de pension, les parents d’enfant de moins de 3 ans, les employés ayant moins de taxe à payer, le pouvoir d’achat du Mauricien sera-t-il pour autant amélioré ?
Pour Narendranath Gopee, président de la FCSOU, si ce budget comporte quelques mesures sociales positives à travers les allocations aux plus démunis et aux pensionnés, il est d’avis que « la population paiera bien plus que ce qu’elle recevra ».
Son analyse est comme suit : « quand le gouvernement baisse la taxe individuelle, la TVA sera augmentée pour compenser ». Pour compenser la perte du pouvoir d’achat, opine-t-il, « le gouvernement aurait dû donner encore 38% de hausse » outre les allocations budgétaires. Enlever la TVA sur certaines denrées alimentaires aurait davantage constitué une bouffée d’oxygène pour les consommateurs.
La flambée constante des prix depuis le Covid-19 sera-t-elle davantage vivable avec le dernier exercice budgétaire ? Les familles impactées pourront-elles vivre plus dignement ?
Non. Pour moi, ce budget comporte quelques mesures sociales positives à travers les allocations à ceux au bas de l’échelle et aux retraités. Toutefois, quand on analyse le budget dans son intégralité, dans la perspective politique et économique, on se rend compte que c’est un budget ‘trompe-l’œil’.
Le gouvernement a décelé la faiblesse de la population. Il agit par rapport au cri du cœur de la population. Pour apaiser cette tension, cette misère de la population, il donne des petites allocations de Rs 1 000/2 000. Quand on analyse les revenus et les dépenses de l’État, toutefois, on voit que la population paiera bien plus que ce qu’elle recevra. Pour qu’une famille de trois/quatre personnes mène vraiment une vie décente, ce sera impossible même avec tout ce que le gouvernement a donné, même en considérant les Rs 20 000 que toucheront les jeunes de 18 ans.
Sur quelle base faites-vous cette assertion ?
J’ai fait une analyse. Le gouvernement base son budget strictement sur tous ses revenus sous forme de taxe. La principale machinerie de taxation du gouvernement, c’est la MRA. Il existe une autre machinerie indirecte qui est la TVA.
Cette année, la MRA a contribué un peu plus de Rs 100 milliards dans les caisses de l’État, ce qui a permis au gouvernement de présenter son budget. Pour la période 2023-2024, les revenus du gouvernement sous forme de taxe payée par les contribuables sont passés de Rs 16,3 milliards (2022-2023) pour Rs 15,5 milliards (2023-2024). Le gouvernement collecte la taxe pour la mettre dans le Consolidated Fund pour ses dépenses.
Où est-ce que le gouvernement recevra la somme de Rs 200 milliards pour ses dépenses ? Il devra puiser du Consolidated Fund. Maintenant que la taxe directe sur les revenus des employés a été revue à la baisse, cela nous laisse perplexe quant au moyen de compenser cette baisse de revenus pour l’État. Certes, réduire la taxe est une bonne chose. Mais, c’est un cadeau illusoire !
Quand on regarde la TVA, on voit qu’elle est passée de Rs 49,3 milliards (2022-2023) pour atteindre Rs 61,4 milliards (2023-2024). Si on prend une population de1,25 million, cela signifie que chaque personne paiera environ Rs 4 100 de TVA par mois sur les produits achetés.
Les plus démunis et la classe moyenne continueront donc de souffrir ?
Certainement. Tout le monde paie la TVA pareillement. Quant à la classe aisée qui gagne plus de Rs 100 000, ce n’est rien de payer Rs 4 100 de TVA. Pour un senior qui gagne la pension de vieillesse de Rs 12 000, même s’il n’achète pas beaucoup de produits, il paiera au moins Rs 2 000 de TVA environ. Donc, l’augmentation de Rs 2 000 sera compensée par la TVA.
Ainsi, quand le gouvernement baisse la taxe individuelle, il augmente la TVA pour compenser. C’est un cadeau illusoire. Ceux qui ont reçu des allocations paieront deux fois plus quand ils achèteront des produits. Les plus vulnérables qui doivent faire leur traitement à l’hôpital doivent payer plus cher le taxi. Les allocations ne suffiront pas pour payer ses déplacements. Oui, la classe moyenne et les pauvres auront plus d’argent, mais ils paieront plus. Ils en sortiront davantage perdants.
Vous ne voyez donc pas une amélioration du pouvoir d’achat ?
Non. Pourquoi ne pas enlever la TVA sur certaines denrées alimentaires comme le riz, les grains secs ? Cela aurait été une bouffée d’oxygène. Or, maintenant, vous donnez de l’argent aux gens alors qu’ils auront à payer deux fois plus lors de leurs achats.
Ce n’est pas un budget qui aidera les pauvres à vivre mieux. On a mis une carotte devant le lapin. Le lapin avance vers la carotte sans pouvoir la manger. Nullement un budget socialiste comme on le prétend.
Certaines mesures s’annoncent lourdes pour les caisses de l’État, à l’instar notamment de l’augmentation de la pension de vieillesse, à plus forte raison sur le long terme, compte tenu du vieillissement de la population…
La Basic Retirement Pension a un effet circulaire. Autrefois, le gouvernement prélevait l’argent du Consolidated Fund pour payer la pension et il le fait toujours. Nous avons une population vieillissante. Il faut trouver des moyens d’augmenter le ‘workforce’ d’autant que les Mauriciens ne font plus beaucoup d’enfants.
Le budget aurait dû encourager les couples à avoir davantage d’enfants. Le retrait de la taxe sur le matériel scolaire et les couches ne suffisent pas pour cela. Quand, en 2019, le gouvernement avait dit que la BRP serait revue à Rs 13 400, ils ont réalisé par la suite que chaque mois il devrait débourser Rs 1,93 milliard et Rs 13 milliards par an du Consolidated Fund.
Dans un contexte où les impôts sont revus à la baisse, où trouver ces Rs 13 milliards ? C’est ainsi que la CSG a été créée et les employés appelés à y contribuer. La Social Contribution and Social Benefit Act stipule que la somme maximum pouvant être prélevée de la CSG est Rs 4 500 par personne, soit la différence entre la BRP de Rs 9 000 et les Rs 13 500 promises.
La CSG, pour moi, c’est comme un Ponzi Scheme pour soutenir la pension de vieillesse. C’est un fonds non-régénérateur contrairement au fonds de pension du NPF où il y avait des investissements qui assuraient des rendements.
Donc, oui, demain, nous aurons un problème avec la caisse de pension car il y aura davantage de retraités. Il nous faut pouvoir contrebalancer la situation à travers plus de main-d’œuvre.
En définitive, à quel point les mesures du budget aident-elles à compenser la perte du pouvoir d’achat des consommateurs depuis 2020 ?
Le budget ne compensera rien. De 2018 à aujourd’hui, en termes de compensation salariale, le gouvernement nous doit 14.6% d’après mes calculs. Avec la dépréciation de la roupie (24%) de 2018-2022, cela fait 38 % de hausse qu’on aurait dû avoir. Une personne avec un salaire de Rs 10 000 aurait dû, pour compenser la perte du pouvoir d’achat, avoir un montant supplémentaire de Rs 3 800 outre les autres augmentations.

